6e bataillon de l’Ain

bataillon-de-volontaires-nationaux

6ème bataillon de l’Ain dit La Montagne :

 

Date de formation : août 1792.

Formation :

L’histoire du 6ème bataillon de l’Ain, commence pour les archives, le 18 août 1792, alors que le département nomma Gaspard-Hyacinthe Piedoux de Gex, chirurgien-major du bataillon en cours d’organisation[1]. Il semble qu’une partie du bataillon fut vite dirigée vers le camp de Soissons[2]. Le 2 septembre, quatre compagnies de volontaires partirent pour ce camp, totalisant environ 400 officiers et fusiliers[3]. Ce contingent était formé de quatre capitaines, quatre lieutenants, quatre sous-lieutenants, 12 sergents, 16 caporaux, quatre tambours et 356 fusiliers[4]. Ces hommes partirent sous le commandement du capitaine Mabiez de Rouville parent du  lieutenant-colonel du 3ème de l’Ain. Ce contingent fut en partie formé d’hommes du 6ème et de peut-être d’autres bataillons de l’Ain (4ème, 8ème, 1er grenadiers ?)[5]. Ces compagnies furent en fait ce qui fut dénommé d’une manière éphémère, le 7ème bataillon de l’Ain qui devint le 21ème bataillon des réserves. Nous savons par ailleurs que quatre compagnies de grenadiers de l’Ain se trouvaient à Reims le 1er janvier 1793 et trois autres près de Vervins[6].

Historique :

1792 :

Pendant ce temps, le reste du bataillon était en formation puisque le 17 septembre, le capitaine André de la 2ème compagnie, formée par ailleurs de volontaires du district de Pont-de-Vaux, reçut un remboursement de fournitures pour équiper ses hommes. Le même jour ce fut au tour du capitaine Nicolas des grenadiers, de recevoir une somme d’argent pour des dépenses d’habillements et au capitaine Chavannes pour le prix de souliers[7]. Le 24 septembre une convention fut passée entre le conseil d’administration du bataillon et le tailleur Paul Lacroix, de Châtillon-sur-Chalaronne pour l’équipement et l’habillement du bataillon. Le bataillon fut alors formé de 10 compagnies au lieu des 9 dont se composaient traditionnellement les bataillons de volontaires[8].

Le 29 septembre, le département mit à disposition de nouvelles fournitures pour le bataillon qui réclama par ailleurs le complément de son armement[9]. Le 3 octobre, le capitaine Joubert[10] envoya au département un état des fournitures de souliers faites à sa compagnie. Le 5 octobre,  le département paya encore des fournitures (chapeaux et souliers) pour la compagnie du capitaine Monestier[11]. Le 9 octobre 1792, ce fut au tour de la 2ème compagnie du capitaine André d’être remboursé des fournitures en souliers, bas, chapeaux et chemises. L’équipement des volontaires s’accéléra, le 10 octobre un remboursement de fournitures pour une somme de 293 livres fut fait au capitaine Favrot de la 1ère compagnie du bataillon, ainsi que de 628 livres pour la 3ème compagnie du capitaine Berthet. D’autres remboursements suivirent notamment le 11 octobre, 304 livres et 6 sols à la 5ème compagnie du capitaine Chavannes, et 446 livres, sols puis 289 livres, 15 sols, à la 9ème compagnie du capitaine Bernard. Le 13 octobre, ce fut au tour de la compagnie du capitaine Nicolas pour une somme de 108 livres et 15 sols, soit 13 paires de souliers et 5 paires de bas. Il y en eut d’autres, en particulier le 1er novembre pour la 7ème compagnie du capitaine d’Albert et la fourniture de souliers[12].

Le 10 novembre, le second lieutenant-colonel du bataillon fit une demande de remboursements, pour la dernière levée des volontaires : en effet nommé commissaire pour le recrutement de la commune de Châtillon-lès-Dombes, il dépensa sans compter pour attirer de nouvelles recrues. Sa demande concernait le remboursement de 30 livres pour le vin et autres frais de bouches pour les volontaires enrôlés… Des recruteurs de l’Ancien Régime, à ceux de la République, les méthodes avaient peu changé !

Le 19 novembre, le citoyen Lacroix, tailleur du 6ème bataillon fut payé pour la livraison de 579 habits et 401 vestes pour une somme de plus de 36 000 livres[13]. Le 23 novembre, l’équipement se poursuivit par la fourniture de 765 houpettes livrées au bataillon. Au 1er décembre, l’équipement du bataillon n’était toujours pas terminé car il reçut du département 1 500 paires de bas de laine à 3 livres, 15 sols la paire. Nous apprenons qu’une partie du 6ème bataillon était en garnison à Gex[14]. Le 18 décembre, le département fit mention d’une somme de 5 625 livres pour la livraison de 1 500 paires de bas de laine faites par le sieur Calvet, marchand de bas résidant à Lyon[15]. Pendant ce temps, le 24 décembre, le département se pencha sur le paiement de fournitures au quincaillier Jean-François Bonjour de Lyon, pour une somme de 970 livres pour des cocardes tricolores et des cols. Nous retrouvons le 4 janvier 1793, le tailleur Paul Lacroix qui réclama le paiement des 52 798 livres et 12 sols qui restèrent à lui verser[16]. Le 13 février, le directoire du département écrivit au ministère de la guerre pour le paiement des sieurs Gadet négociants de Lyon qui avaient fourni au bataillon 2 200 aunes de toiles pour faire des sacs de campagne[17]. Le 2 avril, le département paya encore la fourniture de houppettes pour le bataillon. Ce n’est que le 13 avril que le département reçut une lettre du citoyen Dorly, commissaire ordonnateur adjoint au ministre de la guerre, qui ordonna le paiement des divers fournisseurs auxquels il restait dû des sommes d’argent pour l’équipement des bataillons des volontaires de l’Ain[18]. Il fallut près de sept mois pour  arriver à ce résultat.

A la fin de l’année, le cœur du bataillon soit environ cinq à six compagnies étaient en mouvement. Le 12 décembre, nous retrouvons sa trace dans le village de Cordon[19], où il lui fut fourni l’étape[20]. Le bataillon s’était donc mis en marche pour l’armée des Alpes en pleine saison hivernale[21]. Le 12 décembre, le bataillon marcha de Cerdon jusqu’à Belley où l’étape lui fut fournie. Les équipages suivirent le même jour de Cerdon aux Abrets avec l’Etat-major[22]. Le 15 décembre, le bataillon fit partie des troupes du maréchal de camp Dubourg[23] que nous retrouverons plus tard. Il était à l’arrière en garnison à Crémieu[24].

