1er bataillon de grenadiers de l’Ain

bataillon-de-volontaires-nationaux

1er bataillon des grenadiers de l’Ain :

 

Date de formation : août 1792

Formation :

Un 1er bataillon des grenadiers de l’Ain, a-t-il eut une existence réelle ? Voilà une question que nous nous sommes posés à la fin de nos recherches pour notre mémoire de Master 2. Jusqu’à présent  nous pensions que le 1er bataillon des grenadiers de l’Ain correspondait à la levée d’un bataillon de grenadiers ordonnée par le général Montesquiou-Fesenzac pour l’armée du Midi en août 1792. Nous pensions également que ce bataillon pouvait correspondre avec le 8ème bataillon de l’Ain. Nous avons vu dans l’historique du 8ème bataillon de l’Ain, que ce bataillon rencontra les pires difficultés de recrutement. Quant au bataillon de grenadiers pour l’armée du Midi, ses hommes devaient être désignés parmi les compagnies de grenadiers de toutes les gardes nationales sédentaires du département. Il ne s’agissait plus de volontaires mais bien des premiers réquisitionnaires. Les cantons et les districts eurent beaucoup de mal à assembler les hommes nécessaires et le département enregistra un certain nombre de congés de réformes et de plaintes diverses.

Historique :

1792 :

Dans le district de Pont-de-Vaux, le citoyen Feuillet de Saint-Julien fut nommé commissaire pour le recrutement des grenadiers. Sa nomination intervint par arrêté des 23 et 24 août 1792[1]. Sa constitution s’avéra difficile et les événements militaires accélérèrent le départ d’une partie du bataillon.

Le 2 septembre, quatre compagnies de volontaires partirent pour le camp de Soissons, totalisant environ 400 officiers et fusiliers. Ce contingent fut formé de quatre capitaines, quatre lieutenants, quatre sous-lieutenants, 12 sergents, 16 caporaux, quatre tambours et 356 fusiliers. Le département ordonna le paiement à Mabiez de Rouville[2] de 3 096 livres pour le paiement de la solde et pour le paiement de l’étape des hommes qui devaient passer par Dijon[3]. Ce dernier était un parent du lieutenant-colonel du 3ème bataillon de l’Ain qui passa ensuite au commandement du 21ème de réserve. Il devint le premier lieutenant-colonel de ce nouveau bataillon. Ce que nous savons, c’est que l’ordre de départ de ces quatre compagnies correspondait à la mise en marche de compagnies de grenadiers. Celle du 4ème et celle du 6ème de l’Ain se mettirent en marche. Nous ne connaissons pas l’origine des autres compagnies. Mais elles entamèrent certainement, le recrutement des compagnies du 1er grenadier de l’Ain.

Fin août et les semaines qui suivirent les annulations de nomination se multiplièrent. Pour fournir les hommes requis, le département ordonna que ceux-ci soient pris dans les compagnies de grenadiers de la Garde nationale de tout le département. S’il y eut certainement des volontaires, ces hommes furent désignés ou élus par la municipalité ou leurs pairs. C’est pourquoi cette nouvelle formation ne se fit pas sans difficulté.

Le 7 septembre, Blaise Pillet de Coligny et Joseph Michel de Domsure, obtinrent la radiation de leurs nominations par la fourniture d’un certificat médical. Emmanuel Mesnier de Saint-Martin dans le district de Nantua, demanda et obtint la cassation de sa nomination car cinq grenadiers sur 75 avaient procédé à la désignation des partants. Charles Frémion de Roman dans le canton de Marlieux l’obtint aussi par défaut d’âge ayant dépassé les 50 ans. Claude-Benoit Tournier, Joseph Mermet, Jean Bignet, Claude-Denis Morel tous domestiques à Ville-Reverssure dans le canton de Ceyzériat protestèrent du fait que n’étant pas citoyens actifs, ils ne pouvaient être compris dans la Garde nationale et par la force des choses nommés volontaires. Ils obtinrent eux aussi gain de cause.

