Bataillon Albitte

bataillon-de-volontaires-nationaux

1er bataillon des gardes nationales requises du département de l’Ain, ou « bataillon de la levée du représentant Albitte » :

           

Date de formation : 21 juillet 1794.

 

Formation :

Voici l’un des bataillons les plus difficiles à cerner, du moins dans le suivi de son parcours. Le 29 juin 1794, le représentant du Peuple Albitte, lança un arrêté pour mobiliser cinq bataillons de garde nationaux dans l’Ain, l’Isère, le Mont-Blanc, la Drôme, les Hautes et Basses-Alpes afin de se rendre à l’armée des Alpes. Le bataillon réquisitionné pour le département de l’Ain était de 1 067 hommes. Le contingent pour le district de Pont-de-Vaux fut fixé à 100 hommes[1]. Ce  bataillon semble dévolu à remplacer des troupes plus aguerries sur des positions de seconde ligne. La levée intervint à un moment où les campagnes avaient été vidées et où les possibilités de recrutement après les grandes levées de 1793 étaient quasiment nulles. Pour pallier à cette difficulté, l’arrêté stipula qu’il s’agissait d’un bataillon formé pour aller donner un coup de main aux frontières. L’arrêté laissa entendre que la durée d’incorporation serait courte. Il stipula également que les hommes mariés pouvaient être choisis et tous les réformés des levées précédentes durent aussi se rendre aux districts et à Bourg pour repasser des visites médicales. La situation militaire était stabilisée et nous étions loin des dangers des campagnes précédentes. L’invasion avait été repoussée et il est probable que les hommes tombant sous le coup de cette nouvelle levée ne comprenaient pas l’utilité de ce nouveau recrutement.

Mais depuis une année, les rangs des armées françaises s’éclaircissaient par le fait des pertes, des réformes mais aussi surtout des désertions. C’est probablement ce qui motiva le représentant Albitte à faire lever un nouveau bataillon. Le chiffre de 1 067 hommes pour tout le département paraissait sur le papier modique à l’échelle du département. Il fallut cependant rappeler que les levées précédentes avaient fait partir aux armées la quasi-totalité des hommes motivés, et des hommes capables de servir. Rapidement cette levée rencontra de graves difficultés de recrutement, en tout cas pour ce qui concerne le district de Pont-de-Vaux, ce fait devant être encore confirmé pour les autres districts de l’Ain. L’ordre de recrutement arriva le 4 juillet. Le même jour, le district de Pont-de-Vaux prit un arrêté pour l’organisation de la levée du contingent. L’arrêté d’Albitte excluant du recrutement tous les hommes occupés aux travaux de l’agriculture, il était évident qu’au sein du district de Pont-de-Vaux, district agricole s’il en fut, la tâche était très ardue. Les artisans, les notables, les gens des villes sont particulièrement visés par le décret. Mais Pont-de-Vaux avec ses 2 500 habitants ne pouvait à elle seule fournir un contingent établi à 100 hommes. Le district décida donc de mettre à contribution les chefs-lieux de cantons, notamment Bâgé-le-Châtel, Pont-de-Vaux et Saint-Trivier, ainsi que la commune de Saint-Laurent. La levée prévoyait un contingent de 46 hommes pour la commune de Pont-de-Vaux, 14 hommes pour la commune de Bâgé-le-Châtel, 22 hommes pour la commune de Saint-Laurent-sur-Saône, 14 hommes pour la commune de Saint-Trivier-de-Courtes et  4 hommes pour la commune de Saint-Julien-sur-Reyssouze[2].