1793 :

Le bataillon passa l’hiver en seconde ligne autour de Crémieu en Isère sous les ordres du lieutenant-général Antonio Rossi[25] qui commanda les troupes du Haut et du Bas-Dauphiné[26]. Le 14 février, le général Kellermann après avoir visité les cantonnements de son armée décida de renforcer ses défenses par la construction de retranchements. Le 15 avril, le 6ème de l’Ain était en cantonnement au « camp de Chambéry » comme « corps disponible » avec un effectif de 35 officiers et 873 hommes[27]. Le 1er mai, il était encore dans la division de droite de l’armée des Alpes du général Antonio Rossi. Il fit partie du corps dit « d’Embrun » du général de brigade Camillo Rossi[28]. Il cantonna à l’arrière dans les alentours de Briançon avec un effectif de 659 hommes[29]. Le 7 mai, le bataillon fut passé en revue extraordinaire au camp de Bois Plan par l’adjudant-général Jean-Denis Ledoyen accompagné de plusieurs officiels dont les citoyens Hérault et Simon, représentants du peuple français et par le citoyen Catus commissaire des guerres de l’armée des Alpes[30]. Il fut dressé un registre du bataillon très complet qui nous informe précisément de l’état du bataillon :

6e-bataillon-de-lain       (Bouton 6ème bataillon de l’Ain, collection privée)

Noms Grades Unité
Lorrin 1er chef de bataillon 6ème de l’Ain
Carron 2ème chef de bataillon Etat-major
Cartier Adjudant-major Etat-major
Dulac Quartier-maître Etat-major
Pidoux Chirurgien-major Etat-major (détaché)
Duchez Adjudant sous-officier Petit Etat-major
Dénerieux Tambour-major Petit Etat-major
Hersin Armurier Petit Etat-major
Favrot Antoine-Romain Capitaine 1ère compagnie
André Sébastien Capitaine 2ème compagnie
? ? 3ème compagnie
Chavanne Pierre-François Capitaine 4ème compagnie
Monestier François Capitaine 5ème compagnie
Dalbert Antoine Capitaine 6ème compagnie
Berger Jean-Claude Capitaine 7ème compagnie
Bernard François-Antoine Capitaine 8ème compagnie
Joubert Guillaume Capitaine 9ème compagnie (grenadiers)

A cette date, 688 hommes formèrent le bataillon dont 582 seulement étaient présents, 80 à l’hôpital, 22 travaillant à Chambéry et 4 en prison. Il faut rajouter à cet effectif 150 détachés, dont 82 grenadiers cantonnés à Moutier, 25 hommes à Yenne, 18 à Belley et 3 en permission. Le bataillon comptait également un détachement de 22 hommes servant dans celui des pionniers de l’armée des Alpes fort de 200 hommes. Le 13 mai, ils furent également passés en revue d’inspection à Modane, par le chef de brigade Ledoyen commandant l’avant-garde de l’armée et par le capitaine Caisset commandant le détachement de pionniers. En tout c’était un total de 838 hommes comptés sur les registres pour un effectif théorique de 778 hommes au complet. Un excédent fut donc indiqué sur le document. L’équipement du détachement de pionniers nous éclaire bien sur la situation matérielle des hommes du bataillon tout entier.  Trois habits et cinq vestes étaient à réparer, tandis que huit culottes, deux chapeaux et quatre fusils étaient totalement hors d’usage. Il manquait également cinq fourreaux de baïonnette, présageant que cet équipement n’était pas non plus dans le meilleur état. Le procès-verbal dressé ce jour-là ordonna que ces hommes reçoivent dans les meilleurs délais les équipements manquants. Le dénuement paraissait cruel, environ 30 % de l’habillement et 20 % de l’armement était en piètre état ou inutilisable. A l’échelle du bataillon le dénuement paraît aussi important : 153 habits et 96 vestes étaient à réparer, 18 habits et 26 vestes étaient donnés comme « mauvais », 48 habits, 86 vestes et surtout 350 casques ou chapeaux étaient manquants. L’armement était en meilleur état encore que 34 fusils, 4 baïonnettes étaient à réparer, 14 fusils et 10 baïonnettes étaient « mauvais » et surtout 44 fusils et 40 baïonnettes manquants. Entre 15 et 20 % des hommes étaient donc mal équipés ou sans armes. Nous regrettons de ne pas en apprendre plus, notamment sur la nourriture et la vie au quotidien de ces hommes[31].

Le 30 juin, une partie du 6ème bataillon de l’Ain cantonna dans les environs de Briançon, 166 hommes étaient à la Vachette dont 70 présents, 144 hommes à Névache, 71 à Plampinet, 81 hommes à Val des prés, 70 à Les Alberts, 154 au Mont-Genèvre, 61 à Fonteville, soit un effectif total de 747 hommes. Ce ne fut qu’au mois d’août que le bataillon rejoignit la brigade du général Ledoyen[32] de la division Dornac[33].  Le 6ème bataillon cantonna à Aussois et servit de réserve aux troupes de la brigade qui défendirent les cols du Mont-Cenis[34]. Il comptait au 30 juillet un effectif de 821 hommes[35].

Au mois d’août, l’armée des Alpes se trouvait dans une situation délicate. Le général Kellermann dut se porter avec une bonne part de ses forces contre les révoltés fédéralistes de Lyon. Les Piémontais entendaient bien profiter de l’affaiblissement des républicains et montèrent une offensive pour bousculer les Français. Dans la vallée de la Maurienne, le marquis de Cordon qui commandait les troupes piémontaises, passa à l’attaque dans la nuit du 29 au 30 juillet. Il disposait de 10 bataillons et de deux escadrons de dragons soit environ 7 000 hommes. Dès le 14 août, le général Ledoyen fut forcé d’abandonner ses postes à Lanslebourg et Termignon. Les avant-postes français furent submergés.