Ces incidents étaient révélateurs. Ils étaient les prémices et la répétition de ce qui se passa plus tard lorsque le temps des réquisitionnaires fut arrivé dans l’année 1793. Le cas des domestiques est particulièrement intéressant. Ces hommes, pauvres et loin de pouvoir payer l’impôt, s’étaient rués dans les rangs de la Garde nationale dès l’instant où les premiers volontaires furent recrutés pour l’armée en 1791. Cette incorporation dans la Garde nationale n’aurait peut-être pas été tolérée par les notables la composant en 1790. En 1791 et 1792, la situation était différente, et le cadre de la Garde nationale éclata rapidement par l’intérêt à la fois des notables parfois peu désireux de se retrouver seuls à supporter le recrutement militaire et par l’intérêt des petites gens à l’intégrer dans la vague d’égalitarisme qui traversa la France. Lorsque ces quatre hommes comprirent, qu’ils avaient été joués et qu’ils devaient partir aux armées pour se battre et peut-être ne jamais en revenir, il ne fut plus question d’égalité entre les citoyens… Le clivage social réapparut alors dans toute sa force. Nous les retrouvons donc à ce moment se réclamant de leur statut de citoyen passif, loin d’une égalité pourtant proclamé en 1789 par la déclaration des Droits de l’Homme ! L’année suivante, ce schéma vola en éclat, devant l’importance des recrutements et la pression énorme qu’ils générèrent. Il ne fut alors plus question de citoyens actifs ou passifs[4].

Les cantons de Coligny, Marlieux, Montréal, Cézeyriat furent sommés dès le 7 septembre, de rassembler leur compagnie de grenadiers de la garde nationale, et ce dans les 24 heures, pour procéder au remplacement immédiat des hommes devant constituer le bataillon de grenadiers. Mais le 11 septembre, l’épisode rebondit car Claude Barbier, chef de légion de la Garde nationale de Cézeyriat fit parvenir au département la liste des gardes nationaux qui démontrèrent que les quatre citoyens qui avaient réclamé l’annulation de leur élection étaient bels et biens des citoyens actifs ayant par ailleurs fait le service de la garde… Malgré une nouvelle demande d’annulation, le département persista dans sa dernière décision du 18 septembre[5].

Le 9 septembre, les problèmes ressurgirent. Cette fois-ci, il s’agissait de l’élection comme grenadier du sieur Champroux receveur du bureau de Treffort. Son élection fut cassée et son remplacement ordonné par le département. Le fait se reproduisit le 11 septembre vis-à-vis des compagnies de gardes nationales d’Ambérieu et de Saint-Trivier. Elles reçurent un blâme pour avoir élu comme grenadiers des infirmes ou des fonctionnaires publics[6] :

« Que les grenadiers des dites compagnies ont désigné pour marcher aux frontières des citoyens retenus dans leurs domiciles par des maladies et d’autres attachés par la loi aux postes que leurs concitoyens leur ont confiés […] les dites compagnies d’Ambérieu et de Saint-Trivier se sont écartés de la loi en nommant des officiers municipaux qui ne peuvent pas même faire le service journalier dans leur commune, considérant les nominations qu’ils ont fait de citoyens malades, pour se transporter aux frontières paroit être une décision condamnable dans cet instant ou les dangers de la Patrie augmentent, qu’ils n’ont pas eu non plus le droit de porter leur choix sur des sujets enregistrés dans d’autres compagnies que celles des grenadiers ».

L’élection dut y être recommencée. Le 12 septembre, les annulations se multiplièrent avec celle du grenadier Guillermin de Mézériat qui fut[7] :

« Impropre à tout service car l’état de maladie et de langueur où il est depuis plus de trois mois qui luy ote tout moyen de faire aucune espèce de service militaire même de procurer par son travail sa subsistance nécessaire à sa famille, il a plu aux concitoyens de le nommer au nombre des grenadiers destinés à former le bataillon […] et vu aussi le certificat du sieur Charvet chirurgien à Meizériat qui atteste que l’exposant est attaqué d’obstruction pour lesquelles il le traite depusi le mois de juillet ».