Malgré ce découpage, les communes de Saint-Trivier et de Saint-Laurent furent obligées de faire appel aux communes rurales. Ainsi le contingent de Saint-Trivier fit appel à des hommes de Saint-Nizier-le-Bouchoux, de Servignat et de Saint-Jean-sur-Reyssouze. Il est certain que ces demandes furent mal comprises et mal accueillies par les communes en question. Dans le cas de Saint-Nizier et Saint-Jean, les hommes convoqués refusèrent la plupart du temps de participer aux recrutements. Déjà considérée comme des communes difficiles et récalcitrantes, il était évidemment maladroit de chercher à recruter de nouveaux hommes dans des contrées où le taux de réfractaires et de déserteurs était déjà énorme. Le 12 juillet, un esclandre éclata dans le bourg de Saint-Trivier[3]. Un scandale éclata, le menuisier Le Tellier prit la parole et dénonça l’arrêté de répartition de Pont-de-Vaux comme illégal. Son intervention fut sans doute verbalement très violente, il menaça la municipalité et parla de dénonciation de ses membres (il faisait partie du comité de surveillance révolutionnaire du lieu…).  Il devait être arrêté mais ne sembla pas avoir été poursuivi, mais les problèmes ne cessèrent pas. La situation se répéta à Feillens après la demande de Saint-Laurent de ponctionner des hommes dans cette commune. Le 7 juillet, le directoire du district autorisa la ponction de 6 hommes avec les résultats que nous imaginons facilement[4].

Délibération du district de Pont-de-Vaux du 7 juillet 1794 :

 « Vu la requette presenté par les officiers municipaux d’Ain-Saône tendante à être otorisé apprendre dans la comune de Feuillens des citoiens non emploiés à l’agriculture pour completer leur contingent.

Le directoire du district de Pont-de-Vaux considérant que la comune de Feuillens dépend du bataillon d’Ain-Saône, que le nombre d’individus non emploiés à l’agriculture dans le canton de Bâgé est assés considérable pour alleger les contingents que doivent fournir la comune du dit Bâgé et celle d’Ain-Saône, oui l’agent national.

Arrête que la comune de Feuillens fournira à Ain-Saône six citoiens en état de porter les armes non emploiés à l’agriculture et que le surplus des citoiens de cette classe tant de Feuillens que des autres communes de ce canton viendront à la décharge du contingent que doit fournir Bâgé de l’Ain, le présent arrêté sera de suite envoiez à la comune de Feuillens, à celle d’Ain-Saône, à celle de Bâgé-de-l’Ain, à Pont-de-Vaux, les dits jours, mois et ans que desus ».

Le même jour dans la commune de Saint-Julien-sur-Reyssouze, le recrutement donna lieu à un procès-verbal narrant une situation tout à fait abracadabrante :