Le général Ledoyen engagea le combat le 15 août, pour refouler les Piémontais du pont du Nant qu’ils venaient de rétablir. Les Français brûlèrent le pont mais le marquis de Cordon tourna les positions françaises et envoya des détachements à Aussois où cantonnait le 6ème. Le général Ledoyen ordonna à nouveau la retraite et se replia sur Saint-André et Saint-Michel qui était le cantonnement du 4ème bataillon[36]. L’offensive piémontaise se développa alors sur trois axes et le 22 août le général Ledoyen était en position à Aiguebelle et La Chapelle. La résistance fut vaine, le 25 août le général de la Tour subordonné du marquis de Cordon surplombait la localité de Saint-Michel. Le 26 août, les Piémontais occupèrent Saint-Jean-de-Maurienne et stoppèrent leur offensive les 28 et 29 août pour attendre l’autorisation du major-général de Wins de poursuivre plus en avant l’attaque[37]. L’alarme fut grande à l’Etat-major de la division et le général Dubourg fit savoir qu’il pourrait être obligé de reculer encore ce qui consommerait la perte de la Savoie. Kellermann qui était au siège de Lyon avec ses troupes, arriva en quatrième vitesse. Le 21 août, il se présenta à Conflans et donna l’ordre de tenir sur place. Il mit en place un nouveau dispositif de défense mais nous ne saurons pas quel fut le rôle joué et dévolu par les 4ème et 6ème bataillons de l’Ain. La brigade Ledoyen fut regroupée a Aiguebelle, forte de six bataillons et faisant face aux hommes du marquis de Cordon. Mais l’ennemi ne bougea pas, ce qui laissa le temps aux Français de s’organiser pour lancer une contre-attaque.

Le 10 septembre une attaque fut mise au point pour repousser les Piémontais. L’attaque principale dut cependant être lancée de la vallée de la Tarentaise. En Maurienne, la division Dubourg et bien entendu la brigade Ledoyen durent faire diversion. C’est en préparant cette opération que le hasard fit que le marquis de Cordon reçut l’ordre de pousser également son avantage avec quelques renforts. Un combat éclata le 11 septembre qui engagea de faibles effectifs et de l’artillerie. Personne ne prit l’avantage et les efforts des combattants continuèrent pour supplanter l’adversaire. Le 15 septembre, le général Ledoyen réussit à prendre l’avantage sur le marquis de Cordon qui dut à son tour replier ses magasins de Saint-Jean sur Saint-Michel. Les opérations furent finalement paralysées par la chute de quatre pieds de neige ce qui permit aux Piémontais de s’organiser[38].

Il neigea sur la région sans discontinuer du 16 au 18 septembre, le bataillon était alors à Valloire sous le commandement de l’adjudant-général Prisye. Le général Ledoyen arriva cependant à faire occuper le Col de la Madeleine et à occuper la Chapelle. L’ennemi fut battu et se replia sur Moûtiers en éprouvant des pertes et une trentaine de prisonniers[39]. A cette date le bataillon fut passé en revue avec sa brigade, dans sa position de Valloire. L’unité comprenait le 4ème bataillon d’infanterie légère, les 4ème et 6ème bataillons de l’Ain et le 2ème bataillon de Haute-Loire. Le bataillon n’était pas au complet dans cette localité. Il comprenait deux chefs de bataillons, un adjudant-major et quartier-maître, quatre capitaines, six lieutenants et sept sous-lieutenants, 448 hommes étaient présents sous les armes, 90 aux hôpitaux, 10 prisonniers des Piémontais, deux prisonniers à Grenoble, 68 détachés à Aiguebelle, 37 aux « partisans » et aux pionniers. Le total des absents se monte à 214 hommes pour un total au complet de 662 hommes. Sur le nombre des officiers, un quartier-maître était à l’hôpital, un capitaine absent par ordre du général, un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant dans une compagnie de chasseurs, un capitaine à l’hôpital. La brigade de Prisye était par ailleurs accompagnée par un caporal, trois canonniers, quatre pièces de canons 1[40], quatre coffrets de munitions contenant 80 coups chacun en boulets et en mitraille, trois muletiers et six mules pour transporter le tout[41].

Les Français ne furent pas en reste et les combats se développèrent peu après sur tout le front. Le 27 septembre, la brigade Ledoyen fit partie des forces qui durent passer à l’offensive pour s’emparer du col de la Madeleine. Le 29 septembre, le col fut enlevé et tenu fermement par 1 500 hommes, dont firent partis nos volontaires du 6ème bataillon. Environ 300 ennemis furent mis hors de combat, et autant fait prisonniers, sans compter la prise de quatre pièces de canon et de leurs équipages. Le 6ème de l’Ain et la brigade Prisye purent ensuite tenter de prendre l’ennemi de flanc dans une opération plus vaste[42]. L’attaque se développa parallèlement dans le Beaufortain et les Piémontais durent là aussi retraiter en abandonnant Beaufort pour défendre le col de Roselend[43].

En Tarentaise, le succès fut également complet pour les Français qui forcèrent leurs Piémontais à abandonner complètement la vallée. Le 30 septembre, la brigade Ledoyen et les bataillons de l’Ain furent à l’honneur dans une attaque prévue sur Valmeynier. L’adjudant-général Prisye forma en sept colonnes d’attaque le 4ème bataillon d’infanterie légère, les 4ème et 6ème bataillons de l’Ain et le 2ème bataillon de Haute-Loire[44]. Ses troupes passèrent à l’attaque à la baïonnette et repoussèrent les hommes du major piémontais de la Boissière en s’emparant de tous les postes ennemis : 900 hommes[45] bondirent de leur positions d’attaques tuèrent ou blessèrent une cinquantaine d’hommes à l’ennemi, firent une centaine de prisonniers dont plusieurs officiers[46]. Le 3 octobre, l’adjudant-général Prisye raconta cette attaque dans une lettre au ministre de la guerre :

« Le 1er octobre a été, du côté de Valmeinier, signalé par une attaque véritable qu’à pleinement couronné le succès, le plan que j’avais combiné ne pouvait manquer de réussir avec des soldats tels que ceux qui composent cette armée, savoir ceux des 4ème et 6ème bataillon de l’Ain, du 4ème bataillon d’infanterie légère ci-devant chasseurs corses et 2ème de la Haute-Loire […] le soir je fis partir une troupe sur 7 colonnes pour se tenir prêtes à l’attaque des villages de Valmeinier, du Desert et de diverses cassines où les piémontais étaient retranchés soit avec du canon et autres bouches à feu connues sous le nom d’espingoles avec recommandation expresse de ne point s’amuser à consommer de la poudre mais d’enlever le poste à la baïonnette, notamment les batteries. Toute la troupe se porta avec moi à la hauteur du point d’attaque, où elle passa la nuit sur la neige. A 5 heures du matin, je fis battre la charge […] 900 hommes ont battu complètement et débusqué environ 800 soldats piémontais, à eux joints 200 paysans au moins, de postes imprenables s’ils eussent été occupés par des hommes libres. A 6 h 30, étaient déjà enlevés tous les postes ennemis au nombre de 8. Deux heures après, furent en notre pouvoir 84 prisonniers, 3 officiers dont un d’artillerie, un major piémontais et un porte enseigne et le commandant général des paysans appelé Maréchal et 17 paysans pris les armes à la main, 2 pièces de canon de montagne du calibre 4, leurs affûts et caissons bien garnis, une espingole, des mulets de convoi, du pain et du riz […] ces pièces ont été prises après 6 décharges à mitraille dirigée sur les nôtres à très petite distance. Pendant 7 heures la charge a battu de toutes parts et par toutes les colonnes […] j’évalue la perte des piémontais à 50 hommes tués et autant de blessés ».