La commune de Mézériat fut forcée de rassembler sa compagnie de grenadiers dès le 16 septembre pour le remplacer. Le même jour ce fut au tour de Jean Deloi de la commune de Chaveyriat dont la nomination fut cassée car « il a été nommé le 10 aoust 1792 comme 1er sous-lieutenant de la compagnie de Chaveyriat du 5ème bataillon de la légion ». A bourg, il y eut cependant des engagements volontaires, ils étaient peu nombreux. Quatre hommes se présentèrent ainsi le 12 septembre, ce qui annula le remplacement qui devait être fait du sieur Bevy déclaré impropre au service. Le 13 septembre, nouvelle annulation, cette fois-ci celle du grenadier Perret, cabaretier à Saint-Nizier-le-Bouchoux lui aussi impropre au service. Le sieur Radix de Polliat qui avait été élu grenadier demanda à son tour l’exemption[8] :

« Choisit par ses concitoyens le 19 août dernier pour convenir à la formation du bataillon de grenadier […] il se feroit un devoir et un vrai plaisir de voler au poste honorable où on a bien voulut l’appeler mais que les affaires de l’état qu’il exerce font obstacle invincibles, il est notaire et en cette qualité dépositaire de minuttes qui intéressent le public dont il est à chaque instant contraint de lever des extraits que c’est la toute sa ressource et que son absence et son éloignement le réduiroient à l’extrême dénuement en le privant du fruit de ce travail et par la confiance du public qui porteroit ailleurs ces affaires ».

Cette fois ci le département ne se laissa pas berner par ses arguments et il dut renoncer et rejoindre sa compagnie[9]. D’autres cas nombreux se présentèrent : Jean-Baptiste Réty de Bâgé-la-Ville qui chercha à faire annuler son élection comme étant inéligible à cause de son jeune âge, il fut débouté de sa demande. Le 14 septembre, Françoise Mondefert épouse de Benoit-Philibert-Antoine Duquaire négociant à Guereins canton de Montmerle exposa que[10] :

« Son mary étant en ce moment appellé à Lyon pour raison de ce commerce, elle vient d’apprendre qu’il a été nommé par les grenadiers du Guereins pour concourir à la formation du bataillon requis par le général de l’Armée du Midy, cette nomination illégale prouve d’autant mieux qu’elle est l’effet de la coalition et de la cabale que le mary de l’exposante déjà âgé de 50 ans n’a jamais fait parti de la compagnie de grenadiers et ne pouvoit par conséquent nommer ni être choisi pour cette formation [..] 1° qu’il n’a point été instruit sur le rôle de la compagnie de grenadiers, 2° qu’il est adjudant de la Garde Nationale, 3° et qu’il est secrétaire greffier de la municipalité ».

Elle obtint gain de cause. Partout des problèmes surgirent, notamment et encore dans le canton de Montmerle où les grenadiers élirent les citoyens André Sandelion procureur de la commune, Jean-Gabriel Comte 2ème officier municipal, et Louis-Martin Mondesert juge de paix demeurant à Montmerle. Le département dut intervenir et casser leurs nominations. Il en fut ainsi à nouveau le 14 septembre, pour les citoyens André Geoffrai et Claude Decouvet, tous deux sous-lieutenants au 8ème bataillon du district de Trévoux. Le même jour, le département cassa encore les nominations de Benoit Robin et Benoit Duplatre citoyens d’Inirond qui n’étaient pas inscrits sur les registres de la compagnie de grenadiers. Les demandes d’annulation qui s’empilèrent furent parfois très étranges et nous font penser que les engagements volontaires devaient parfois se faire dans l’euphorie générale[11] :

« Le sieur Gervais expose que lors de la convocation des grenadiers pour procéder au choix de ceux destinés à former le bataillon requis par le général de l’armée du Midy, son patriotisme l’engagea à s’inscrire volontairement pour voler à la défense de la Patrie et qu’il ne consulta pas dans le moment son âge, ni la faiblesse de son tempérament qui ne luy permettent pas de supporter les fatigues du service militaire, ces considérations sont assez préssantes pour espérer que l’on voudra bien le renvoyer de sa soumission ».