«  J’ai, capitaine de la Garde nationale été requis de me transporter sur le champ en la maison commune par la dite invitation des citoyens maire et agent national. M’étant rendu, quelques-uns des citoyens devant fournir la réquisition arrivés ; on leur a dit que leur nomination du citoyen Matthieu Uzepy fils, tanneur et marié étoit illégale. Lecture faite de l’avis du district à cet égard et de la lettre du comité de Salut Public de même observation leur ont été faite sur la petite constitution et la faiblesse de Jacques Chamonard jeune homme, ils ont répondu que s’il étoit renvoyé ils verroient à y pourvoir ; l’on a insisté de leur observer que le service de la République exigeroient un homme sain, une santé solide, ils ont persisté et n’ont entendu s’occuper que du remplacement du sire Matthieu Uzepy fils dirigeant la tannerie d’Unité ; et vû qu’il n’y a plus de citoyens disponibles en qualité de célibataires ou garçons, ils ont désignés Pierre Péchoux célibataire demeurant à Mont-Fleury, sabbotier d’état quoi qu’occupé dans le moment ainsy que la plus part d’eux à l’agriculture ; est de notoriété publique sabotier occupé à la moisson ainsy que nos concitoyens artisans appelés à fournir le contingent. La municipalité ayant requis le citoyen Balland commandant en second du bataillon du canton pour qu’il ait à mettre en activité les gardes nationaux de tel compagnie qu’il jugera à propos pour exécuter sous son commandement ce qu’il conviendra pour avertir le célibataire Péchoux, sabotier natif d’unité demeurant à Mont-Fleury au fin qu’il ait à se rendre sur le champ pour voir à concourir pour la formation du contingent qui nous est assigné. Le citoyen commandant nous a fait en conséquence réquisition en date de ce jour pour mettre en activité la quantité de gardes nationales pour marcher sous son commandement. Sur le champ nous avons pour ce service extraordinaire requis les citoyens libres de travaux que nous avons pris autant que faire s’est pû parmi ceux qui étoit assemblés pour l’opération de la réquisition. D’autant qu’il travailloit pour un objet concernant le motif qui les rassembloit ; qu’il seroit fastidieux, abusif et contraire aux travaux pressants des arts et de la moisson de réquerir d’autres citoyens pour ce service extraordinaire et donner force à la loi ; de sorte que le nommé Pierre L’Empereur tissier, ou soit Claude Fossurier sabotier seroient requis ??? entre-eux deux en cas de difficulté de tirer au sort celui d’eux qui marcheroit ; remise leur a été faite ainsy qu’au nommé François Perel voiturier, Philibert Perrin boulanger, Vincent Chambard marchand, d’un bulletin à chacun et un au caporal Bergier pour nous accompagner et faire la remise aux autres. Après seroit venu le citoyen Pierre L’Empereur nous dire qu’il ne pouvoit pas remplir ce dernier, lui avons dit qu’il eut à tirer au sort avec son collègue ; qui est venu dire qu’il ne voulloit pas marcher ; ils ont fait naître des difficultés qui ne portoient que sur la timidité et faiblesse et il paroit par les discours du nommé Pierre Giboz et Claude Fossurier que le dit Giboz surtout a tenu devant le domicile du citoyen Deschamps officier municipal qu’ils se coalisoit pour refuser le service dans un cas les concernant ; et le dit Giboz qui n’a pas été requis faisoit grand bruit devant l’habitation dudit municipal en traitant d’injustices les mesures les plus sages ; de fatiguer le pauvre tandis qu’on favorise l’homme aisé. Cette provocation au désordre animé par les propos injurieux contre les officiers de la Garde et l’autorité municipale est d’autant plus incivique qu’elle fait manquer les opérations pour la réquisition et retarde notamment l’exécution ; en qui à la forme de l’arrêté du représentant du peuple pareil excès doivent être sévèrement punis. Nous soussignés commandant du 5ème bataillon et Capitaine de la 3ème compagnie, voyant la désobéissance notoire et le refus manifeste de marcher sous notre commandement des dits Pierre L’Empereur et Claude Fossurier avons sur le champ dressé les présentes pour dénoncer à la municipalité que désirant de tout notre pouvoir exécuter les réquisitions nous en avons été empêcé par les refusants qui sans doute auroit pû être par les discours dudit Giboz, ce que nous n’affirmons pas mais ce qui est à présumer d’après la scène qu’il a fait devant l’officier municipal Deschamps et les propos vagues tenus par lui en maison commune. Quant aux autres citoyens requis ils ne nous ont fait aucun refus qui nous soit parvenus. Extrait du présent sera remis à la municipalité pour y avoir tel égard que de droit. A la clôture des présentes nous apprenons que la municipalité ayant scu que l’exécution de la réquisition faisoit résistance elle a pris de nouvelles mesures et autres moyens pour appeler aux termes de l’arrêté à completter le contingent requis.

Nous devons aussi dire que le dit Gibboz revenu de ses erreurs a été un de ceux qui s’est volontairement chargé d’avertir et aller appeler Pierre Péchoux se trouve signé à la minute Balland commandant et Feulliet capitaine »[5].

Comme nous le constatons, les résistances ne concernaient pas seulement les hommes recrutés ou en passe de l’être, mais également de simples habitants. La réquisition s’annonçait difficile. Le 12 juillet, la situation du recrutement dans le district de Pont-de-Vaux apparut si lente et les exemptions frauduleuses paraissant nombreuses, le général Ravier chargé du recrutement décida l’envoi de son aide de camp, le capitaine Lacombe, pour activer et surveiller la levée :

« Le représentant du peuple dans le département de l’Ain, nous informe que plusieurs jeunes gens de la première réquisition en ont été exceptés dans le district de Pont de Vaux par des moyens frauduleux ou sur des prétextes frivoles. Arrête que le citoyen Lacombe aide de camp du général Ravier se transportera sur le champ au district de Pont de Vaux pour y prendre tous les renseignements relatifs aux jeunes gens exceptés de la première réquisition et les faire conduire à Bourg chef-lieu du département ou ils seront vu et visité ; auquel effet le dit Lacombe pourra requérir la gendarmerie pour l’exécution du présent »[6].

