1er bataillon du Cher

Le 1er bataillon du Cher :

1er bataillon du Cher

Ouvrages de référence :

M. Bruneau, Les débuts de la révolution dans les départements du Cher et de l’Indre (1789-1791), Paris, 1902.

Date de formation : selon Belhomme, il fut formé le 12 octobre 17911. Le commandant Dumont confirme la date2.

« La municipalité de Bourges ouvrit un registre d’enrôlement dès le 29 juin 1791. Ce jour-là même, huit volontaires vinrent se faire inscrire, parmi lesquels Delaleu qui commandait alors la garde nationale du quartier d’Auron. Cependant, le décret du 21 juin n’était pas encore connu dans la foule. Il fallut un grand mois à la masse, dans le Cher, pour s’échauffer, pour s’ébranler à la voix des représentants du pays. Commencés le 29 juin, les engagements ne reprirent à Bourges que le 31 juillet, mais ils ne cessèrent plus d’affluer pendant les mois d’août, de septembre et d’octobre. Le 31 juillet, il se présenta 16 volontaires; il s’en présenta 22 le 16 août, 14 le 10 octobre. L’enthousiasme ne se refroidit point jusqu’au rassemblement du bataillon qui eut lieu le 12 octobre. Les enrôlements se prolongèrent plus tard, jusqu’au 26 octobre et même jusqu’au 6 novembre. La Société des Amis de la Constitution de Bourges excita et entretint l’ardeur par sa propagande et par son exemple. Que l’on compare la liste de ses membres avec les noms et la provenance des volontaires, l’on sera frappé de l’énergie et de l’efficacité de son intervention. Ces révolutionnaires intempérants manquèrent parfois de sagesse, mais qui oserait dire qu’ils aient manqué de patriotisme ? Au premier danger de la patrie, ne s’empressèrent-ils pas de lui offrir leurs enfants, comme les Goutelle, les Augier, les Gambon, les Witas ? Le premier inscrit sur le registre des volontaires de Bourges était le fils d’un jacobin, Charles Regnaud. D’autres, parmi les Amis de la Constitution, ne pouvant donner leur fils, donnèrent leurs ouvriers ; tel le tailleur Paduska, un Morave émigré d’Olmutz à Bourges : son atelier fut une officine de recrutement. La municipalité de Bourges eut la joie d’inscrire sur son registre 240 engagements. Peu s’en fallut qu’à elle seule elle n’enrôlât la moitié du bataillon réclamé au département du Cher. Le Sancerrois ne se distingua guère moins par son ardeur. Le recrutement de l’armée s’y fit « avec le plus grand succès. Il était rassemblé à Bourges depuis le 12 octobre, attendant l’arrivée d’un commissaire des guerres pour procéder le 27 ou le 28 à sa formation, et à la date du 25 il n’avait encore reçu que 237 de ses habits bleus. Ce fut à grand peine qu’il s’en procura encore 214. Un grand nombre de volontaires refusaient de payer leur habillement, et les tailleurs de Bourges, vivant de leur salaire quotidien, ne voulurent pas travailler plus longtemps sans être payés. Nombre de ces volontaires du Cher arrivèrent sans uniforme dans les cantonnements de la Champagne […]Sur les 240 volontaires qui s’enrôlèrent à Bourges, 87 seulement déclarèrent « ne savoir signer ». Parmi ceux qui volèrent à la frontière, sans compter d’anciens officiers, il y eut beaucoup de fils de bourgeois. Il s’enrôla des négociants comme Charles Gambon, Piécour et François Auiot, des propriétaires comme Geoffrenet, des enfants d’administrateurs de département comme Goutelle cadet, Decencière, Étienne Rochoux de la Bouïge et Dupertuis, des étudiants « en philosophie » comme Darnault, des « élèves en chirurgie » comme Labbe et Lajoye, des fils de notaires ou d’avocats comme Delletery et Cuinat, des hommes de loi comme Charles Regnaud, Augier et Raimond ; ce dernier était avoué près le tribunal du district de Bourges. Les archives du ministère de la guerre n’ont malheureusement pas conservé le registre des contrôles du premier bataillon du Cher. Il n’est donc pas possible d’affirmer que le commandant de ce bataillon, Claude Patin, le quartier-maître trésorier La Villatte, l’adjudant-major Branger, le chirurgien-major Dugesne, le capitaine de la compagnie des grenadiers, Maulmond, les capitaines des huit compagnies de fusiliers, Boursignon, Piécour, Brunet, Gambon, Goutelle, Regnaud, Geoffrenet et Lefebvre, les neuf lieutenants et les neuf sous-lieutenants avaient servi autrefois dans les troupes de ligne. Tout ce que Ton peut dire avec certitude, c’est que, parmi les trois volontaires qui déclarèrent, à Bourges, avoir fait partie de l’ancienne armée, un seul, Lagrange, devint lieutenant de la septième compagnie de fusiliers. Il semble même qu’en élisant leurs officiers, les volontaires du Cher aient choisi, de préférence aux anciens soldats, les jeunes gens distingués par leur situation sociale et par l’ardeur de leurs convictions, dont l’expérience ne s’était formée que dans la milice bourgeoise de Bourges et dans les gardes nationales du département […]Quant au 1er bataillon du Cher, employé d’abord dans l’armée des Ardennes, sur la ligne des avant-postes depuis Bouillon jusqu’à Montmédy, il fit partie de ces glorieuses légions qui débloquèrent Maubeuge; il « combattit avec valeur» dans les journées de Wattignies. Deux mois plus tard, passé à l’armée de la Moselle, il culbuta les Autrichiens au Geisberg, dans les lignes de Wissembourg, devant Landau. En 1794, il s’illustra à Fleurus, et, par sa charge d’Heppignies, comme le rapportent dans leur mâle simplicité les archives historiques du ministère de la guerre, il contribua « fortement au succès de cette mémorable journée »3.

