Compagnies de canonniers de l’Ain

canonniers-de-la-revolution

Les canonniers départementaux et les canonniers de la Garde Nationale de Bourg :

 

Date de formation : 3 juin 1793 par décret, réellement au milieu ou la fin de l’automne 1793.

 

Formation :

Le département de l’Ain arrêta le 3 juin 1793, la formation d’une compagnie de canonniers nationaux soldés par le département. Nous connaissons l’importance de l’artillerie pour le maintien de l’ordre à l’intérieur des frontières françaises. Souvenons-nous de l’écrasement de la révolte de vendémiaire à Paris, par le général Bonaparte, pour nous rendre compte de l’importance de la création de cette force. L’arrêté stipulait que la compagnie serait formée de 80 hommes, entre 25 et 40 ans, célibataires, veufs ou sans enfants, mesurant un minimum de 5 pieds et 3 pouces. Cependant la réunion de cette compagnie sembla poser d’importants problèmes de recrutement. Les campagnes étaient en effet déjà partiellement vidées des hommes et des hommes de bonne taille. La levée des 30 000 hommes de cavalerie et la levée en masse, qui intervinrent toutes les deux entre juillet août 1793, perturbèrent la levée des canonniers départementaux de l’Ain. Le 25 septembre 1793, seuls deux volontaires s’étaient présentés pour son organisation. Le département prit la décision de prendre la levée parmi les réquisitionnaires. Cependant pour pouvoir trouver les hommes, le département décida que la levée serait étendue aux hommes de 18 à 40 ans et non plus de 18 à 25, âge requis pour la levée en masse. Chaque district dut fournir un nombre de canonniers : Bourg 18, Belley 16, Saint-Rambert, Trévoux et Pont-de-Vaux chacun 9, Nantua et Trévoux chacun 7, Châtillon 6 et Gex 5. Les districts furent invités à communiquer les listes d’hommes dans les huit jours[1].

Lors de la réunion de la compagnie à Bourg, en brumaire an II (octobre-novembre 1793), la compagnie n’était formée que de 42 hommes dont 38 étaient déclarés absents… Le district de Bourg avait envoyé six hommes, celui de Belley huit, Saint-Rambert sept, Châtillon-sur-Chalaronne cinq, Montluel trois, Nantua quatre, Trévoux neuf, Gex un et notre district de Pont-de-Vaux n’avait pas fourni le moindre soldat… Sur ce nombre nous découvrons que plusieurs étaient inaptes au service, un était trop vieux, un autre était malade et un troisième était en prison ! Le corps fut cependant renforcé par de nouvelles recrues. Nous ne savons pas, une fois formée, ce que cette unité accomplie comme missions. Elle fut peut-être dirigée sur le siège de Lyon avant de revenir au chef-lieu du département. Indépendamment de ce fait, le 5 octobre 1793, le général Kellermann avait ordonné au département de l’Ain, l’envoi de huit hommes pour renforcer l’artillerie de l’armée des Alpes. Cette superposition des demandes qui intervint dans le cadre de la levée en masse rendit le recrutement très difficile.

Par la suite nous trouvons quelques traces des canonniers de l’Ain. Le 16 novembre, le département signala la fourniture de souliers pour « les canonniers soldés ». Le 28 novembre 1793, le département signala que la compagnie de canonniers soldés avait reçu un complément d’instruction. Le 21 décembre, un nommé Pierre Hugon, obtint un certificat de civisme devant le comité de surveillance de Bourg. Il était signalé simplement comme étant un canonnier soldé. Cinq jours plus tard ce fut au tour de Jean-Baptiste Geoffray fils, d’obtenir un certificat de civisme. Le 4 janvier 1794, ce fut au tour du canonnier soldé Pierre Simon, natif de Bourg de demander et d’obtenir son certificat de civisme. Il fut seulement indiqué qu’il était canonnier. Rien ne put nous renseigner sur l’appartenance de ces hommes à la compagnie de canonniers nationaux du département[2].