Le 13 juillet, alors que le département pressait les districts d’envoyer les hommes à la visite médicale qui devait avoir lieu à Bourg, la commune de Saint-Trivier envoya un piquet de dix gardes nationaux commandés par le sergent Joseph Ferouillet pour rechercher et appréhender les réfractaires de la commune de Saint-Nizier-le-Bouchoux. Partis de nuit pour arriver en catimini dans ce village, les recherches des gardes nationaux restèrent infructueuses[7]. Le ton monta et l’ambiance paraissait électrique. Dans le canton de Bâgé, la commune de Dommartin signala qu’elle n’avait pas d’hommes à distraire en raison des travaux agricoles en cours[8]. Le 14 juillet, le district écrivit à la commune de Saint-Laurent en insistant bien sur la responsabilité absolue des autorités locales quant au rassemblement du contingent. Les menaces n’étaient pas voilées et le document indiquait que le citoyen Lacombe arrivé sur les lieux, voulait et devait passer en revue les nouvelles recrues. Le ton était donné et ne cessa de monter. La commune ayant pris des hommes exemptés de la première réquisition, tous ces hommes furent renvoyés et la commune tancée de fournir immédiatement des remplaçants à ces hommes :

« Non seulement vous n’avés pas fourni votre contingent mais vous avés pris cinq citoyens de la première réquisition ce qui étoit expressement défendu par l’arrêté d’Albitte. Veuillés donc procéder au complément des 22 hommes que vous devés fournir. Vous m’enverrés laliste des noms des derniers que vous enverrés cette liste sera certifiée et signée de vous »[9].

Le 18 juillet, le district tira également les oreilles à la commune de Saint-Jean-sur-Reyssouze, et donna l’ordre de faire rejoindre les réquisitionnés du représentant Albitte pour la visite médicale à Bourg-en-Bresse[10]. Rien n’y fit et le 20 juillet, le district de Pont-de-Vaux dut également menacer les autorités de Saint-Trivier dans des termes lapidaires[11]. Aiguillonnée, la municipalité de Saint-Trivier se contenta de reporter les problèmes sur les communes agricoles avoisinantes. Le 23 juillet, elle décida l’envoi d’une force armée pour retrouver la trace des trois réfractaires de la commune de Saint-Nizier-le-Bouchoux pour la levée du représentant Albitte[12]. Mais ces ordres ne furent pas véritablement efficaces et restèrent sans effet.

A Saint-Trivier, les citoyens choisirent le nommé Delouis membre de la municipalité… dans l’affolement général qui en découla, l’homme fit appel au district et demanda son exemption. Malgré la mise en garde des autorités aux citoyens de Saint-Trivier, devant le caractère illégal de cette élection, l’assistance persista dans son choix. Le 15 juillet, après l’exemption confirmée par le district, les représentants Albitte et Laporte furent contraints de prendre un arrêté qui exempta formellement tous les fonctionnaires publics des départements concernés par la levée du bataillon. Il va sans dire que ces exemptions furent considérées comme injustes et très mal ressenties dans l’opinion publique[13].

Le 20 juillet, l’aide de camp Lacombe dut refuser à la commune de Saint-Laurent une décharge pour les réformés de la 1ère réquisition. Il évoqua le fait que ces hommes venaient au district sans réforme, repartirent sans avoir complété les démarches et les contrôles adéquats[14]. Au département, et à l’armée des Alpes, Albitte finit par « montrer les dents »… Le 24 juillet, il fit placarder une affiche avec Laporte, menaçant de représailles les municipalités et autorités qui n’auraient pas fait leur devoir pour faire rejoindre les réfractaires de la levée du 4 juillet[15]. Toutes ces mesures ne servirent à rien. Dans le district de Pont-de-Vaux, la levée d’Albitte fut une catastrophe. Beaucoup d’hommes refusèrent tout simplement de se rendre à la visite médicale. Beaucoup furent réformés à nouveau et peu de choses étant prévues pour les organiser, ceux qui étaient partis à Bourg et qui avaient été considérés comme bon pour le service, rentrèrent purement et simplement chez eux.