Historique :

1791 :

Il était composé de 570 hommes de divers districts rassemblés à Bourges et formés en compagnie entre le 10 et 12 octobre date à laquelle ils furent formés en bataillon. Il fut passé en revue quelques jours plus tard par le commissaire des guerres. Armé de 486 fusils appartenant au département, mais pas complètement habillé, il fut toutefois mis en route (fin novembre). Il fut envoyé dans la Marne, à la réserve de la 2ème division sous Wittgenstein. Désigné pour se rendre à Épernay, puis à Reims où il arriva le 1er décembre. Il fut réparti entre les villages de Cormicy (l’État-major et 5 compagnies), Cauroy (2 compagnies) et Hermonville (2 compagnies). Des problèmes avec les habitants firent transférer deux compagnies de Cormicy à Pouillon et Saint-Thierry, puis une compagnie de Cauroy à Villers-Franqueux.

1792 :

Le 1er janvier, le bataillon était en garnison à Carmey4. Il servait dans les rangs de l’Armée du Centre (fin avril). Il partit de Cormicy (6 mai) et arriva à Sedan détachant une compagnie de grenadiers (8 mai). Il fut envoyé au camp de Sedan, où il reçut des effets d’habillement fournis par Monsieur Desbureaux de Reims (3 juillet). Il s’entraîna dans cette position, ayant alors un effectif de 732 hommes (août). Il tint garnison à Maubeuge (septembre-octobre), puis fut affecté de nouveau au camp retranché de Sedan (novembre).

1793 :

En janvier, le bataillon se trouvait toujours à Sedan5. Il fut inspecté par Boissieu, et demanda à la Convention de quitter ses cantonnements pour marcher à l’ennemi : « que les bataillons fatigués viennent à notre place ! » (12 janvier). Il reçut l’apport de la compagnie de canonniers de la section parisienne du Pont-Neuf (16 février). Affecté à l’Armée des Ardennes (11 mars), il partit pour Namur, mais se trouva arrêté à Givet, et fut placé en garnison dans cette place. Il fut complété à 800 hommes par des recrues de la levée des 300 000 hommes des départements des Ardennes et de la Marne (16 avril). Il campa au Mont d’Haure jusqu’au 15 juin.

