5e bataillon des Bouches-du-Rhône

bataillon-de-volontaires-nationaux

5ème bataillon des Bouches-du-Rhône :

 

Date de formation : 4 août 1792.

Formation :

Alors que le début de l’année avait été marqué dans le département par des tentatives de déstabilisation de la Révolution, énergiquement contrées par la garde nationale de Marseille, notamment lors du désarmement du régiment d’Ernst (régiment Suisse), mise au pas d’Arles, mise en place d’une commission des neuf, nouveau directoire départemental etc., l’annonce de la proclamation de la Patrie en Danger (11 juillet 1792) arriva à Marseille le 15 juillet :

« Citoyens s’écrièrent les officiers municipaux, nos ennemis intérieurs et extérieurs secondés par un pouvoir perfide, ont armé contre nous tout ce qu’ils ont pu recevoir d’esclaves… mais la France entière s’est levée, le moment est arrivé de vaincre ou de mourir ».

Le 23 juillet toutes les administrations, civiles, religieuses et la garde nationale se réunirent et demandèrent la destitution du Roi. Une mobilisation des départements méridionaux fut instituée. Le 26 juillet, le département des Bouches-du-Rhône, décida de faire une levée de 6 000 hommes pour renforcer l’armée du Midi, des généraux Anselme et Montesquiou. Marseille dut à elle seule en fournir 2 000.

Le département fournit beaucoup d’hommes en cette année 1792, déjà quatre bataillons de volontaires avaient été formés et renforcés à 800 hommes, des volontaires avaient été envoyés pour compléter la ligne et un bataillon de fédérés marseillais avait été levée le 2 juillet 1792, et monta sur Paris où il s’illustra lors de l’assaut du château des Tuileries (10 août). Le 4 août, presque spontanément, un 5ème bataillon des Bouches-du-Rhône fut organisé, fait confirmé par Belhomme. Les registres de formation ont disparu mais il fut constitué de 800 volontaires, dont 400 de Marseille, 200 d’Aix en Provence et des contingents différents, 50 hommes de Tarascon, Martigues, Apt et Orange. Son chirurgien ne fut nommé qu’en septembre, il s’agissait du citoyen Esprit-Joseph-Julien Robert.  Le 15 septembre, Victor devint son lieutenant-colonel en second. Plus tard, le maréchal Victor duc de Bellune déclara que le 5e des Bouches-du-Rhône pouvait être comparé aux meilleures troupes de ligne, pour sa tenue, l’ordre mais aussi la précision de ses mouvements[1].

1792 :

A cette date, la guerre éclata avec le royaume de Piémont-Sardaigne, et Anselme réclama l’aide du département qui avait toutefois déjà levé 6 000 gardes nationaux. Marseille fut  exemptée de cette nouvelle levée pour l’armée du Midi. Le 21 septembre, le bataillon était dans le département et tenait garnison à La Ciotat. Le lieutenant Cartier fit arrêter quelques suspects convaincus d’activité « anti nationale ». Les volontaires du bataillon étaient très politisés. Le 27 septembre, arriva au département la proclamation de la République, et le 29 l’armée du général Anselme entra dans le comté de Nice où elle ne rencontra pas ou peu de résistances. Il fut rapidement occupé, les Sardes se retranchèrent dans les hautes vallées de ce qui est aujourd’hui la frontière franco-italienne. Pendant plusieurs années, ils résistèrent à toutes les attaques, avec l’aide des Autrichiens, il faudra attendre Bonaparte et la campagne d’Italie de 1796, pour voir le front enfoncé par les Français.

L’indigence était grande durant l’hiver 1793, seul le club de Marseille tenta de l’aider. Le capitaine Peyre dès la fin de 1792, (compagnie de grenadiers) fit savoir à l’administration du département qu’il lui manquait 16 chemises, 87 vestes, 574 havresacs, 205 habits et probablement la totalité des paires de bas. Un lot de 800 chapeaux fut envoyé au bataillon (novembre), la carence en équipements et armements touchait la totalité des bataillons du département des Bouches-du-Rhône. Les volontaires commencèrent à déserter, et dans une lettre adressée au district de Toulon, le commandant de l’armée du Var, fit connaître que le 5ème bataillon qui stationnait alors à Nice était dans « un état de destruction générale ». Le 1er novembre, ce qui restait du bataillon servait à l’armée d’Italie, dans la 3ème division du maréchal de camp Brunet, 6ème brigade[2].