A l’armée des Alpes, les rangs des bataillons continuaient de s’éclaircir. L’adjudant-général Dulin, à la suite d’Albitte, tenta de faire rejoindre les déserteurs et les réfractaires par une série de mesures toutes plus ou moins inefficaces. Le 19 octobre, un premier document fut envoyé aux municipalités, oscillant entre l’appel du devoir et les menaces de sanction[16]. Ce document fut suivi de l’arrêté des représentants du Peuple à l’armée des Alpes et d’Italie du 1er novembre. Le 25 novembre, la commune de Saint-Jean évoqua seulement la situation, mais ces invectives qui venaient du département et du district restèrent encore sans effet. Si les hommes partirent après bien des aléas, ils revinrent également au pays sans plus de gêne. Ainsi le district fut-il forcé de faire remarquer à la commune de Saint-Laurent que des hommes de son contingent étaient rentrés dans leur foyer :

« J’ai été instruit, citoyens, que des citoyens du bataillon de la Garde Nationale faisant partie de votre contingent sont en semestre dans votre commune pour quelques jours que le tems qui leur a été limité est expiré sans qu’ils semettent en devoir de partir pour retourner à leur poste. Le plaisir d’être dans leur famille leur fait sans doute oublier ce qu’ils doivent à leur patrie, rappellés leur et que rien ne les arrête pour acquérir de la gloire et mériter l’amitié et l’estime de leurs concitoyens. Salut et Fraternité, Mortel »[17].

L’échec patent de tous ces efforts et le département se montrant très pressant, le district de Pont-de-Vaux, fit placarder le 7 décembre de nouvelles affiches[18]. Les familles des réfractaires et des déserteurs furent mises en cause et les menaces portaient désormais sur la saisie des biens des récalcitrants. La mesure inquiéta seulement deux hommes du contingent de Saint-Trivier qui se présentèrent pour partir. Mais en dehors de ce maigre résultat nous ne trouvons pas de changement spectaculaire. Cela obligea à nouveau le district à faire passer une nouvelle circulaire aux municipalités. Emise le 15 décembre, elle laissait 24 heures aux résistants aux levées pour rejoindre le chef-lieu de district. Elle s’accompagnait également de l’ordre d’établir des listes de déserteurs. Le 18 décembre, le Canton de Saint-Trivier obtempéra et établit une liste de déserteurs qui fut envoyé au district de Pont-de-Vaux.

Les choses n’étaient pas meilleures dans le district de Châtillon-sur-Chalaronne. Le 17 juillet, ce district indiqua qu’à cette date, sur un contingent de 85 hommes, la moitié seulement avait été réunie. Pourtant, après le recensement des hommes non attachés à l’agriculture, le document indiquait :

« Que dans le recensement on a eu soin de distinguer les citoyens attachés à l’agriculture, que le surplus présente un nombre assez avantageux, surtout en célibataire, qu’à l’exemple du district de Bourg et d’après l’arrêté du représentant du peuple il convient d’appeler ces derniers au service de la patrie présentement aux gens mariés ».

L’arrêté semblait très optimiste par rapport à la situation réelle évoquée précédemment. S’il y avait des hommes, il n’était pas sûr que ces derniers étaient motivés pour rejoindre cette nouvelle unité ! Quinze jours après l’arrivée de l’ordre de réquisition, le district n’avait pas réuni, rappelons-le, la moitié du contingent réclamé. Ce qui força là aussi, le district à faire appel aux autres localités plus importantes, comme Pont-de-Veyle. Les armes manquaient et l’arrêté demandait dans son article 3, que les hommes fussent munis autant qu’il fut possible d’armes et d’uniformes, y compris ceux appartenant aux citoyens de la réquisition[19]. La commune de Pont-de-Veyle fournit à elle seule 27 hommes et 64 paires de guêtres, 22 paires de culottes, 10 gilets et seulement 7 uniformes. Dans le canton de Lagnieu, district de Saint-Rambert, les hommes de la levée reçurent un uniforme qui avait été ajusté par un tailleur du pays, mais les hommes ne purent recevoir de souliers, car il n’avait pas été possible d’en trouver dans le canton[20].

Historique :

1794 :

Malgré cela, ce bataillon dit de la levée d’Albitte fut bel et bien formé à Bourg. Le district de Châtillon indiqua que sa formation avait lieu le 21 juillet 1794, à 8 heures du matin. Les conditions de la levée furent difficiles et problématiques. Le manque d’effets, d’armes et de matériels pour équiper à nouveau 1 000 hommes restèrent probablement un frein puissant. En l’état des choses, les archives ne nous apprennent quasiment rien sur sa formation.