Il fut ensuite employé sur la ligne des avant-postes entre Bouillon et Montmédy. Il cantonnait à Givet (1er août), puis passa à la division des Ardennes, 374 hommes se trouvaient à Bouillon, 96 hommes à Breux. Il fut passé en revue à Carignan par Cayrol, comprenant 882 hommes (1er octobre). Il se trouvait au camp des Sans-culottes près de Messincourt (15 octobre), ayant des détachements à Sedan, au Monty, à la Haie-Haute et à Breux. Il combattit à la bataille de Wattignies dans les rangs de la division Beauregard (15-16 octobre)6. Il reçut des réquisitionnaires de Sainte-Menehould, et fut envoyé renforcer l’Armée de Moselle (20 novembre). Il prit part à la bataille du Geisberg (26 décembre), à l’enlèvement des lignes de Wissembourg, et au déblocus de Landau.

1794 :

Il était en observation devant Spire et Mannheim au début de l’année, puis se trouvait à Bouzonville avec la 1ère division (3 février). Il était à Vendresy (19 février), et il fut inspecté par Gillet au camp de Cosnes près de Longwy, comptant 684 présents (30 mars).

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

La 94ème demi-brigade de bataille fut formée selon Belhomme, le 3 avril 1794, à Longwy7. Toutefois Susane indique la date du 21 mars 1794. Sa formation comprenait le 2ème bataillon du 47ème régiment d’infanterie, le 1er de Saône-et-Loire (dit de la République) et le 1er du Cher.

2ème formation :

La 94ème de bataille devint la 2ème demi-brigade de ligne, et nous apprenons qu’à cette date le 5ème de l’Yonne et une partie d’un bataillon de Maine-et-Loire furent incorporés avec elle dans cette nouvelle unité. Ce second amalgame intervint à l’Armée de Sambre-et-Meuse.

État-major du bataillon le 27 octobre 17918 :

État-major :

Lieutenant-colonel Louis Jourdin de Bravignon De La Faix, de Saint-Martin d’Aubigny, 51 ans, chevalier de Saint-Louis,

Lieutenant-colonel en second Charles-Joseph Delouche, de Paris, 38 ans,

Quartier-maître trésorier Jacques Roze, de Bourges, 28 ans,

Adjudant-major Augustin-Cyrille-Christophe Closquinet, de Sedan, 34 ans,

Adjudant sous-officier Jean-Baptiste Lefèvre, de Touques, 38 ans,

Chirurgien-major Dugesnes, de Sancerre, 25 ans.

Compagnie de grenadiers : capitaine Étienne Roze de Bourges, 22 ans, lieutenant Gabriel Ferry de Bourges 23 ans, sous-lieutenant Louis Champforand de Paris, 20 ans.

1ère compagnie (de Sancoins) : capitaine Jean Moulin, de Dun-sur-Auron, 23 ans, lieutenant Jean-Baptiste Lefèvre de Dun-sur-Auron, 25 ans, sous-lieutenant Jean Bonnin de Dun-sur-Auron, 18 ans.

2ème compagnie (de Sancerre) : capitaine François Boursignon de Sancerre, 30 ans, lieutenant Jean Dargent de Sancerre, 24 ans, sous-lieutenant Claude-Louis Sencière du Noyer, 19 ans.

3ème compagnie (de Bourges) : capitaine Étienne Clerjault de Bourges, 27 ans, lieutenant Pierre Raymond de Bourges, 27 ans, sous-lieutenant Étienne Lagrange de Reuilly dans l’Indre, 54 ans.

4ème compagnie (de Bourges) : capitaine Pierre Piécour de Bourges, 38 ans, lieutenant Charles Regnaud de Bourges, 27 ans, sous-lieutenant Louis Ponet de Bourges, 58 ans.

5ème compagnie (de Saint-Amand) : capitaine Philippe-Jean Savart de Vierzon, 27 ans, lieutenant Jacques-François La Villatte de Saint-Amand, 22 ans, sous-lieutenant Jean-Baptiste Berchon de Saint-Amand, 30 ans.