Nous pouvons nous demander comment un homme aussi peu avantagé par la nature, et âgé de plus de 50 ans eut la faiblesse de signer son enrôlement… L’homme étant de Bourg et cette ville ayant fournie un excédent de volontaires, sa nomination fut annulée le 15 septembre. Le même jour Charles-Valérien Gauthier de Bourg tenta vainement de faire annuler sa nomination. Il tenta le tout pour le tout, et déclara qu’il n’avait servi que dans la 1ère compagnie de fusiliers du 3ème bataillon du district de Bourg. Mais le département s’aperçut qu’il avait ensuite servi dans une compagnie de grenadiers et le débouta de sa demande. Il en fut de même pour la demande de Jean Robert du Montluel qui chercha à faire casser la nomination de ses deux fils. Il ne l’obtint que pour l’un des deux[12]. Les annulations furent cependant de plus en plus difficiles, le 15 encore, Barthélémy Baudet de la paroisse de Bey, argua du fait d’un trafic de voix pour annuler la nomination de Pierre Baudet son fils. Il fut cependant débouté de sa demande. Parfois ces demandes furent très naïves et essuyèrent le même échec comme celle de Benoit Rey et d’Anne Rey veuve de Joseph Gamby de la commune de Saint-Cro dans le district de Châtillon : « requête tendante à faire déclarer nulle la nomination de leurs enfants au nombre des grenadiers attendu que la nomination ayant été faite à la volonté des grenadiers n’a pu être qu’illégale et injuste »[13]. La même demande faite par Louis Morel, Marie Givord veuve d’Antoine Richon et Georges Bouchy, de Pont-de-Veyle, fut repoussée par le directoire du département concernant leurs enfants. Ces demandes collectives paraisse,t l’œuvre de citoyens plutôt modestes. Le même jour, ce fut au tour de Claude Chaillon et de Jean Drugnes de Cruzille de réclamer l’annulation de l’élection de leur fils, le mode de désignation par scrutin étant à nouveau mis en cause comme « irrégulier et injuste ». Pour nombre de ces gens, le mode démocratique était très mal perçu, l’idée de complot, de cabale, de choix malveillant étant profondément enraciné. Les scrutins d’élections du 1er de grenadiers de l’Ain, annonçaient tous les excès de la levée des 300 000 hommes de mars 1793.

Le 18 septembre après une accalmie, d’autres demandes affluèrent : celle de Benoit Perraud de Thoissey qui était : « d’une faiblesse de complexion, et d’après plusieurs pièces dont un certificat, qui atteste que l’exposant à la vue basse et faible, et qu’en 1790 il a été attaqué de plusieurs maladies de nerfs, d’un certificat du maire attestant ces infirmités et que l’exposant a fait fonction de secrétaire greffier de la municipalité ». Le directoire durcit sa position et refusa de lui accorder l’annulation demandée. Simon Maurier citoyen d’Orchiat qui : « a été nommé quoiqu’il soit atteint d’une maladie de poitrine et dans l’impossibilité de faire le service militaire et qu’un de ses frères est mort il y a deux mois de la même maladie de poitrine » vit cependant sa demande acceptée et confirmée le 24 septembre, à la condition que cet homme fournisse un remplaçant[14]. Nous trouvons trace le même jour d’un premier remplacement mais qui s’effectua entre frères : Jean Royer remplaça son frère Jean-Louis Royer citoyens de Vesancy. Le 20 septembre, une demande concerna même Jean Perret, habitant « le bois du monde » sur la commune de Varennes-Saint-Sauveur qui n’était pas dans le département mais dans celui de la Saône-et-Loire. L’homme fut débouté de sa demande et parla à nouveau de complot et de cabale : « l’exposant n’a eu aucune connoissance que lorsqu’il aprit que son absence avoit été le motif de sa nomination pour former le bataillon qui est d’autant plus illégale qu’elle n’est que l’effet d’une cabale et quelle soit déclarée nulle ». Malgré la fourniture de nombreux certificats l’homme n’obtint pas gain de cause. Le 20 toujours, quatre hommes de Lescheroux firent état de manœuvre qui virent l’élection de quatre autres citoyens mais que par le fait : « de manœuvres clandestines ils ont été nommé à la place des premiers élus ». Le département malgré l’intervention de la municipalité de Lescheroux en leur défaveur trancha en leur faveur. Le 20 septembre toujours, Joseph Carret, laboureur de Viriat fit une demande de cassation[15] :