1793 :

En janvier, le bataillon se trouvait à Nice. Il faisait partie des 16 bataillons qui formèrent la nouvelle armée d’Italie, rassemblée entre Nice et Villefranche et qui garda une chaîne de postes avancées. L’armée eut pour mission de tenter de s’emparer des vallées de l’Authion et de la Vésubie. Ce fut en vain, les généraux Anselme, Brunet et Biron se succédèrent à la tête de cette armée.  L’hiver se passa en opérations et coups de mains pour des résultats très maigres. Le 19 mars, le 5ème était toujours en garnison à Nice[3]. Menant une guerre d’usure, les Français s’emparèrent des cols et les défendirent contre les Sardes. Brunet qui avait pris le commandement passa à l’attaque, et Victor, lieutenant-colonel désormais en premier, put écrire « la victoire est à l’ordre du jour ». L’offensive d’été était prometteuse mais les royalistes et les fédéralistes allumèrent la guerre civile dans le pays. Les combattants de l’armée d’Italie se battirent pour le contrôle du plateau de l’Authion (juin). Ils durent reculer et se replier sur leurs positions. Le 2 juin, l’arrestation des députés Girondins avait aggravé la guerre civile déjà allumée dans l’Ouest. Lyon, le Sud-Ouest, la Provence, la Normandie entrèrent partiellement ou totalement en révolte. Les Anglais envahirent la Corse et assiégèrent bientôt les dernières troupes françaises dans Bastia. Toulon se révolta et livra la flotte de la Méditerranée aux Anglais. Un corps anglais, renforcé par des Espagnols et des Napolitains débarqua à Toulon.

La contre-offensive ne se fit pas attendre, les fédéralistes furent vaincus en Normandie, les républicains reprirent le contrôle d’Avignon puis de Marseille (25 août). Lyon tomba le 9 octobre. Quant au bataillon, il servit dans les troupes du siège de Toulon. Il se trouvait le 11 décembre, à l’armée du siège de Toulon, aile gauche, fort de 473 hommes. Après la chute de la ville, le 19 décembre, grâce aux dispositions d’un obscur officier d’artillerie, le capitaine Bonaparte qui fut nommé général de brigade. L’armée du siège fut envoyée en grande partie au secours de l’armée des Pyrénées-Orientales en mauvaise posture devant les Espagnols. Le 5ème bataillon resta à l’armée d’Italie.

 

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

Le bataillon fut amalgamé le 31 octobre 1794, à Marseille, selon Didier Davin, avec le 2ème bataillon du 26ème régiment d’infanterie ci-devant Bresse, le 2ème bataillon du Vaucluse, le 5ème des Bouches-du-Rhône et le 2ème bataillon des réquisitionnaires de la Montagne d’Aix pour former la 52ème demi-brigade de bataille.

La 52ème demi-brigade de bataille fut formée à Marseille, le 31 octobre 1794, selon Belhomme, le 23 octobre selon Louis Susane. Elle se composait du 2ème bataillon du 26ème régiment d’infanterie, du 2ème du Vaucluse et 5ème des Bouches-du-Rhône.

2ème formation :

La 52ème de bataille fut incorporée dans les 4ème, 22ème et 27ème demi-brigades légères de seconde formation.

État-major :

Son lieutenant-colonel Claude-Victor Perrin, dit Victor, était le futur maréchal de France, qui obtînt son bâton après la campagne d’été de 1807.

Portrait :