Le 27 juillet, Albitte et Laporte ordonnèrent par un arrêté de faire suivre les nouvelles recrues à l’armée d’Italie. Les cadres de plusieurs unités n’étant pas complets, les recrues non incorporées dans le bataillon devaient rejoindre Nice par détachement de 100 hommes. Il est probable que des hommes de l’Ain de cette levée, se retrouvèrent ainsi intégrés dans d’autres unités[21].

Le même jour, le district de Montferme ordonna le départ de Pierre Bordery de Poncin. Il s’agissait probablement d’un réfractaire qui devait être remis à la gendarmerie d’Ambérieux, avec l’aide de deux fusiliers de la Garde nationale, pour être ensuite conduit à Bourg. Là aussi dans le district de Montferme pourtant très patriote, la levée fut difficile. A Ambronay, il fallut procéder dès le 19 juillet à des remplacements. Le contingent du district n’était pourtant fixé qu’à 90 hommes, mais la source était tarie. Montferme avait pourtant formé pour le siège de Lyon, un bataillon complet. La situation était bien différente, des hommes réclamèrent leur exclusion de la levée probablement en arguant du fait qu’ils étaient employés à l’agriculture. Ces demandes obligèrent le district à établir des dossiers, demander des pièces. Certains hommes firent une pétition mais le district déclara dès le 11 juillet, qu’ils n’étaient pas dans le cas de l’exemption. Le 9 juillet, le district évoqua deux citoyens considérés comme des perturbateurs de la tranquillité publique qui :

« Ont tenus des propos injurieux à la municipalité  et à la Garde Nationale et qu’ils ont même cherchés à dégouter les citoyens de partir à la défense de la Patrie et que la municipalité à été obligé de les faire mettre en arrestation ce qui annonce qu’on ne peut ajouter foi à leur imposture ».

 

A Ambérieux, 17 hommes durent partir mais le district évoqua le fait qu’il y avait plus de 30 hommes valides dans la classe des 18 à 25 ans. Le district conclut également que la levée avait pris des hommes indispensables à leurs familles tandis que « des riches oisifs où moins utiles restent dans leurs foyers ». Les hommes du contingent déposèrent une réclamation et affirmèrent « qu’ils veulent marcher contre les ennemis de la Patrie, mais ils voudraient aussi voir marcher ceux qui ont beaucoup moins de droit qu’eux pour rester, ils le demandent, représentant, que pour rétablir l’égalité qui a été outragée dans les nominations faittes à Ambérieux et pour déjouer l’intrigue et la cabale qui ont aussi existé dans ces nominations ». Ici comme à Pont-de-Vaux tous les moyens furent bons pour chercher à éviter le recrutement[22].

Nous ne savons pas grand-chose de son cheminement et de sa mission. Toutefois, nous trouvons trace de permissions accordées à des hommes du district de Nantua, et quittant le bataillon pour des causes de santé. Les 17 et 31 août, ainsi que le 2 septembre, le bataillon était en garnison à Lyon, comme le prouve plusieurs délibérations du comité de surveillance de Nantua par rapport aux congés de santé du fusilier Joseph-Marie Pauli[23], du caporal-fourrier Michel Collet[24], du fusilier Jean-Antoine Moyron[25], du fusilier Georges Robin[26], du grenadier Hubert Maissiat[27].

Le 10 septembre, le comité de surveillance du district de Bourg signala la désertion d’une douzaine d’hommes. Notamment les citoyens Claude-Marie Casson, Jacques Petit (tambour âgé de 14 ans), Jean Gare, Jean Moleron, Claude Rolliet (de Corveyziat), François Dupont (Sergent), Claude Perdrix ainé (congé expiré), Claude Bramenat, (Caporal), Claude Joly (Philibert Michaud, Pierre Bailly et Gobin Diochard. Ordre fut donné à la gendarmerie de faire rejoindre tous les déserteurs et les hommes possédant un congé expiré[28]. Le 18 septembre, nous trouvons trace de Jean-Claude Robin caporal à la 6ème compagnie du 1er bataillon des gardes nationales requises du département de l’Ain. Il présenta à Nantua, un congé de permission accordé par le conseil d’administration du bataillon et par les représentants du peuple. Nous apprenons par tous ces documents quelques informations sur son état-major[29] :