« Parce qu’étant chargé d’une nombreuse famille, déjà accablé par le poids des années sans autre ressource qu’une ferme de mille livres annuelle our faire subsister dix enfants incapables de luy rendre encore aucun service, il se reposoit sur son fils aîné et deux domestiques pour faire valoir cette ferme, mais ses domestiques s’étant enrôlés on vient de le réduire au désespoir en luy enlevant ce fils seul dont le travail put subvenir aux besoins de cette famille, demande à faire déclarer nulle la nomination de son fils au nombre des grenadiers destinés à former le bataillon requis par le général de l’armée du Midy ».

Le département repoussa la demande[16]. Le 26 septembre ce furent trois autres grenadiers des cantons de Pont-de-Vaux et Saint-Trivier qui furent encore renvoyés dans leurs foyers, pour cause d’âge ou d’infirmités. Le 28 septembre, le département prononça encore la cassation de la nomination de François Dubois, citoyen du district Châtillon et de la commune de Vonnas qui n’était pas inscrit sur la liste des grenadiers. La difficulté était grande nous le voyons à lever des hommes pour ce premier recrutement forcé.

Toujours est-il que ce bataillon de grenadiers de l’Ain, sembla bien avoir une existence réelle, aussi faible que furent ses effectifs. Le 29 octobre, le chirurgien Bollet demanda un salaire convenable pour la visite qu’il eut à faire des volontaires du bataillon de grenadiers et des trois bataillons de volontaires (4ème, 5ème, 6ème de l’Ain)[17]. Après la formation de ces unités, le départ d’au moins quatre compagnies de grenadiers pour le camp de Soissons, que restait-il de volontaires et réquisitionnaires disponibles ? Bien peu de monde, puisque la formation du 8ème de l’Ain dans la place de Belfort ne fut finalement effective qu’au mois d’août 1793, et ce avec le concours de réquisitionnaires de 1793 rassemblés dans ce dépôt. Quant à nos grenadiers, ils se perdirent dans les méandres des archives qui font bien peu souvent allusion à eux. Avant le 25 novembre, le département se permit le licenciement « de la plus belle compagnie de grenadiers qu’il y eut peut-être dans l’armée »[18]. Le 28 novembre, ils émergèrent encore et nous en apprenons plus par une lettre du département de l’Ain aux districts et aux citoyens. Le général Montesquiou avait finalement stoppé le recrutement de ce bataillon de grenadier destiné à son armée :

« Ce premier élan d’un peuple rentre dans ses droits n’est pas le seul qui vous ait distingué. La loi du 22 juillet demandoit encore au département douze cent défenseurs de la liberté ; deux mille sept cents se sont rangés sous ses drapeaux, et nous avons été témoins des regrets de vos grenadiers lorsque Montesquiou, retirant sa réquisition, enchaîna leur courage »[19].

Ces documents prouvent qu’un bataillon de grenadiers fut bel et bien formé, du moins un embryon. Leur nombre et qualité devait se trouver bien faible pour que le général Montesquiou juge opportun de retirer l’ordre de réquisitions. Il est probablement que l’unité en question se trouvait désormais contrainte à rester en l’état. Le 1er décembre, le quartier-maître Rostaing fut invité à rendre une somme non dépensée au département de l’Ain. D’importantes sommes furent débloquées pour équiper le bataillon : 25 128 livres, 10 sols et 8 deniers en tout furent versées au bataillon[20]. Fut-il licencié ? Il semble bien que non puisque nous découvrons plusieurs indices qui atteste de son existence durant l’année 1793.

1793 :

Nous apprenons que le 10 mars, le général Kellermann commandant en chef de l’armée des Alpes forma un 1er bataillon des grenadiers des Alpes avec quatre compagnies de grenadiers de l’Ain, trois du Rhône-et-Loire et une du Puy-de-Dôme. Peut-être trouvons-nous là, la réponse à notre question. Le 1er de grenadier de l’Ain aurait-il été incorporé dans le 1er de grenadiers de l’armée des Alpes[21] ?