Le 2 avril, Mathieu Boyer, Seillier et lieutenant de canonniers dans la Garde nationale de Bourg demanda un certificat de civisme. Le 6 avril, ce fut au tour du citoyen Caron-Carpentier, canonnier dans la compagnie de Bourg-Régénéré de recevoir un certificat. Il fut cependant stipulé qu’il ne pouvait être utilisé par ce dernier que pour se rendre à Montluel afin de régler quelques affaires. Ces dernières informations nous apprennent que la garde nationale du chef-lieu du département possédait une compagnie de canonniers probablement à ne pas confondre avec la compagnie des canonniers départementaux. Le 3 avril, le comité de surveillance indiqua que dans la compagnie de canonniers de la Garde Nationale de Bourg, forte de 80 hommes plusieurs canonniers avaient été renvoyés pour cause d’incivisme. Des anciens prêtres furent mêmes débusqués dans l’unité. Le comité de surveillance balaya la liste des hommes inscrits et avalisa son effectif. Le comité indiqua que les commandant Bayet et Rossand devaient être plus sévères et vigilants dans le recrutement des hommes devant composer la compagnie de canonniers[3].

D’après les informations communiquées par monsieur Pradal, cette compagnie fut envoyée dans le Jura et également dans l’Ain à la défense des gorges de Nantua et Saint-Rambert à la fin de 1793. Il est difficile de faire le distinguo entre ces différentes unités, l’une en principe soldée et l’autre non. Nous savons par les demandes itératives du département qu’en 1792, que l’absence de canons et notamment l’absence de canons pour servir à la Garde Nationale était une source d’inquiétude. Nous ne pouvons dire quel genre d’équipement fut confié aux canonniers départementaux ou de la Garde Nationale. Le matériel fut-il composé de pièces désuètes et dépareillées ? Eurent-ils la chance de recevoir quelques petites pièces de 2 ou de 4 du système Gribeauval ? S’ils furent équipés de pièces de campagne, furent-ils dotés de munitions suffisantes ? Quant était-il également de l’instruction et du service de ces pièces ? Difficile de répondre à tous ces questionnements.

Le 9 septembre 1793, nous trouvons une demande de paiement du citoyen Thiot, charron. Il indiquait qu’il avait fourni quatre manches pour confectionner des écouvillons pour les canons (les 7 et 12 août 1793). Mais nous ne savons pas pour qui ces canons étaient destinés. Le nombre d’écouvillon nous indique le nombre de pièces à équiper : quatre pièces. Le 25 septembre, le décret qui complétait la levée des canonniers, stipula que la ville de Bourg pourvoirait au casernement de ces hommes, à l’exercice et leur instruction au maniement du canon. Les artilleurs ne semblaient pas avoir la moindre pièce d’artillerie (mais seulement le petit matériel dont les écouvillons ?). En effet, il est indiqué que le département solliciterait au ministre de la Guerre, deux pièces de campagne avec leurs caissons et leurs munitions afin d’instruire les canonniers[4]

Le 5 octobre 1793, nous apprenons qui fut chargé de commander cette unité : le citoyen Dandelin reçut une commission pour commander le détachement des canonniers de la ville de Bourg. Le lendemain nous apprenons que le département avait traité des subsistances qui furent accordées aux artilleurs envoyés à Saint-Rambert[5]. Le 8 octobre, le département ordonna la fourniture d’un cheval au citoyen Drevet, conducteur en chef de l’artillerie des canonniers de Bourg.

En l’état nous ne pouvons en dire beaucoup plus sur les canonniers de l’Ain.

Article de Laurent B.

sehri

[1] AD de l’Ain 2 L 34.

[2] AD de l’Ain, 14 L 16.

[3] Idem.

[4] AD de l’Ain, 2 L 34.

[5] D’après les recherches de Jérôme Croyet, article Les canonniers départementaux et d’après la liste des citoyens qui se sont présentés chez le citoyen Gervais pour organiser la compagnie de canonniers à Bourg, AD de l’Ain, Série L.

Publicités