Noms Grades Unités
Duval Chef de bataillon 1er bataillon des gardes nationales de l’Ain
Chavances Quartier-maitre Etat-major
Guillin Chirurgien-major Etat-major
Venière Capitaine ?
Beauchamps Capitaine ?
Mestral Capitaine ?
Balmont Capitaine ?
Gauthier Lieutenant ?
Lacroix Lieutenant ?
Bonnivard Sergent Cie de grenadiers
Barra Caporal fourrier ?
Dupuis Caporal fourrier ?
Carvand Caporal ?
Collet Michel Caporal fourrier 6ème cie
Moyron Jean-Antoine Caporal 6ème cie
Dojat Charles-Philibert Caporal 7ème cie

         

Le 28 septembre, toujours dans la place de Lyon, le caporal Charles-Philibert Dojat, de la 7ème compagnie, reçut un certificat de bonne conduite ainsi libellé :

« Nous membres du conseil d’administration du 1er bataillon des Gardes nationales […] s’y comporte en brave soldat qu’il s’acquitte de ses devoirs de caporal avec une exactitude et un zèle qui mérite des éloges et l’amitié de ses camarades, qu’enfin il n’a cessé de manifester les sentiments d’un vrai républicain. Attestons enfin que sa conduite sous tous les rapports a été on ne peut plus régulière, son exactitude au service militaire et aux exercices et que ces sentiments sont toujours révolutionnaires, ne s’étant jamais absenté d’un seul instant depuis la formation du dit bataillon et lui a concilié l’estime et l’attachement de ses supérieurs ».

D’après ces informations, nous pouvons penser qu’à peine sa formation en compagnies établie, le bataillon fut dirigé sur la place de Lyon. Elle était alors commandée par le général César. Le 22 septembre, les membres du conseil d’administration écrivirent au district de Montferme (Saint-Rambert) pour signaler que « vingt lâches ont préféré leur intérêt particulier à celui de la patrie, ils viennent d’abandonner leur drapeau ». Ces hommes étaient originaires des villages de Poncin, Coutellieux, Merland, Ambronay, Ambérieux, Vareilles, Leyment, Loye (dans le district de Montluel), Cormoz (district De Pont-de-Vaux), Cerdon, Montferme et D’ambert. L’adjudant-général Dulin ordonna dans le mois d’octobre que les recrues du bataillon d’Albitte tombant sous le coup de la réquisition fussent mis à la disposition du dépôt de réserve de Grenoble. Mais dès le 29 octobre, l’adjudant-général Colinet écrivit du quartier-général de Lyon au département de l’Ain pour se plaindre du fait qu’aucun des hommes tombant sous le coup de cette réquisition ne s’étaient encore présentés à Grenoble :

« Vous trouverez ci-joint un arrêté du représentant du peuple près l’armée des Alpes portant que les citoyens compris dans la première réquisition, et qui se trouvent dans les bataillons de gardes nationales requises, organisée par le représentant du peuple Albitte et Laporte le 11 messidor dernier seront incorporés dans le dépôt de réserve existant à Grenoble, et mis à la disposition de l’adjudant-général Dulin. Vous n’apprendrez pas sans indignation que tous les jeunes gens du premier bataillon des gardes nationales requises de votre département employé pendant son rassemblement à Lyon, et qui étoient compris dans les dispositions de l’arrêté ci précité, ont depuis longtemps abandonné leurs drapeaux, et qu’il ne s’en est présenté aucun de ceux désignés dans le contrôle nominatif ci-joint, pour rejoindre à Grenoble. Il est inutile, citoyens, de vous inviter à prendre des mesures pour punir une aussi coupable désertion, votre zèle et votre patriotisme vous suggereront les moyens nécessaires pour maintenir l’exécution de la loy »[30].

Le 1er novembre, les représentants du peuple près l’armée des Alpes et d’Italie reprirent exactement le même arrêté qui indiquait que tous les hommes tombant sous le coup de la réquisition des jeunes gens de 18 à 25 ans devaient être mis à disposition de l’armée des Alpes et conduit au dépôt de Grenoble pour être incorporés. Le général César commandant la place de Lyon fut chargé de l’exécution de cet ordre pour les bataillons du département de l’Ain et du Montblanc[31].

