8e bataillon de l’Ain

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8ème bataillon de l’Ain :

 

Date de formation : 4-7 septembre 1792 et printemps 1793.

Formation :

L’histoire de ce bataillon est tout aussi difficile à établir que celle du fantomatique 7ème bataillon de l’Ain. La plus grande confusion régnait lors de sa formation. Dans un premier temps, le département de l’Ain réussit à former trois nouveaux bataillons, les 4ème, 5ème et 6ème bataillons de l’Ain. Mais les volontaires affluaient et étaient assez nombreux pour que les autorités pensent à la formation d’un autre bataillon. Sa formation officielle fut décrétée pour le 4 septembre et intervint en réalité entre le 4 septembre et le 7 septembre 1792. Il est probable que cette formation n’ait été qu’un embryon destiné à se renforcer des volontaires qui étaient attendus très nombreux. Le 28 novembre 1792, nous en apprenons plus par une lettre du département de l’Ain aux différents districts à propos des recrutements de 1792 :

« Ce premier élan d’un peuple rentré dans ses droits n’est pas le seul qui vous ait distingué. La loi du 22 juillet demandoit encore au département douze cent défenseurs de la liberté ; deux mille sept cents se sont rangés sous ses drapeaux »[1].

En 1792, nous savons cependant que les bataillons qui furent formés étaient des bataillons à 800 hommes et non à 574 hommes, comme ce fut le cas des volontaires de 1791. Les trois bataillons de l’Ain portant les numéros, 4 à 6 comptabilisaient donc environ 2 400 hommes. Parmi ces troupes, les compagnies de grenadiers du 4ème et du 6ème furent apparemment immédiatement extraites de leur bataillon d’origine pour être dirigées vers le camp de Soissons. Ce furent quatre compagnies qui partirent ainsi pour le camp de Soissons et qui formèrent à la base le 7ème de l’Ain, devenu le 21ème bataillon des réserves. C’est donc un total de 3 à 400 hommes qui restaient libres pour former une quatrième unité de l’Ain.

Mais dans le même temps, le général Montesquiou avait donné l’ordre de former un bataillon de grenadiers de l’Ain (pour l’armée du Midi). Ces hommes furent les premiers réquisitionnaires. Ils furent désignés par leurs pairs dans le sein des compagnies de grenadiers de la Garde nationale. Les 3 ou 400 hommes restant furent donc un mélange de volontaires destinés à un 8ème de l’Ain dont il n’existait que des cadres, et un 1er de grenadiers de l’Ain qui s’avéra finalement impossible à former. Dans la lettre du 28 novembre 1792, citée plus haut nous apprenons que le général Montesquiou avait finalement stoppé le recrutement du bataillon de grenadiers destiné à son armée :

« Ce premier élan d’un peuple rentre dans ses droits n’est pas le seul qui vous ait distingué. La loi du 22 juillet demandoit encore au département douze cent défenseurs de la liberté ; deux mille sept cents se sont rangés sous ses drapeaux, et nous avons été témoins des regrets de vos grenadiers lorsque Montesquiou, retirant sa réquisition, enchaîna leur courage »[2].

Les grenadiers restants qui n’étaient pas assez nombreux pour former un bataillon au complet, furent cependant organisés en plusieurs compagnies. Nous verrons que nous retrouverons la trace de cette unité dans le courant de 1793. Quant au 8ème bataillon de l’Ain, il végéta toujours à l’état d’embryon. Le départ de quatre compagnies pour le camp de Soissons, qui donna lieu à la formation du 21ème de réserve, confirme l’idée qu’un 7ème de l’Ain fut formé. D’autres compagnies étaient parties, comme en témoigne les historiques du 6ème de l’Ain, et l’affirmation de Desprez que trois autres compagnies de grenadiers de l’Ain étaient parties pour la Champagne et les armées du Nord de la France. Mais les sources sont rares et éparses.

Historique :

1792 :

L’armement de l’embryon du bataillon fut très difficile. Dès le 2 octobre, nous trouvons trace d’un remboursement fait à l’armurier Guyer de Bourg, pour la réparation de 68 fusils destinés à l’armement des volontaires. Le 3 octobre, le département signala que :

« Pour accélérer la fourniture des chemises à faire aux volontaires de dernière levée, il avoit été nécessaire d’employer autant d’ouvriers qu’il étoit possible d’en trouver, que les ouvriers rendent à fur et à mesure qu’elles sont faites, et demandent à être payé de la façon ».