Les opérations du bataillon n’étaient pas encore finies et Prisye ajouta dans son récit qu’il attendait d’être remplacé dans ses cantonnements de Saint-Julien et Saint-Michel pour se porter en avant après avoir fait réparer les ponts que l’ennemi avait fait sauter[47].

Le 5 octobre, le général Ledoyen poussa son avantage et attaqua Notre-Dame-du-Charmais. Tandis que l’adjudant Prisye avec les volontaires de l’Ain des 4ème et 6ème bataillons se portait sur les hauteurs de la rive droite de l’Arc. Le 6 octobre, ils atteignirent Modane mais le pont du Nant avait été détruit par les Autrichiens[48]. En quelques jours, le terrain perdu pendant l’été fut regagné et le 7 octobre, les volontaires de l’Ain sous les ordres de Prysie étaient à Termignon, Lanslebourg, Entre-Deux-Eaux. La victoire était totale pour le général Kellermann qui dut cependant remettre son commandement au général Dornac et se retrouva emprisonné à Paris dans la prison de l’abbaye (6 novembre). Le 11 novembre, le chef de bataillon Lorrin écrivit une lettre à un correspondant non identifié au directoire du département de l’Ain. Les communications avec le bataillon étaient très précaires. Lorrin informa son correspondant qu’il venait seulement de recevoir sa lettre du 29 août dernier. Il précisa qu’il n’avait pas reçu les autres lettres qu’il devait avoir reçues et datées des 20 avril et 15 juillet dernier. Il écrivit :

« Qu’il est bon de vous faire observer que le depuis le commencement de la campagne, le bataillon a toujours été dans les montagnes et qu’il est divisé, l’état-major n’a jamais eu avec luy que quarante à cinquante hommes. Le reste du bataillon étoit dans des postes éloignés, la plus part au bivaq […] à ce jour le bataillon se trouve toujours divisé, dans les mêmes postes qu’il y a un mois. Depuis le 28 août nous n’avons reçu ny lettre ny bulletin et notre bataillon a passé pour être un de l’armée perdue ».

Nous voyons dans quel profond isolement, le bataillon était plongé, coupé ou presque de communication dès l’arrivée des mauvais jours. La vie dans ces montagnes devait être particulièrement difficile durant les longs mois de l’hiver, jusqu’au dégel[49]. Pressé de rendre des comptes, le chef de bataillon écrivit de Saint-André au Montblanc, le 24 novembre :

« Que le bataillon est toujours divisé dans les montagnes et occupé à un service actif, il nous est impossible de seconder tes intentions à cet égard. Au reste mon vrai républicanisme peut être garant que si tôt l’entrée en quartier je m’occuperai et sans délai de ta demande ».

Le chef de bataillon Lorrin indiqua peu de temps auparavant que la formation des registres de contrôle était impossible car :

« Les différentes compagnies qui étoient détachées du corps  l’on rejoint : ce ne sera cependant pas sans difficulté puisque le bataillon est divisé en 8 cantonnements et à l’extrême frontière […] la formation du bataillon présente des difficultés presque insurmontables »[50].

Le bataillon se trouvait le 21 décembre, à l’armée des Alpes dans la division du général Dours, près de Chambéry. Son effectif comprenait 599 hommes sous les drapeaux, cinq en congé, et 80 aux hôpitaux. 31 hommes étaient détachés du bataillon et cinq autres en prison.

1794 :

Le 18 février, un agent secondaire dressa un procès-verbal peu élogieux vis-à-vis de la tenue des registres et comptes administratifs de ce bataillon. Il indiqua en termes sévères qu’aucun registre de délibérations, de caisses, de comptabilité générale n’avaient été tenus. L’excuse de la succession rapide de quatre quartiers-maîtres en 11 mois fut avancée pour justifier ce grave manquement. Mais le fonctionnaire posa la question de la responsabilité du commandement à avoir négligé totalement l’administration du bataillon. Les comptes furent alors épluchés scrupuleusement et la longue litanie des pièces manquantes s’accumula inlassablement dans ce document. L’officier conclut :

« Qu’il voit avec douleur le peu d’ordre qui a régné dans l’administration du 6ème bataillon de l’Ain. Il voit avec peine qu’il sera d’une difficulté extrême pour ne pas dire impossible de scruter cette comptabilité depuis son principe parce qu’il n’y a pas eu de registres, parce que les pièces justificatives de dépense sont très peu en règle, parce que le conseil d’administration a laissé partir trois quartiers-maîtres sans que selon ce qui paroit il leur ai fait rendre compte et l’ait constaté par procès-verbal authentique, il est de l’économie générale des finances de la République du grand bien du service que ces abus soient réprimés »[51].

Heureusement pour le bataillon, l’agent secondaire Amars indiquait avoir repris en main, toute l’organisation administrative du 6ème en précisant que « ce bataillon formé le 22 août 1792 m’a paru avoir un bon esprit et vraiment républicain ». Sans doute était-ce là l’essentiel.

Le bataillon souffrant probablement d’un manquement d’effectif fut renforcé à cette époque par des nouvelles recrues issues des levées de réquisitionnaires de 1793. Le 8 mars, une lettre écrite de Paris par un officier ou un employé du ministère de la guerre nous apprend que les cadres du 6ème bataillon avaient été renforcés pendant l’hiver par 339 volontaires du bataillon de réquisition de Trévoux. Les vides occasionnés par la campagne de 1793 devaient être très importants[52]. Dès le 5 février, le problème de l’incorporation des recrues fut évoqué par un procès-verbal de l’agent secondaire Aman[53]. Il passa en revue les recrues du bataillon de réquisition de Trévoux et avant l’incorporation procéda à la suppression des grades d’officiers et de sous-officiers existant alors dans cette unité.