Claude-Victor Perrin, dit Victor, né le 7 décembre 1764, à Lamarche dans les Vosges. Il s’enrôla comme tambour dans un régiment d’artillerie (1781), puis avec son congé, passa grenadier dans la garde nationale de sa ville natale (21 février 1792), il s’enrôla ensuite dans le 3e bataillon de la Drôme à sa formation, fut élu adjudant, mais passa dans le 5e bataillon des Bouches-du-Rhône (4 août), il fut élu adjudant-major capitaine, chef de bataillon (15 septembre), il fit campagne à l’armée d’Italie, s’illustrant au combat de Coaraze, puis au siège de Toulon dans la division Lapoype. Nommé Adjudant-général chef de brigade, il s’était illustré à la prise du fort du Mont Faron (1er décembre), grièvement blessé au ventre lors de la prise du fort de l’Eguillette (Petit Gibraltar), qui décida de la prise de Toulon (17 décembre). Général de brigade à titre provisoire (20 décembre), nommé par les représentants du Peuple Barras, Fréron et Ricord, il passa à l’armée des Pyrénées-Orientales, s’illustrant au combat de Sierra Negra, puis servant aux sièges du fort Saint-Elme et de Collioure (1794), puis de Roses qui capitula (2 janvier 1795). Confirmé à son grade (13 juin), il passa à l’armée d’Italie, servant au combat de Borghetto (2 octobre), puis à la bataille de Loano (22-24 novembre). Il servit brillamment durant la campagne d’Italie de Bonaparte, s’illustrant à la prise du château de Cosseria (14 avril), à la bataille de Dego (15 avril), au combat de Peschiera (6 août), à la bataille de Roveredo (4 septembre), au combat de Saint-Georges (15 septembre), à la bataille de Saint-Georges où il fut à nouveau blessé (15 février), faisant mettre bas les armes au général Provera à la Favorite. Nommé général de division à titre provisoire par Bonaparte, grade confirmé (18 janvier), il s’empara d’Imola, marchant sur Bologne et balayant les forces pontificales, qui laissèrent quelques centaines d’hommes, huit drapeaux, 14 canons et quantité de bagages et de munitions. Il récidive en s’emparant d’Ancône (9 février), s’emparant d’un nombreux butin de 120 canons et 4 000 fusils. Il marcha après l’insurrection de Vérone (Pâques Véronaises) sur Vicence, campa devant Trévise et Padoue puis se replia sur l’Adige. Il rentra en France, puis fut employé à l’armée d’Angleterre, commandant de la 2e division militaire à Nantes (17 mars), mais fut rapidement de retour à l’armée d’Italie (3 mai). Il servit durant la campagne d’Italie de 1799, servant à Sainte-Lucie (26 mars), à Villafranca (5 avril), à Alexandrie (12 mai), à la bataille de la Trebbie (17-19 juin), où il fut blessé. Il se défendit avec succès, le lendemain de cette défaite à Sainte-Marguerite (20 juin), puis combattit à Fossano (4 novembre), à cette date, l’Italie était perdue. Le Premier Consul Bonaparte le mit à la tête d’une division de l’armée de Réserve (17 mars 1800), décidant de la victoire de Montebello (9 juin), et soutenant le choc durant toute la journée de Marengo (14 juin), où il se couvrit de gloire, recevant un sabre d’honneur (6 juillet), général en chef de l’armée de Batavie (25 juillet), il garda ce commandant jusqu’au 9 août 1802. Il fut nommé à la tête d’une expédition prévue pour la Louisiane, mais ne partit pas du fait du désastre de celle de Saint-Domingue et fut replacé à la tête de l’armée de Batavie (6 juin 1803), chevalier de la Légion d’honneur, mis en disponibilité (23 avril 1804), grand officier de la Légion d’honneur (14 juin), président du collège électoral du département de Maine-et-Loire. Il fut nommé ambassadeur au Danemark (19 février 1805), grand cordon de la Légion d’honneur (6 mars), chef d’Etat-major dans le 5e corps du maréchal Lannes, il combattit à Saafeld (10 octobre 1806), puis à Iéna (14 octobre), où il fut blessé par un biscaïen, il reçut la capitulation de la place de Spandau (25 octobre), servit à la bataille de Pultusk (26 décembre), et fut placé à la tête du 10e corps d’armée en formation. Il mit le siège devant Colberg puis Dantzig, il fut enlevé par les partisans prussiens de Schill (20 janvier), mais bientôt échangé contre le général Blücher (8 mars), aussitôt envoyé au siège de Graudenz (23 mai). Il remplaça Bernadotte blessé à la tête du 1er corps (6 juin), puis enfonça le centre des Russes à la bataille de Friedland (14 juin), ce qui lui valut le bâton de maréchal (13 juillet). Nommé gouverneur de Prusse à Berlin (9 août), à son départ, les Berlinois lui offrirent une somme de deux millions, pour sa gestion honnête et juste, somme qu’il refusa, n’acceptant que quatre chevaux, il fut fait duc de Bellune (septembre 1808), puis envoyé en Espagne, il fut vainqueur du général espagnol Blake à Espinosa (10 et 11 novembre), participa