C’est une somme de 300 livres qui fut débloquée pour assurer les paiements des artisans[3]. Dès le 25 octobre, cette somme était déjà épuisée et le département avança une nouvelle somme de 300 livres pour payer la façon des chemises devant équiper les volontaires. L’équipement fut certainement encore plus difficile que les précédents bataillons, les ressources et les réserves étant épuisées[4]. Le 29 octobre, le recrutement semblait être stabilisé étant donné que le chirurgien Bollet demanda un salaire convenable pour la visite qu’il avait eu à faire des volontaires du bataillon de grenadiers et des trois bataillons de volontaires (4ème, 5ème, 6ème de l’Ain)[5]. Il n’est pas fait mention d’un 4ème bataillon de volontaires de 1792, probablement par le fait qu’il était à ce moment confondu avec le 1er bataillon de grenadiers qui n’aura qu’une formation partielle et quasiment avortée.

C’est probablement, au nombre de deux ou trois compagnies squelettiques, que le 8ème bataillon de l’Ain, qui n’avait pas encore pris son véritable nom, se mit en route pour les arrières de l’armée du Rhin. Ce départ eut lieu en novembre ou décembre. Le bataillon fut dirigé sur la place de Belfort, où il resta en garnison durant cinq longs mois sous forme de dépôt :

« Qu’avant l’organisation du bataillon, ils ont demeuré pendant 5 mois à Belfort dans le dit bataillon qui n’étoit alors qu’un dépôt organisé provisoirement en picquet que ce dépôt faisait le service intérieur de la place ».

1793 :

Le présent document nous apprend que l’organisation en compagnie et l’élection des officiers n’était pas faite. Durant ce passage en garnison, Guereaux et des représentants commandant le dépôt nommèrent des officiers pour le commandement de piquet servant à assurer la discipline et l’ordre. Ce fut durant cette période que l’instruction du bataillon fut faite. Notamment par un officier inconnu, sous-lieutenant dans le 50ème régiment d’infanterie en janvier 1792, puis lieutenant un peu plus tard. Le bataillon resta à ce poste vraisemblablement de janvier à août 1793. Nous trouvons trace en effet d’un certificat de service délivré par le lieutenant-colonel Derouville :

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(Certificat de Pierre-Charles Pin, signé du lieutenant-colonel Mabiez de Rouville, AD de l’Ain, AC de Bâgé-le-Châtel, REV 13)

Le lieutenant-colonel Mabiez de Rouville arriva à Belfort à une date inconnue. D’abord capitaine dans le 4ème bataillon de l’Ain, il avait ensuite conduit quatre compagnies de volontaires au camp de Soissons, qui formèrent le noyau du 21ème bataillon de réserves (7e de l’Ain). Il fut nommé agent militaire supérieur chargé de la répartition de l’armée. Il faut entendre par là, qu’il fut chargé de recevoir les nouvelles recrues afin de les organiser en bataillon. Avant de finalement prendre le commandement du 8ème de l’Ain, il écrivait le 27 avril de la place de Belfort[6] :

« J’ai reçu le détachement conduit par le citoyen Mazai. Ils ont été content de lui en route, et il l’a été d’eux. J’ai eu pour ses soldats de la liberté les égards que je leur dois à plusieurs titres, je placerai le mieux que je pourrai ceux de notre département, il me sera toujours bien doux de servir mes compatriotes quand je serai à même de le faire, je leur ai fait rembourser les 3 sols par lieues de Trévoux à Châtillon. Depuis quelques jours les aristos baissent la tête, nous volerons tous les jours de victoire en victoire, vous savez que nous avons donné ferme sur la gueule aux prussiens dans la sortie que nous avons fait de Mayence. Le général qui commande Mayence a fait mettre sur les remparts le drapeau blanc. Ces foutus bêtes de prussiens ont donné dedans. Notre artillerie les a balayé ferme, ça ira. L’on arrête ici tous les jours des aristocrates qui rentrent par Mulhouse. Grâce à Dieu la guillotine jouera. Je ne peux vous exprimer la joie que je manifeste tout le recrutement de se battre. Sur 10 000 hommes qui m’ont déjà passé par les mains, je n’ai pas 50 jean-foutres ».