Les hommes âgés de moins de 18 ans ou de plus de 25 ans furent invités à rentrer chez eux mais il ne s’en trouva qu’un seul. Une visite médicale épura encore le contingent mais nous ne saurons pas dans quelle proportion. De la même manière, une enquête fut réalisée pour découvrir parmi ces hommes de possibles déserteurs d’une ancienne unité afin de les renvoyer à leurs corps. Les recrues furent ensuite disséminées dans toutes les compagnies du bataillon à part égale. Un discours fermement républicain leur fut tenu :

« Après avoir fait sentir aux troupes assemblées que l’affermissement de la République dépendait essentiellement de l’unité et du civisme de tous les citoyens qui se sont voués à la défense et combien il serait dangereux de souffrir parmi eux des officiers, sous-officiers et camarades dont l’opinion républicaine ne fut pas formellement prononcé je les ai invité et même requis de me dénoncer sur ce fait ceux dont les sentiments ne seraient pas concordant aux vieux principes d’un civisme épuré, il ne m’a été porté aucune plainte ».

Nous étions en plein régime de la terreur et l’épuration de l’armée prônée par les montagnards qui tenaient le pouvoir battait son plein. La réorganisation nous présenta ce bataillon sous la forme suivante [54]:

Noms Grades Unité
Lorrin 1er chef de bataillon 6ème de l’Ain
Carron 2ème chef de bataillon Etat-major
Duchez Adjudant-major Etat-major
Bergonind Quartier-maître Etat-major
Pidoux Chirurgien-major Etat-major
Dénerieux Tambour-major Petit Etat-major
Lebrun Caporal-tambour Petit Etat-major
Fribourg Maître-tailleur Petit Etat-major
Lessieur Maître-armurier Petit Etat-major
Bousquet Maître-cordonnier Petit Etat-major
Favrot Antoine-Romain Capitaine 1ère compagnie (hôpital)
André Sébastien Capitaine 2ème compagnie
Berthet Capitaine 3ème compagnie
Chavanne Pierre-François Capitaine 4ème compagnie
Monestier François Capitaine 5ème compagnie
Albert Capitaine 6ème compagnie
Berger Jean-Claude Capitaine 7ème compagnie
Bernard François-Antoine Capitaine 8ème compagnie
Joubert Guillaume Capitaine 9ème compagnie (grenadiers)
Nicolas Capitaine détaché
? ? Canonniers

Le bataillon réorganisé comptait alors un effectif de 10 sergents majors, 38 sergents, 86 caporaux, 978 tambours et soldats. Sur ce total 946 étaient présents au corps, 68 aux hôpitaux, 96 détachés et deux en congés pour un effectif au complet de 1 112 hommes. Il fut précisé que cinq hommes étaient actuellement prisonniers de guerre et aux mains de l’ennemi. La compagnie de canonniers qui avait été ajoutée au bataillon comptait un effectif de 72 hommes sensés servir quatre pièces de 4. Le renfort du bataillon de réquisition de Trévoux arriva donc à point pour renflouer les rangs. Ce furent quatre compagnies de cette unité qui furent versées dans le 6ème de l’Ain, tandis que quatre autres compagnies attendaient à Chambéry d’être à leur tour versées dans une unité[55]. Ses rangs furent alors à nouveau remplis et le bataillon put entrer en campagne dès le printemps 1794 avec des effectifs renouvelés.

A la reprise des opérations, l’armée des Alpes sous le commandement du général Dumas se lança à l’assaut du Mont-Cenis encore sous la domination piémontaise. Les 5 et 6 avril, les troupes françaises échouèrent devant cette position. Mais le 24 avril, elles s’emparèrent du Petit Saint-Bernard et après avoir renvoyé des renforts en Maurienne le général Dumas relança ses troupes à l’assaut du Mont-Cenis. Le 14 mai, il réussit enfin à s’en emparer faisant quelques prisonniers[56]. Les Français repoussèrent même le 18 juin, une tentative de contre-attaque sur le Petit Saint-Bernard. Nous ne savons pas quel fut le rôle du bataillon mais le 20 avril, le 6ème bataillon de l’Ain fit partie de la brigade du général Voillot [57]dépendant de la 2ème division du général Dours[58]. Il était alors à La Roche et Bonneville en compagnie de l’adjudant-général Levrai. C’était une position plutôt de seconde ligne, mais le bataillon était dans un meilleur état que son confrère le 4ème de l’Ain qui fit partie de la même armée. Il comptait alors 1 019 hommes pour un effectif au complet de 1 109[59].

Au mois de juin, nous retrouvons le bataillon en position sur le Saint-Bernard avant de nouvelles opérations offensives lancées dans les Hautes-Alpes[60]. Le 20 juin, il servait dans la même brigade que le 4ème bataillon de l’Ain. Il s’agissait de la brigade Voillot qui stationna encore au Petit Saint-Bernard. Cette brigade faisait alors partie de la 2ème division du général Dours dont le quartier-général était à Chambéry. L’unité dépendait par ailleurs directement du général de division Badelaune qui avait son propre quartier-général à Moutiers. Le 6ème de l’Ain stationna très exactement au Petit Saint-Bernard et à la Thuile. Il comptait seulement 721 hommes sous les drapeaux pour un effectif au complet de 1 064 hommes. Il est à supposer que les pertes avaient été lourdes et que nombre d’hommes étaient aux hôpitaux, en convalescence ou tout simplement détachés[61].

1795 :

Le 3 mars, le général Kellermann retrouva son poste à l’armée des Alpes[62]. Cette armée devant recevoir des renforts dut prendre l’offensive aussitôt les beaux jours revenus. Avant la reprise des combats, Kellermann et les représentants du peuple Dumaz et Réal ordonnèrent la formation de trois bataillons de grenadiers réunis en réunissant les compagnies de grenadiers des unités de l’armée. La compagnie des grenadiers du 6ème était du nombre. Elle reçut l’ordre, fin avril ou début mai de rejoindre à Moutiers sa nouvelle unité dénommée, 2ème bataillon de grenadiers de l’armée des Alpes[63]. Le 4 mai, le 6ème de l’Ain qui était toujours de la brigade Voillot, cantonna au Saint-Bernard fort de 870 hommes. Quelques combats eurent lieu autour du Col du Mont qui fut pris entre les 11 et 13 mai[64]. Le 6ème bataillon de l’Ain[65] participa à cette prise dans la colonne de gauche forte de 800 hommes. Il remonta le Nant de Saint-Claude et traversa le Col de la Sachère pour atteindre la Chapelle de San-Grato, 250 hommes furent laissés sur cette position pour empêcher toute attaque de flanc des Piémontais et le reste se dirigea à l’attaque du Col. Elle dut prendre à revers les Piémontais. Les soldats se mirent en marche mais le chef de bataillon Thomas Bernard, du 4ème bataillon de l’Ain[66], commandant la colonne, un officier et 20 volontaires furent ensevelis par une avalanche. Le reste des assaillants fut forcé de se replier sur la Chapelle de San-Grato[67]. C’est la colonne de droite qui s’empara du col mais ne put progresser faute d’un effectif suffisant.