A cette date, le bataillon est indiqué comme ayant été licencié depuis peu, probablement en fructidor an II (septembre 1794). Mais entre l’ordre et l’application réelle de celui-ci, il est probable que le bataillon survécu encore quelques temps. Il apparaît que des hommes de Saint-Trivier étaient rentrés dans leur foyer avant la fin de la deuxième moitié de l’année 1795. Ce qui confirme ce licenciement. Le district de Saint-Rambert fournit une liste de 44 hommes ayant reçu des fusils à leur départ au bataillon. Cette liste comportait une annotation qu’à la date du 7 novembre, le bataillon avait été licencié et que les hommes en question étaient tenus de rendre lesdites armes au district[32]. Belhomme indique la date du 30 octobre 1794, comme fin du bataillon des gardes nationaux requis pour la garnison de Lyon. Il indique l’ordre de formation au 19 juin précédent[33]. L’écart de date, provient probablement de l’écart existant entre l’ordre écrit et l’application réelle de l’ordre.

Au nom du peuple français, liberté et égalité, les représentants du peuple près l’armée des Alpes et d’Italie le 1er brumaire l’an III de la république une et indivisible (22 octobre 1794) :

« Vû notre arrêté du pénultième jour de l’année dernière, portant le licenciement des cinq bataillons de garde nationale levés par arrêté de nos collèges Albitte et Laporte, du onze messidor précédent (29 juin 1794).

Arrêtent que les citoyens qui étoient dans les dits bataillons et qui conformément à l’article trois du dit arrêté, ont été retenus pour être compris dans la réquisition de 18 à 25 ans seront conduits au dépôt de première réquisition de Grenoble et mis à la disposition de l’adjudant-général Dulin agent supérieur pour l’incorporation des citoyens de la première réquisition.

Le général César qui est à Lyon est chargé de mettre sur le champ à exécution le présent arrêté pour regard des bataillons de l’Ain et du Mont-Blanc ; le général Dours pour regard de ceux de la Drôme et de l’Isère, et le commandant temporaire de Briançon pour regard de celui des Hautes-Alpes.

Ils feront respectivement un tableau nominatif des dits citoyens qui ont été retenus et auront soin de leur nommer un chef pour la conduite en route.

Fait à Grenoble le premier brumaire l’an trois de la République une et indivisible.

Signé Cassanyes

Extrait conforme à l’original l’adjudant général agent supérieur, signé Dulin.

Pour copie conforme l’adjudant général chef de l’état-major, signé Colinet

Pour copie certifiée conforme, B. Chambre second adjoint au secrétaire général »[34].

Article de Laurent B.

sehri

[1] AC de Saint-Trivier REV 6.

[2] AC de Pont-de-Vaux, REV 3 et AC de Saint-Trivier REV 6.

[3] AD de l’Ain, registre des délibérations, non coté fond Catherin.

[4] AC de Saint-Laurent, Série H.

[5] AD de l’Ain, 9 L 34.

[6] AC de Saint-Laurent, Série H.

[7] AC de Saint-Trivier, REV 6.

[8] AC de Dommartin, registre des délibérations ;

[9] AC de Saint-Laurent, série H.

[10] AC de Saint-Jean, registre des délibérations.

[11] AC de Saint-Trivier, REV 6.

[12] AD de l’Ain, registre des délibérations, non coté fond Catherin.

[13] AC de Saint-Laurent, Série H.

[14] Idem.

[15] AC de Saint-Trivier, REV 6.

[16] Idem.

[17] AC de Saint-Laurent, Série H.

[18] AC de Saint-Trivier et de Saint-Laurent.

[19] AC de Pont-de-Veyle, registre des délibérations.

[20] AD de l’Ain, 10 L 85.

[21] Idem.

[22] Ibidem.

[23] Délibération n° 33, AC de Nantua, comité de surveillance.

[24] Idem, n° 34.

[25] Ibidem, n° 35.

[26] Ibidem, n° 36.

[27] Ibidem, n° 37.

[28] AD de l’Ain, 14 L 12.

[29] AC de Nantua, comité de surveillance du district.

[30] AD de l’Ain, 2 L 143.

[31] L’arrêté stipule que les réquisitionnaires de l’Ain devront rejoindre le général César à Lyon.

[32] AD de l’Ain, 10 L 85.

[33] Belhomme, Histoire de l’infanterie en France, p. 78.

[34] AD de l’Ain, 2 L 143.

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