6ème compagnie (de Châteaumeillant) : capitaine Claude Patin de Châteaumeillant, 30 ans, lieutenant Philippe-Lau Brunet de Bourg-de-la-Chaptolle, 24 ans, sous-lieutenant Charles Yet du Château d’Ibesse, 26 ans.

7ème compagnie (de Bourges) : capitaine ?, lieutenant Charles-Marie Gambon de Locarno en Suisse, 23 ans, sous-lieutenant Simon Geoffrenet de Vierzon, 23 ans.

8ème compagnie (de Vierzon) : capitaine Pierre-Nicolas Sauger de Vierzon, 28 ans, lieutenant Louis Dosny de Paris, 21 ans, sous-lieutenant Jean-François Goutelle de Mehun-sur-Yèvre, 19 ans.

État-major du bataillon au moment de l’Amalgame9 :

État-major :

Chef de bataillon Claude Patin (capitaine de la 6ème compagnie en 1791), quartier-maître Jacques-François La Vilatte (lieutenant de la 5ème compagnie en 1791), adjudant-major L. P. Branger, adjudant sous-officier M. Brossard, chirurgien-major Dugesne (déjà à ce poste en 1791).

Compagnie de grenadiers : capitaine F. Maulmond, lieutenant E. Dardeau, sous-lieutenant J. Remond.

1er compagnie : capitaine Jean-Baptiste Lefèvre, lieutenant Jean Bonnin (sous-lieutenant dans la compagnie en 1791), sous-lieutenant P. M. Gestat.

2ème compagnie : capitaine François Boursignon (déjà à ce poste en 1791), lieutenant Jean Dargent (déjà à ce poste en 1791), sous-lieutenant C. L. Sencière.

3ème compagnie : capitaine Charles Regnauld (lieutenant à la 4ème compagnie en 1791), lieutenant Pierre Raymond (déjà à ce poste en 1791), sous-lieutenant L. Dumontel.

4ème compagnie : capitaine Pierre Piécour (déjà à ce poste en 1791), lieutenant Lefèvre, sous-lieutenant Vidé.

5ème compagnie : capitaine Simon Geoffrenet (sous-lieutenant à la 7ème compagnie en 1791), lieutenant Étienne Lagrange (sous-lieutenant de la 3ème compagnie en 1791), sous-lieutenant Jean-Baptiste Berchon (déjà à ce poste en 1791).

6ème compagnie : capitaine Philippe-Lau Brunet (lieutenant dans la compagnie en 1791), lieutenant P. Perrot, sous-lieutenant J. Cariot.

7ème compagnie : capitaine Charles-Marie Gambon (lieutenant dans la compagnie en 1791), lieutenant Louis Ponet (sous-lieutenant à la 4ème compagnie en 1791), sous-lieutenant R. Grey.

8ème compagnie : capitaine Jean-François Goutelle (sous-lieutenant dans la compagnie en 1791), lieutenant J. Jourdain, sous-lieutenant G. Lemaire.

Compagnie de canonniers : capitaine A. A. Guillemard, lieutenant A. C. J. Domis, sous-lieutenant P. Marcilly.

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Portraits :

Transmis par l’internaute Thibaut Boulay :

Étienne Boulay, né en 1769 à Sancerre. Il mourut à l’hôpital militaire d’Alexandrie le 22 août 1800, fusilier sergent (2ème demi-brigade d’infanterie en ligne, 2ème bataillon, 6ème compagnie).

Article de Laurent Brayard avec des apports de Thibaut Boulay.

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1 Belhomme, Histoire de l’Infanterie en France, tomes 3 et 4.

2 Commandant Dumont, Les bataillons de volontaires, p. 62.

3 Bruneau, Les débuts de la Révolution dans les départements du Cher et de l’Indre, p. 282-286.

4 Journal Militaire de 1792.

5 Journal Militaire de 1793.

6 D’après un ordre de bataille, le fait est à vérifier par d’autres recoupements.

7 Date confirmée par le commandant Dumont, déjà cité, p. 62.

8 Commandant Dumont, Les bataillons de volontaires, p. 62.

9 Commandant Dumont, Les bataillons de volontaires, p. 63.

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