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(Attaque du Col du Mont en mai 1795 d’après Emile Gaillard « nos soldats de l’an II en Savoie)

Mais le combat n’était pas fini pour les hommes du 6ème. Les Piémontais rassemblèrent 800 hommes sur le plateau de Charpigny et firent sauter les ponts de Surier et de Chatelet pour empêcher les Français de s’aventurer dans le Valgrisanche. Le 13 mai, le duc de Montferrat, commandant des Piémontais prit la tête de quatre bataillons comptant environ 1 200 hommes et se lança à l’attaque du Petit Saint-Bernard. Ce furent les hommes du 6ème de l’Ain qui repoussèrent l’attaque piémontaise que le général Voillot jugea avoir été menée par 2 500 hommes. Le combat fut finalement assez peu virulent puisque chez les Français un officier fut pris et deux soldats blessés. Les Piémontais perdirent 30 tués et 24 prisonniers. Les Piémontais tentèrent le 22 mai de reprendre la Chapelle probablement toujours défendue par le 6ème bataillon de l’Ain mais furent repoussés. Ils abandonnèrent toute idée offensive et s’établirent dès lors un peu en arrière sur une solide position défensive. Au mois de juin, le bataillon était toujours en poste pour protéger la Tarentaise sur le Petit Saint-Bernard et le Col du Mont. Nous retrouvons le 6ème de l’Ain, dans la 2ème division du centre et en position à Séez. Les pertes avaient été lourdes, car la situation de l’armée indique qu’il comptait seulement un effectif de 480 hommes à la date du 3 juillet 1795[68].

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

Le 6ème bataillon de l’Ain fut finalement amalgamé tardivement, suite à des ordres donnés par les généraux Berthier et Piston. L’unité fut formée probablement dans le courant du mois d’octobre 1795. Deux brigades provisoires furent formées, les 200ème et 201ème provisoires. Le 6ème de l’Ain fut amalgamé avec le 3ème du Jura et le 6ème de Côte d’Or pour former la 200ème demi-brigade provisoire[69], qui devint la 200ème bis demi-brigade[70].

2ème formation :

En deuxième formation, la 200ème bis fut versée dans la 18ème demi-brigade légère de seconde formation.

Portraits :

Jean-Claude Berger, né le 26 octobre 1774, à Saint-Didier-d’Aussiat. Il entra au service, le 22 août 1792, en qualité de lieutenant dans le 6e bataillon des volontaires de l’Ain. Elu capitaine la même année, il fit les campagnes de 1792 à 1795 à l’armée des Alpes. Il commanda la 7e compagnie du 6e bataillon de volontaires de l’Ain (pluviôse an II). Il était en Italie et en Hollande, de 1796 à 1800, et en Batavie en 1801. Il se distingua le 30 mars 1799, à l’affaire de Piscanta où il reçut un coup de feu à la jambe droite, ce qui lui valut le grade de chef de bataillon (1er floréal an VII). A l’affaire d’Imbech, pendant la campagne de l’an IX, il fut blessé d’un coup de feu à la tête. La colonne qu’il commanda se trouve coupée, il parvint à lui faire traverser un fleuve sur des bateaux et la reconduit au quartier-général. Epuisé par la perte de son sang, ses soldats le portèrent du champ de bataille jusqu’au bivouac du corps d’armée. Après avoir été en garnison à Lille, durant les années 1802 et 1803, il fit partie des troupes réunies au camp d’Utrecht (1804), chevalier de la Légion d’honneur (14 juin), chef de bataillon au 18e régiment d’infanterie légère (1805). Il fut admis à la retraite (24 brumaire an XIII), pour cause d’infirmités incurables. Il vivait à Saint-Didier-sur-Chalaronne en 1816. Il mourut à Thoissey, le 21 novembre 1822[71] .

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Un grognard ancien du 6ème bataillon de l’Ain[72] :

Pierre Beaubled, né le 18 août 1775 à Châtillon-sur-Chalaronne. Le 3 août 1792, il entra au 6e bataillon de l’Ain. Elu caporal le même jour, sergent (22 avril 1793). Il passa au 18e régiment d’infanterie légère. Blessé d’un coup de feu à la jambe droite (16 brumaire an IX) au passage de la Brinta. Admis dans les chasseurs à pied de la Garde des Consuls (10 novembre 1800). Il démissionna le 28 avril 1805. Il entra au 3e régiment d’infanterie de ligne comme simple soldat (6 juin 1810), caporal (12 juin), sergent (17 juin), adjudant sous-officier (18 août 1811), sous-lieutenant au 3e régiment d’infanterie de ligne (1er octobre 1812). Le 16 septembre 1813, il fut blessé de plusieurs coups de feu et de trois coups de sabre  au combat de Goerde, devant la place d’Hambourg, lieutenant, (18 septembre 1813), chevalier de la Légion d’honneur (17 mars 1815), mis en demi-solde (21 septembre), admis à la retraite (20 mars 1816). Il mourut le 14 janvier 1839.

Article de Laurent B.

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[1] Octave Morel, Inventaire… op cit, p. 118.

[2] Eugène Deprez, Les volontaires… op cit, p. 396.

[3] Le fait est confirmé par la mort d’un engagé volontaire de Saint-Jean-sur-Reyssouze qui mourut à l’hôpital d’Etampe dans l’Essonne (91) en avril 1793. Cet homme, Charles-Joseph Rigaut fit partie de la compagnie Brégot que nous ne retrouvons pas à l’armée des Alpes. Nous ne savons pas ce que ces compagnies devinrent par la suite.

[4] AD de l’Ain, 2 L 30.