à la prise de Somosierra (30 novembre), à la prise de Madrid (2 décembre), marchant ensuite sur Tolède. Il fut encore victorieux à Uclès (13 janvier 1809), commandant du 1er corps, il participa à la bataille de Talavera de la Reina (15 mars), à celle d’Ybor (17 mars), de Valdecanas de Tajo (18 mars), et enfin de Medellin, où il écrasa les Espagnols du général Cuesta, qui laissa 8 000 tués et blessés, 2 000 prisonniers, 9 drapeaux et 19 canons (29 mars), remportant encore la bataille d’Alcabon (26 juillet), mais fut repoussé par les Anglo-Portugais à Talavera (27 et 28 juillet), L’Empereur le dota pour ses succès de terres en Hanovre. Il pénétra en Andalousie après la victoire d’Ocana, entra dans Cordoue (23 novembre), puis dans Séville (1er février 1810), et mis le siège devant Cadix. Faute d’artillerie de siège suffisante, la ville étant ravitaillée par mer, il ne put s’emparer du grand port espagnol et maintînt le siège durant 30 mois. Il fut victorieux pendant cette période à Chiclana, puis fut appelé à la Grande Armée pour servir durant l’invasion de la Russie, il prit le commandement du 9e corps (3 avril 1812). A la tête de 30 000 hommes, il servit à la réserve assurant les voies de communications. Lors de la retraite, ses troupes ayant été moins éprouvées, rejoignirent le gros de l’armée et servirent à l’arrière-garde. Il s’empara de la position de Smoliani, résistant à toutes les attaques russes, puis sauva probablement l’armée française à la bataille de la Bérézina. Il défendit les abords des deux ponts, à un contre cinq, puis retraita sur le Niémen avec les débris de son corps. Il fut nommé à la tête du 2e corps (12 mars 1813), il combattit à la bataille de Dresde (27 août), puis lors de la bataille des Cinq Nations, Leipzig, au combat de Wachau (16 octobre), puis de Probstheida (18 octobre), et enfin à la bataille de Hanau (30 octobre). Il fut l’un des généraux qui s’illustra au côté de l’Empereur, durant la campagne de France (1814), d’abord stationné avec son 2e corps à Strasbourg, il dut se replier par Saint-Dié, Baccarat, Lunéville, Nancy et Toul (17 janvier), puis Saint-Dizier (25 janvier). Il recula devant les masses impressionnantes des coalisés, servit à la bataille de Brienne (29 janvier), puis à celle de La Rothière (1er février). Il mit en déroute le corps russe de Pahlen à Mormant (17 février), faisant 3 000 prisonniers et s’emparant de 16 canons. L’Empereur lui reprocha son arrivée tardive à la bataille victorieuse de Montereau (18 février), il fut remplacé par le général Gérard, mais pardonné et mit à la tête de deux divisions de la jeune garde le jour même. Il fut blessé à la bataille de Craonne (7 mars), d’un coup de feu qui le força à rester en convalescence et marchant avec des béquilles pendant trois mois. Il se rallia au Bourbons, chevalier de Saint-Louis (2 juin), commandant de la 2e division militaire (6 décembre), il décida de rester fidèle à Louis XVIII aux Cent-Jours et le rejoignit à Gand (1815). Il revînt à Paris dans les « fourgons » des coalisés avec le roi (8 juillet), fut récompensé par le grade de major-général de la garde royale (8 septembre), pair de France (17 août), il eut la faiblesse insigne de voter la mort du maréchal Ney, vote qu’il regretta amèrement et fit du jour de sa mort, un jour de pénitence jusqu’à la fin de ses jours. Il avait été nommé président de la commission chargée d’examiner le sort des officiers ayant rallié Napoléon (12 octobre), commandant de la 16e division militaire (10 janvier 1816), commandeur de l’ordre de Saint-Louis, grand-croix de l’ordre, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, Ministre de la Guerre (14 décembre 1812-19 octobre 1823), il prépara l’intervention française en Espagne (1823), major-général de l’armée d’Espagne (17 mars), mais il fut écarté par le duc d’Angoulême, repris son portefeuille de ministre, puis entra au conseil privé du roi. Commandant en chef du camp de Reims lors du sacre du dernier roi de France, Charles X (1824), membre du conseil supérieur de guerre (1828), il refusa de prêter le serment au gouvernement de Louis-Philippe (1830), et pour ce fait fut exclu de la chambre des Pairs. Il ne joua ensuite plus aucun rôle, il mourut à Paris, le 1er mars 1841, et fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

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Article de Didier Davin et Laurent B.

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[1] Chuquet, La première invasion prussienne, p. 75.

[2] A. Chuquet, Dagobert, p. 438-440.

[3] Un ordre de bataille de la collection Nafziger le signalait à Nice le 5 mars 1793, fort de 780 hommes.

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