Le 3 mai, il écrivit une nouvelle lettre à la municipalité de Trévoux qui évoque à nouveau la place de Mayence mais aussi l’arrivée du général Custine[7] :

« Custine est arrivé hier à Belfort après reçu les visites des corps administratifs et de la garnison. Il m’envoya chercher par le citoyen Labarre, commandant de la place. Je me rendis à la poste avec le citoyen Rozier de Chasselai que je garde pour quelques jours et qui travaille dans mon bureau qui sort du régiment de Custine. Son 1er mouvement fut de me recevoir un peu froidement et me dit que ma répartition se faisait mal, je le mit au courant il fut satisfait et finit par m’applaudir, il finit par nous faire déjeuner avec lui et entra dans les détails qu voici, en buvant ferme le vin de Bourgogne. Il nous dit qu’après la guerre il voulait se faire prêtre, qu’il se rappelait qu’étant jeune on lui avait fait une petite chapelle, qu’il se rappelait encore de dire la messe et que depuis cette époque, il avait appris à boire, qu’il prêchait  une bonne morale et qu’il serait autant utile après la guerre que pendant. Je lui répondis qu’il vaudrait mieux qu’il se fit capucin, attendu ses belles moustaches. Je lui demandais s’il était vrai que la sortie de Cassel et Mayence contre Hostcheim était vrai, et si nous avions tué 2 000 ennemis, il me répondit que par le mot au moins. Il nous dit que les prussiens se battaient bien, qu’ils les traiterait bientôt avec humanité et selon les lois de la guerre, mais que les jean-foutres de Saxons, autrichiens, bavarois et Hessois, il les ferait tailler en pièce attendu la barbarie qu’ils ont exercés contre nous et que le soldat de son armée qui se permettait de tuer un habitant non soldat du pays d’Hesse, quant il y serait entré le fusillerait lui-même, mais qu’il voulait qu’on lui apportât le poignet droit de chaque habitant que c’étaient des infâmes scélérats, qu’il ignorait pas que le prince de Hesse avait de nouveau mit sa tête à prix et qu’il avait envoyé 40 officiers pour l’assassiner, mais lui Custine ne voulait pas en agit ainsi qu’il ne voulait que son argent. Il nous dit que tout  le monde ni mur ni encore à la hauteur de la République, qu’il était franc républicain et que nous volerions de succès en succès tant que nous n’aurions pas des traîtres et des scélérats à notre tête. Je lui répondis, général, vous avez toute la confiance, vous changerez de maîtresse et non de caractère, il me répondit, foutre je le crois et nôtre Révolution est sûr, foutre buvons, qu’elle heure est-il que je parte. Adieu et ne m’envoyez à Wissembourg que des hommes armés, dispersez le reste comme vous avez fait. N’envoyez plus à Huningue, il y a ce qu’il faut. Je me fout de leur tentative devant Landau où ils font actes, actes, actes, d’ici au 22 on verra. Il envoya chercher au district 600 livres d’assignats de 10 sols pour courir et nous avons resté encore une demi-heure avec lui. Je lui demandais qu’il me laissa l’ordre pour faire un dépôt des volontaires pour compléter les bataillons qui était à Mayence. Il me répondit, vous avez raison, j’enverrai des ordres. Je lui observai que des municipalités, districts envoyaient des enfants de 18 ans dont les fusils avaient un pied plus haut qu’eux, que c’était un meurtre, il me répondait qu’il leur ôteraient leur fusil, qu’il en ferait des piquets, qu’il les fallait mettre dans les garnisons à la suite des bataillons et qu’il les ferait armer de piques. Il nous laissa croire que bientôt il serait à Mayence, voilà la pure vérité, rien que la vérité, il se leva brusquement, nous prit la main, nous dit adieu braves gens, nous nous verrons au canon ».