[5] Les sources que nous avons consultées ne sont pas très claires. Octave Morel signale dans son inventaire le départ de quatre compagnies du 6ème de l’Ain. Le registre des délibérations du directoire du département de l’Ain (2 L 30) qui évoque le fait, ne parle pas de ce bataillon mais de quatre compagnies sous la direction du capitaine Rouville fils. Enfin Deprez nous le verrons indique que sept compagnies de grenadiers de l’Ain étaient toujours en couverture de Paris en janvier 1793. Notre conviction est que ces compagnies sont une partie des grenadiers des 4ème et 6ème de l’Ain (Rouville était officier dans le 4ème), et une bonne partie des compagnies devant former le 1er grenadiers de l’Ain. Ce départ précipité va empêcher la formation de ce fameux 1er bataillon des grenadiers de l’Ain. Son recrutement fut difficile car il dut se faire par le biais de réquisition obligatoire. D’un autre côté les compagnies restées à Bourg ne correspondent pas dans leur composition à la constitution d’un réel bataillon d’élite que devrait être un bataillon de grenadiers. C’est ainsi que fut formé le 8ème de l’Ain confié au lieutenant-colonel Mabiez de Rouville. Tout ceci n’est qu’une hypothèse que nous avons formée avec les indices épars.

[6] Eugène Deprez, idem, p. 396. Au 24 décembre 1794, ces quatre compagnies furent incorporées dans le 21ème bataillon de réserve, AD de l’Ain, 2 L 31.

[7] 170 livres pour le capitaine André, 238 pour le capitaine Nicolas, 189 livres pour le capitaine Chavannes, AD de l’Ain, 2 L 30.

[8] La compagnie supplémentaire fut probablement l’une de celle qui marcha dès la fin du mois d’août pour rejoindre le camp de Soissons, soit quatre compagnies de « grenadiers » de l’Ain, placées sous la direction du capitaine Mabiez de Rouville. AD de l’Ain, 2 L 31.

[9] Octave Morel, Inventaire… op cit, p. 410.

[10] Il ne s’agit pas du général, mais d’un homonyme.

[11] 350 livres en tout, Octave Morel, idem, p. 124.

[12] 98 livres pour la fourniture de 14 paires de souliers, AD de l’Ain, 2 L 30.

[13] 36 138 livres, 8 sols et 2 deniers, plus 160 livres, 10 sols et 6 deniers d’emballages, idem.

[14] Dépendant l’armée des Alpes, sous le commandement du maréchal de camp d’Oraison ayant en charge les troupes du département de l’Ain. Le bataillon était considéré en première ligne, Krebs et Moris, Les campagnes dans… op cit, tome 1, p. XXXIV.

[15] Le département demanda au ministre de la guerre de lui faire parvenir  les fonds pour compléter le paiement de cette dette. L’ordre de paiement arriva au ministère, le 6 février 1793, AD de l’Ain, 2 L 31.

[16] Soit la livraison de 850 habits à 44 livres, 698 vestes à 26 livres, 1 428 culottes à 15 livres, 850 bonnets à 4 livres, 850 guêtres noires, 850 guêtres grises à 4 livres, AD de l’Ain, 2 L 31. L’ordre de payer cette dette tarde à venir. Le 27 février 1793, le citoyen Dorly, ordonnateur adjoint du ministre de la guerre, demanda au département de payer. Ce n’est que le 11 mars que le directoire délibéra enfin sur cette question, AD de l’Ain, 2 L 32.

[17] Soit 3 850 livres, Octave Morel, Inventaire… op cit, p. 142.

[18] Idem, p. 155.

[19] Le bataillon se dirigea vers la Savoie pour participer aux opérations du front. Peu de temps avant, le 26 novembre 1792, le même village donna l’étape au 2ème bataillon de l’Ardèche. Le 29 novembre et le 2 décembre ce bataillon ainsi que le 2ème bataillon de l’Ariège furent pourvus de l’étape à Belley et au Grand-Abergement. Le 6ème bataillon de l’Ain suivit sans doute le même chemin. L’étape fut donnée pour deux lieutenant-colonel, un adjudant-major, un adjudant sous-officier, un quartier-maître, un chirurgien-major, un tambour-maître, un armurier, 10 capitaines, 10 lieutenants, 10 Sous-lieutenants, 28 sergents, 907 caporaux, fusiliers et tambours, ibidem, p. 170.

[20] Soit 934 rations de viandes, pour deux lieutenants colonels, un adjudant-major, un quartier-maître, un chirurgien-major, un adjudant sous-officier, un tambour major, un armurier, 10 capitaines, dix lieutenants, dix sous-lieutenants, 28 sergents, 686 caporaux, fusiliers et tambours et 21 volontaires restés en arrière et dont l’étape avait été réservée, AD de l’Ain, 2 L 31.

[21] Le bataillon comptait alors 773 officiers et soldats dont 21 étaient restés en arrière malades ou impotents, Octave Morel, ibidem, p. 124.

[22] Idem, p. 164.

[23] François-Joseph Thorillon Du Bourg de Vacherolles (1732-1806) Soldat dès 1746 et lieutenant la même année. Servit en Allemagne (1746-1748), guerre de Sept ans (1757-1763). Chevalier de Saint-Louis (1771), lieutenant-colonel du régiment du Lyonnois (27ème), servit en 1781 et 1782 au siège et prise du fort Saint-Philippe et du camp de Saint-Roch. Colonel du 79ème d’infanterie (Boulonnois), maréchal de camp à l’armée du Midi (1792). Armée des Alpes, commandant le département de l’Isère puis Lyon (1793). Commandant le corps de la Tarentaise (mai), puis le département du Mont-Blanc, chef du corps de défense de la Savoie (juillet). Suspendu de ses fonctions (octobre). Relevé de suspension (mai 1795). En retraite et ne servit plus aux armées.

[24] Département de l’Isère en arrière de Belley. La « division » du maréchal de camp Dubourg, comprenait un bataillon réunis de grenadiers et chasseurs des 20ème, 61ème et 80ème d’infanterie, le 1er bataillon de Haute-Loire, la légion des Allobroges, un bataillon de grenadiers de l’Isère, le 6ème de l’Ain, les chasseurs volontaires de la Gironde, les chasseurs volontaires de l’Ardèche, Krebs et Moris, Les campagnes de… op cit, p. XXXVIII.