Le 26 août, le département signala le remboursement de 237 livres dépensées à Cerdon par le lieutenant-colonel Benoit-Joseph Petit pour le « 1er bataillon des grenadiers de l’Ain ». Nous n’avions jusqu’ici jamais croisé un officier désigné comme chef de bataillon du 1er des grenadiers de l’Ain. En l’état les archives de Vincennes ou peut-être celle de l’Ain pourrons peut-être parler dans le futur. Ce remboursement ne signifie pas que l’unité existait encore à la date en question. Cet officier pouvait très bien demander le remboursement de cette somme après la dissolution du bataillon. Très peu de temps après nous apprenons également que durant l’automne 1793, la compagnie franche de Belley formée au moment de l’insurrection des lyonnais devint la 8ème compagnie du bataillon « des grenadiers »[22]. Cette compagnie était commandée à sa formation par Joseph Boget. Le numéro 8 donné à cette compagnie nous indique que ce « bataillon de grenadiers » n’était pas à effectif complet. Cette incorporation nous indique peut-être également que ce bataillon se trouvait à cet époque à Lyon, ou du moins ensuite à l’armée des Alpes. Il semble être tout à fait connu du département de l’Ain.

1795 :

A l’armée des Alpes, cinq bataillons de grenadiers de l’armée furent formés avec des compagnies de grenadiers de la ligne et de volontaires. Les compagnies de grenadiers des 4ème et 6ème de l’Ain furent ainsi incorporées dans ces  bataillons de grenadiers réunis. Le 5ème fut licencié, les quatre autres opérèrent jusqu’à leur dissolution le 1er janvier[23]. Nous ne savons pas ce que devinrent les hommes de l’Ain qui formaient le 1er bataillon. Mais dès le 20 janvier, le 1er bataillon des grenadiers de l’armée des Alpes fut reformé avec les compagnies de grenadiers des 26ème et 80ème demi-brigades. Ce 1er bataillon de grenadiers fut finalement versé à Roverbello dans les 32ème et 75ème demi-brigades de ligne[24].

Nous trouvons également trace le 21 décembre, d’une levée provisoire de compagnies de grenadiers. Le citoyen Grand Girard du canton de Ferney-Voltaire indiqua qu’il était en août 1793 :

« En activité de service dans une des compagnies de grenadiers mis en réquisition par le général Geoffray pour faire un service momentanée sur la frontière, que ces compagnies de grenadiers reçurent peu de tems après l’ordre de rentrer dans leur foyers avec injonction à ceux des dits grenadiers qui étaient âgés de 18 à 25 ans d’aller joindre les volontaires de la réquisition qui étaient partis, que le citoyen Grand Girard n’était pas alors âgé de 25 ans et que pour se soustraire à la réquisition, il se fit admettre en qualité du commis du citoyen Dumorel, receveur principal des douanes qu’il occupe encore cette place »[25].

Il n’apparaît pas que cette levée, corresponde à notre bataillon de grenadiers. Mais ce document, indique bien qu’aux moments critiques des grandes levées, des mesures provisoires dont les archives ne nous donnent que peu d’informations furent prises. Il en va ainsi de l’histoire très difficile à tisser, des 7ème, 8ème, 8ème bis et 21ème des réserves, sans oublier ce 1er bataillon des grenadiers de l’Ain.

Tableau provisoire des cadres du 1er grenadier de l’Ain :

 

Benoit-Joseph Petit Lieutenant-colonel 1er grenadier
Rostaing Quartier-maître trésorier 1er grenadier
Joseph Boget Capitaine 8ème compagnie

 

       Tableau des hypothèses du devenir des compagnies de grenadiers de l’Ain :