 

« Voici le vrai de la dénonciation de Desprez-Crassier[8] : il a été dénoncé pour avoir reçu de Khel un lièvre farci de louis d’or et un panier de beurre dont chaque livre était également farcie, avec une lettre remplie de gros assignats. Voici le fait, Desprez-Crassier était logé à Strasbourg chez une citoyenne qui avait une vieille cuisinière qui a des parents à Khel, ses parents lui ont envoyé un lièvre, deux livres de beurre et deux assignats de 5 livres. Desprez-Crassier s’est justifié. Ci-joint est un assignat de 50 livres que m’a remis Antoine Roux de Trévoux pour remettre à sa femme la veuve Besson. Je lui ai donné un convoi de 59 volontaires pour conduire au camp de Landau, vous voudrez bien le faire remettre à sa femme […] au citoyen Chapuis, citoyen je saisi l’occasion de la missive de votre ami Derouville pour vous prier si vos moments vous le permettre de passer jusqu’à Quincieux et annoncer à la citoyenne Aynès que son mari jouit d’une bonne santé et que bientôt, aussi je la verrai. Je suis flatté que cette occasion me procure la satisfaction de m’entretenir avec vous, et de vous renouveler les sentiments d’attachements de votre frère. Rosier ».

Un document daté de novembre 1794, nous apprend que le bataillon fut formé à Belfort avec des hommes de différents départements. En effet, ses effectifs squelettiques, restants de la levée des volontaires de 1792, n’avaient pas suffi à la formation d’un nouveau bataillon de l’Ain. Ce furent les hommes de la levée des 300 000 hommes qui vinrent compléter ses rangs et rendre possible sa formation. Son effectif au mois d’août 1793 était de 775 hommes et sa réelle date de formation en guerre fut le 26 août 1793. Il fallut une année complète pour arriver à former cette nouvelle unité. Elle était le fruit bâtard de la levée des derniers volontaires de 1792 et des premiers réquisitionnaires de 1793. La signature de Rouville sur les documents, écarte la possibilité qu’il s’agisse du 8ème bis de l’Ain[9]. Lorsqu’enfin cette unité fut organisée, le bataillon aurait dû porter le N° 7. Nous avons déjà vu de quoi il retournait. Mais Rouville éclaire ce mystère en indiquant que le général Vieussieu « ordonna qu’il porta le n ° 8 »[10].

Durant l’automne 1793, les effectifs devant être probablement pléthoriques, le bataillon fut renforcé par la compagnie franche de Belley formée au moment de l’insurrection des Lyonnais. Cette compagnie, commandée à sa formation par Joseph Boget, devint la 8ème compagnie du bataillon « des grenadiers »[11]. Le bataillon participa le 8 septembre à une escarmouche qui eut lieu sous les murs de Saverne. Il combattit le lendemain lors du bombardement de Vieux-Brisach. Le 17 décembre, le bataillon se trouvait à l’armée du Rhin, division du général Jacob[12]. Le 26 décembre, il faisait partie des troupes qui reprirent aux coalisés les lignes de Wissembourg perdues quelques semaines plus tôt. Il fut dirigé à une date inconnue vers l’armée des Alpes.

1794 :

Il émergea à nouveau le 20 juin, comme étant l’une des unités de l’armée des Alpes parties en renfort pour l’armée du Rhin[13]. Parti de Briançon le 10 juin, il devait rejoindre Colmar suite à la cuisante défaite de Kaiserlautern subie par l’armée du Rhin. Nous perdons sa trace jusqu’au 24 novembre où le bataillon bivouaqua en avant d’Hesperange près de la place de Luxembourg. Il passa à l’armée du Rhin et son effectif au complet était alors de 1 087 hommes[14]. Les pertes n’avaient pas épargnées le bataillon qui signala la mort d’un grenadier, en octobre à l’hôpital, d’un lieutenant et de 18 hommes dans la même période. Plusieurs d’entre eux étaient décédés à Sarreguemines dans la période de juillet et août.

1795 :

Il était encore dans les parages le 8 mars. Le lieutenant-colonel De Rouville indiqua que le bataillon faisait partie de la division du général Ambert qui fit le siège de la place de Luxembourg[15]. Le chef de bataillon réclamait des certificats suite à un incendie qui avait emporté tous les papiers du bataillon, et signala au ministre qu’il y avait deux bataillons de l’Ain portant le n° 8, une réponse lui ayant été envoyée dans le mauvais bataillon….

Après avoir servi lors du blocus de Luxembourg, le bataillon marcha sur Mayence qui fut à son tour assiégée (vendémiaire an III, fin septembre, début octobre 1794). L’ordre de son amalgame fut donné à cette date. En préliminaire à cette opération, le bataillon fut amalgamé à l’armée du Rhin, dans la 1ère demi-brigade provisoire.

L’amalgame du bataillon eut lieu durant le siège de Mayence mais il dut retraiter avec l’armée dès le 29 octobre 1794. Il livra plusieurs combats sur la Frime avant de repasser le Rhin et de retrouver l’Alsace. Le 21 février,  le volontaire Ambroise Rosset, de la 5ème compagnie du bataillon, nous apprend que le bataillon était campé à son départ au Fort Vauban (près de Strasbourg). Ce furent les officiers municipaux de la commune de Peyriat qui donnèrent ce renseignement suite à la demande du département de lister tous les soldats et volontaires présents dans leur commune[16].

En juin, le 8ème bataillon de l’Ain était toujours à l’armée de Rhin et Moselle, dans la division du général Vachot, brigade du général Frimont[17]. Durant les mois d’avril à août, le bataillon fit état de mouvements dans ses effectifs. En avril, sept hommes furent déclarés morts, dont Etienne Bremont, Joseph Monnier, Jean Bureau, Pierre Baussous, Louis Devin,  Martin Georgeon et Pierre Guibert. Quatre autres hommes passèrent aux charrois militaires, deux furent réformés, 11 obtinrent des nominations, deux furent rayés ou congédiés et deux autres furent signalés déserteurs. En mai, trois autres hommes furent déclarés morts, Etienne Bremont, Joseph Forest et Jean Denichel, 12 hommes montèrent en grade, principalement caporal ou sergent[18]. Trois autres hommes furent réformés et deux signalés comme déserteurs. Le 19 juillet, deux hommes furent congédiés et trois déserteurs signalés. Neuf hommes furent congédiés le 8 août, tandis que 11 furent déclarés décédés. Notamment Antoine Fontenay, Michel Drouet, Gueret, Jean Bizet, Pierre Marchand, René Crignion, René Niron, Auguste Courdy, Jean Jobbien, Martin Faucon et François Bonnard, décédés pour la plupart en nivôse et ventôse an III.

Les renforts furent rares et se composèrent d’hommes isolés et originaires d’autres département. En particulier un certain Jean-Baptiste-Paul Guenau fils naturel né en 1780 à Belfort et Antoine Prince né à Besançon. En mars et avril, un homme intégra le bataillon originaire de l’Aisne, un autre était de Mende, un troisième de Thionville et un dernier né en 1756 était originaire de Vienne en Autriche. Le cas de cet homme est intéressant, mais nous ne pouvons que supputer, était-ce un déserteur, un prisonnier ayant déclaré vouloir servir la République [19] ? En février et mars, huit hommes entrèrent au bataillon, le premier était de Strasbourg, les autres de Wissembourg, d’Orléans, deux de Villiers-les-Forges dans les Ardennes, un de Châteaudun, un de Genève. Un seul était originaire de l’Ain et venait de Belley[20]. Nous trouvons également un breton des Côtes du Nord qui entra à la compagnie à la fin de l’année 1794. Les officiers se renouvellèrent aussi, tel Jean-Pierre Lièvre natif du district de Calais dans le département du Pas-de-Calais, fils de François et de Magdelaine Guertin, né le 28 février 1771, qui était sergent au 32ème régiment d’infanterie légère et qui fut nommé lieutenant dans le 8ème bataillon de l’Ain, en date du 30 janvier 1795 par « la Convention ».

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

Le 8ème de l’Ain fut donc amalgamé avec le bataillon de Barbezieux et le 5ème de Maine-et-Loire (à Besançon ?)[21]. Belhomme, indique que le 8ème de l’Ain fut extrait de la 1ère demi-brigade provisoire et incorporé à Mayence. Le 8ème bataillon de l’Ain fut amalgamé en première formation pour former la 201ème demi-brigade. Le bataillon fut assemblé avec le 1er bataillon de la Seine (formé en juillet 1791), le 1er bataillon des Ardennes (septembre 1791), et le 5ème bataillon de la Drôme (août 1792). Des sources comme le Journal de l’an VII et des historiens contemporains reprenant cette erreur indiquent que le bataillon fut amalgamé dans la 203ème demi-brigade. Précisons également que ladite 201ème demi-brigade fut également une unité différente de celle qui accueilli le 4ème bataillon de l’Ain.