Compagnies de grenadiers Devenir des compagnies
Compagnies des 1er et 2ème de l’Ain ?
Compagnie du 3ème de l’Ain Incorporé dans le 1er bataillon des grenadiers du Bas-Rhin ou 1er ou 2ème grenadiers de l’armée du Rhin (1792)
Compagnie du 4ème de l’Ain Dirigée au camp de Soissons, entra dans le 21ème des réserves (1792)
Compagnie du 6ème de l’Ain Dirigée au camp de Soissons, entra dans le 21ème des réserves (1792)
Deux compagnies non identifiées de l’Ain Dirigées au camp de Soissons, entrèrent dans le 21ème des réserves (1792)
Trois compagnies non identifiées de l’Ain ? Signalées du côté de Vervins (1792)
Une ou plusieurs compagnies de « grenadiers » du 6ème de l’Ain Signalées aux alentours de Paris (1792)
Quatre compagnies de grenadiers de l’Ain Incorporées dans le 1er bataillon des grenadiers de l’armée des Alpes (1793)
Deux nouvelles compagnies de grenadiers des 4ème et 6ème de l’Ain ? Incorporées dans le 4ème bataillon des grenadiers de l’armée des Alpes (1793 ?)
Compagnies du 1er de grenadiers de l’Ain ? Incorporées dans le 1er bataillon des grenadiers de l’armée des Alpes ?

A noter que Belhomme dans son histoire de l’Infanterie française indique que quatre compagnies de grenadiers furent formées dans le département au mois de juillet ou d’août 1792, et trois autres au mois de septembre 1792.

Article de Laurent B.

sehri

[1] Pour cette tâche, il reçut une indemnité de 15 livres, le 22 février 1793, AD de l’Ain, 2 L 31.

[2] Il s’agissait de Jean-Baptiste Mabiez-de-Rouville, originaire de Trévoux. Il s’engagea le 1er mars 1777 au régiment des dragons du Roy. Nous le retrouvons après quelques années de service comme avoué du tribunal du district de Trévoux, en date du 22 mars 1791. Selon Eugène Dubois, il fit partie des volontaires de 91 et il fut élu capitaine de la 1ère compagnie du district de Trévoux. Cependant il était greffier de la justice de paix du canton de Trévoux jusqu’en août 1792. Il servit comme officier dans le 4ème bataillon de l’Ain, mais il partit pour Liège le 18 février 1793, tandis que le 4ème fut envoyé à l’armée des Alpes. De retour dans l’Ain avec le grade de capitaine, il se vit confier le commandement des quatre compagnies destinées à marcher pour le camp de Soissons. Sa carrière suivit dès lors le cheminement du 8ème bataillon de l’Ain, dont il devint le lieutenant-Colonel. Jérôme Croyet, Dictionnaire des soldats de l’Ain sous la Révolution et l’Empire.

[3] AD de l’Ain, 2 L 30.

[4] AD de l’Ain, 2 L 30.

[5] Idem.

[6] AD de l’Ain, 2 L 30.

[7] Idem.

[8] AD de l’Ain, 2 L 30.

[9] Idem.

[10] Ibidem.

[11] AD de l’Ain, 2 L 30.

[12] Joseph Robert fut pressé de se rendre sans délai dans le bataillon de grenadiers, idem.

[13] Ibidem.

[14] Délibérations des 18 et 24 septembre, AD de l’Ain, 2 L 30.

[15] AD de l’Ain, 2 L 30

[16] Pierre Carret, le fils, idem.

[17] Il reçut 200 livres pour la visite d’une centaine d’hommes et de quelques autres par ordre du district, AD de l’Ain, 2 L 30

[18] D’après une lettre du lieutenant-colonel Mabiez de Rouville, du 3ème bataillon de l’Ain, Jérôme Croyet, Pour la Nation… op cit.

[19] AD de l’Ain, 2 L 132.

[20] Partie en argent, partie en assignats, le quartier-maître Rostaing dut remettre différentes petites sommes pour un montant d’environ 200 livres. AD de l’Ain, 2 L 30.

[21] Belhomme, Histoire de… op cit, p. 23.

[22] Jérôme Croyet, Feuille de Route N° 38, corps irréguliers.

[23] Belhomme, Histoire de… op cit, p. 87.

[24] Belhomme, idem, p. 137.

[25] Le département évoqua ensuite le fait que plusieurs hommes de la réquisition, revenus sans congé, étaient entrés dans les douanes. Tous ces hommes reçurent l’ordre formel de rejoindre les armées. Leur remplacement comme commis des douanes, dut être opéré par des hommes qui n’étaient pas compris dans la réquisition, AD de l’Ain, 2 L 42.

Publicités