Le 2 octobre 1795, eut lieu un nouvel amalgame tronqué. Le bataillon devait entrer dans la 182ème demi-brigade de bataille. Mais cet amalgame n’eut de réalité que sur le papier. La volonté et l’ordre de l’amalgamer en seconde formation ne fait cependant aucun doute. Le 14 octobre 1795, un an après son premier amalgame, le 8ème bataillon de l’Ain remit son drapeau au directoire du département. C’est le capitaine J. B. Pelletier et le lieutenant Louis Genolin qui furent chargés de cette remise :

« Jean-Baptiste Pelletier capitaine au 8ème bataillon précédement 7ème du département de l’Ain et Louis Genolin lieutenant au même bataillon, l’un et l’autre porteur d’une adresse du conseil d’administration […] Deux ans et plus ce drapeau nous a vu combattre, deux ans et plus il a triomphé, tous les vaincoeurs marchant sous ce ralliement le quittent avec des larmes de sang. C’est au moment où ils devaient jouir du fruit de leurs travaux que par une fatalité inconnue si l’on ne veut pas l’appeler injuste, que le 8ème bataillon de l’Ain vient d’être incorporé. Tous ont fait leur devoir, au gré des généraux. Partout leurs bayonnettes ont vaincu, ils vous remettent citoyens ce drapeau que ce dépôt soit la preuve qu’ils ont participé aux victoires de la république […] le drapeau du 8ème précédement 7ème sera réunie au drapeau dont la remise vient d’être faite pour être déposé dans les archives »[22].

Dans cette remise nous apprenons plusieurs détails intéressants. Tout d’abord, malgré l’amalgame dans la 201ème, le bataillon avait tenu à garder son drapeau. Les volontaires du 8ème avaient certainement continué de combattre comme s’ils étaient toujours dans une unité indépendante. Ils étaient opposés à l’amalgame qui fut annoncé. Les bataillons de volontaires trouvaient dans leur composition régionale, une unité et une cohésion face aux dangers et aux aléas de la guerre. Par ce témoignage nous comprenons l’inquiétude générée par l’annonce de cet amalgame. La seconde chose que nous apprenons, c’est que notre 8ème de l’Ain avait porté d’une manière éphémère le numéro 7. Nous avons vu de quoi il en retournait, le département de l’Ain était en train de former un 7ème bataillon de l’Ain, lorsque l’urgence de la situation militaire accéléra le départ des compagnies déjà rassemblées. La vraie paternité du 7ème de l’Ain est donc celle du 21ème de réserve. Mais en septembre 1793, lors que le bataillon fut organisé, le numéro 7 apparaissait dans la logique de l’ordre des chiffres. Nous avons vu précédemment qu’un général en avait décidé autrement.

2ème formation :

L’amalgame dans la 182ème de bataille ne se réalisa pas. Un décret du 8 janvier 1796, décida son amalgame en seconde formation. Comme cela se fit pour toutes les unités amalgamées à cette époque, le 8ème de l’Ain fut incorporé dans une unité provisoire. Le 16 février 1796, le 8ème de l’Ain fut encore incorporé à Lauterbourg avec les 5ème et 206ème de bataille, pour former la 24ème demi-brigade provisoire. La formation définitive eut lieu plus tardivement. Le 8ème de l’Ain ensuite amalgamé pour former les 106ème et 100ème demi-brigades de ligne.

                     Tableau provisoire des cadres du 8ème de l’Ain :

Noms Grades Unité
Jean-Baptiste Mabiez-de-Rouville Lieutenant-colonel 8ème de l’Ain
Jean-Baptiste Pelletier Capitaine ?
Gromier Capitaine ?
Amiot Lieutenant ?
Louis Genolin Lieutenant ?
Jean-Pierre Lièvre Lieutenant ?
Dalis Sergent ?

Article de Laurent B.

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[1] AD de l’Ain, 2 L 132.

[2] Idem.

[3] AD de l’Ain, 2 L 30.

[4] Idem.

[5] Il reçut 200 livres pour la visite d’une centaine d’hommes et de quelques autres par ordre du district, idem.

[6] Lettre de Mabiez, Jérôme Croyet, Pour la Nation… op cit.

[7] Jérôme Croyet, Pour la Nation… op cit.

[8] Jean-Etienne-Philibert De Prez de Crassier (1733-1803), natif de Divonne-les-Bains, mourut au château d’Ornex dans l’Ain. Cadet au régiment suisse de Vigier (1745), servit en Italie. Enseigne (1748), sous-lieutenant (1754), capitaine au régiment Royal-Deux-Ponts (1757), campagne d’Allemagne de 1757 à 1762. Blessé à Rossbach et Sondershausen, réformé (1763), lieutenant-colonel (1773), passa au service de la Hollande 1785-1789. Grand bailli d’épée du Charolais, élu député de la noblesse du bailliage de Gex aux Etats-généraux (1789), maréchal de camp (1791). Armée du centre, repoussé à Fontoy (19 août 1792), lieutenant-général (septembre). Servit à Valmy (20 septembre), commanda l’armée de Moselle (novembre), commandant en chef de l’armée du Rhin (16 décembre). Remplacé (14 mars 1793), commandant de la 5ème division militaire de Strasbourg. Appelé à Paris et suspendu de ses fonctions (27 avril 1793). Réintégré (juin 1793), armée des Pyrénées-Occidentales. Prit son commandement en septembre mais démissionna au bout d’un mois. Mis en état d’arrestation (4 octobre), envoyé à Paris, emprisonné à Bayonne. Admis à la retraite (janvier 1795), réintégré (avril), commandant de la 5ème division militaire, cessa ses fonctions en novembre. En retraite en 1796, il se retira à Ferney-Voltaire.

[9] C’est la même date de formation que le 8ème bis de l’Ain… ce qui nous fait dire qu’Eugène Deprez a été une fois de plus induit en erreur, et avec lui ceux qui se sont basés sur son ouvrage sur les volontaires. AD de l’Ain, 108 J 91.

[10] Idem.

[11] Jérôme Croyet, Feuille de Route n° 38, corps irréguliers.

[12] Ordre de bataille de la collection Nafziger, tiré de l’ouvrage de Chuquet sur le général Hoche.

[13] Krebs et Moris, Campagne dans les Alpes, tome 2, p. 272.

[14] Pièce pour le bureau de l’organisation et de l’inspection de l’infanterie du 24 novembre 1794, AD de l’Ain, 108 J 91.

[15] Jean-Baptiste Derouville, lieutenant-colonel du bataillon écrivit que « le bataillon a perdu tous ses différents papiers, lois et réglements, dans la nuit du 23 janvier 1795, la maison qu’occupait le quartier-maître du bataillon ayant été incendié. De ce nombre s’est trouvé ma cartouche de 8 ans et quelques mois de service dans le régiment de dragons du Roy ci-devant N° 4 […] mon engagement daté de 1777 […] dans la compagnie Gayot, taille de 5 pieds et 6 pouces ».

[16] AD de l’Ain, 14 L 62.

[17] Maurice Frimont (1747-1811), fils de laboureur, dragon régiment du Roi (1764), sous-lieutenant (1786), lieutenant (1788), capitaine au 12ème de chasseurs à cheval. Adjoint aux adjudants-généraux, armée du Rhin (1793). Blessé d’un coup de feu à Bouxwiller (8 novembre), général de brigade (26 novembre). Chef d’une brigade de cavalerie (juillet 1794). Servit à Schweigenheim sous Meynier, puis Gouvion. Blessé d’un coup de feu devant Mayence (1er décembre). Division Reneauld, devant Mayence (4 janvier 1795), division Delmas (30 décembre). Réformé en 1797. Inspecteur-général du dépôt de remonte de Lunéville, en retraite par décret impérial en juin 1805.

[18] Caporaux Pierre Poireblanc, Jacques Ferchat, Nicolas Faure, Joseph Suchet, Germain Liret et les sergents Nicolas Doudin, Joseph Terrien, Jacques Mugnier et Philibert Carage, AD de l’Ain, 108 J 91.

[19] Un certain Turchenit fils de Jean et de Catherine Suelph, taille de 5 pieds et 5 pouces, idem.

[20] Vincent Chenelle fils d’Ennemond et d’Aimable Bornier, né à Belley en 1768, d’une taille de 5 pieds et 4 pouces, ibidem.

[21] L’ordre fut peut-être donné à Besançon où le bataillon possédait probablement un dépôt, mais cela nous semble être impossible, il pourrait s’agir d’une erreur. Il est possible également que cet amalgame n’est jamais eu lieu. Belhomme, Histoire de l’infanterie de France, p. 100 et 102.

[22] Les archives n’ont pas gardé trace des fameux drapeaux…. AD de l’Ain, 2 L 41.

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