[25] Antoine-François de Rossi (1726-1800), corse enseigne au régiment Royal-Corse (1745). Lieutenant puis capitaine (1747 et 1759), chevalier de Saint-Louis (1763), lieutenant-colonel de la Légion corse (1772) puis du régiment Royal-Corse (1779), brigadier (1784). En Corse en 1790, commandant la 23ème division militaire. Commanda ensuite en Savoie (1792). Armée des Alpes (mars 1793), il défendit la vallée de Barcelonnette (juin). Destitué le 28 juin, démissionnaire pour infirmités (24 juillet), en retraite en 1795.

[26] Troupes constituées d’un bataillon de grenadiers et chasseurs réunis des 20ème, 61ème et 80ème d’infanterie, un bataillon du 59ème d’infanterie, 5ème de Gironde, 1er grenadiers de l’Isère, 6ème de l’Ain, deux compagnies de volontaires de la Gironde, 2 compagnies de volontaires de l’Ain (à la Tour du Pin), Krebs et Moris, idem, p. LXVIII.

[27] Ibidem, page LXX.

[28] Camille de Rossi (1727-1794), corse volontaire dans le Royal-Corse, 1742. Enseigne, servit en Flandres 1744-1748. Lieutenant, capitaine et chevalier de Saint-Louis, 1746, 1758 et 1763, major (1772), lieutenant-colonel du 3ème bataillon de chasseurs (1788), colonel du 91ème d’infanterie. Armée du Midi, général de division employé à l’armée des Alpes. Arrêté par ses propres soldats au camp de Barcelonnette comme soupçonné de trahison (juin 1793). Emprisonné à Grenoble, condamné à mort et guillotiné à Paris, 29 janvier 1794.

[29] Krebs et Moris, ibidem, p. LXXI.

[30] AD de l’Ain, 108 J 89.

[31] Procès-verbal de la revue d’inspection du 13 mai 1793, 108 J 89 AD de l’Ain.

[32] Jean-Denis Le Doyen (1751-1802) originaire de Liège, soldat (1765), servit de 1770 à 1783. Lieutenant (1791), capitaine à l’armée du Midi (1792), armée des Alpes (fin 1792). Chef de brigade arrêté par les insurgés lyonnais (31 mai 1793). Remis en liberté, nommé provisoirement général de brigade (21 juin). Commanda en Maurienne sous Dubourg (juillet 1793), démis de ses fonctions (octobre), sans emploi jusqu’en décembre 1794. Relevé de sa suspension et confirmé dans son grade (11 avril 1795), suspendu (25 octobre). Réintégré en novembre, commanda la place de Luxembourg (mars 1796). Commandant des troupes du département des Hautes-Alpes (septembre 1797 à février 1798), admis au traitement de réforme (mai 1798). Reprit du service à l’armée d’Italie (avril 1799), inspecteur aux revues (1800), corps expéditionnaire de Saint-Domingue (octobre 1801). Mourut sans doute des fièvres au Cap français.

[33] Dubourg ou Dornac selon les différentes sources qui confondent parfois les vallées de la Maurienne et celle de la Tarentaise, perpétrant dans le temps des erreurs.

[34] Anonyme, Les armées de… op cit, p. 12.

[35] C. Duval, L’Invasion de… op cit, pièce générale.

[36] Anonyme, idem, p. 13.

[37] Anonyme, ibidem, 14.

[38] Anonyme, Les armées… op cit, p. 18.

[39] D’après un mémoire historique du général Kellermann, C. Duval, L’invasion de… op cit, p. 34.

[40] Très étonné par la taille du calibre, nous sommes allés poser la question au Colonel Bonijoly, qui nous a répondu qu’il s’agissait de pièce d’artillerie tirant effectivement des boulets de 1 livre, selon le système Gribeauval, mais qu’il s’agissait probablement de pièces de récupération ou anciennes et non de pièces élaborées selon le matériel rénové de Gribeauval.

[41] C. Duval, L’invasion de… op cit, p. 14.

[42] Les pertes piémontaises sont à prendre avec des réserves puisque citées par le général Kellermann, idem, p. 36.

[43] Dans cette opération le 5ème bataillon de l’Isère, le 1er de Haute-Loire, des chasseurs du 1er bataillon des Basses-Alpes, de l’Ariège, un bataillon dit « de la Marine » et une compagnie du 8ème bataillon d’infanterie légère participèrent à l’attaque, Anonyme, Les armées de… op cit, p. 20.

[44] Ce bataillon sans doute décimé par l’attrition de la campagne, fut renforcé à la fin de l’année et au commencement de 1794 par de très nombreuses recrues de l’Ain, et notamment du district de Pont-de-Vaux.

[45] Il y a là quatre bataillons qui normalement devaient totaliser au moins quatre fois ce nombre. Cela nous indique bien l’état de délabrement des bataillons de cette armée et du nombre d’hommes valides et disponibles pour s’aligner en bataille.

[46] Ils s’emparèrent du commandant piémontais, et de deux officiers, de deux pièces d’artillerie de montagne, de tentes, et des mulets, Anonyme, idem, p. 21.

[47] C. Duval, L’invasion de… op cit, p. 197 et 198.

[48] Krebs et Moris, Campagnes dans… op cit, p. 292 et 293.

[49] Copie d’une lettre, 108 J 89, AD de l’Ain.

[50] Lettre du chef de bataillon Lorrin du 19 février 1794, AD de l’Ain, 108 J 89.

[51] Procès-verbal fait à Grenoble le 18 février 1794, idem.

[52] AD de l’Ain, 108 J 89.

[53] Charles-Antoine-Victor Aman agent secondaire pour l’encadrement de l’armée des Alpes.

[54] AD de l’Ain, 108 J 89.

[55] Procès-verbal du 5 février 1794, de l’agent secondaire Aman, AD de l’Ain, 108 J 89.

[56] L’attaque est menée entre autre par le 2ème bataillon du ci-devant régiment du Boulonnais, le 5ème de l’Isère, le 5ème de Rhône-et-Loire, et les 1er et 6ème de la Côte d’Or, Krebs et Moris, Campagnes dans… op cit, tome 2, p. 252.

[57] Jean-Baptiste Voillot (1766-1848), sous-lieutenant, 1er bataillon de la Côte d’Or (1791), lieutenant-colonel de ce bataillon (août 1792). Armée de Belgique 1792-1793, général de brigade (octobre 1793), armée des Alpes 1793-1796. Il se distingua aux combats des 6 et 7 mai 1794, commanda la Tarentaise (avril 1795). Il enleva dans la nuit du 11 au 12 mai le col du Mont défendu par trois rangs de retranchements superposés et 18 canons. Il fit 206 prisonniers. Commandant la 2ème division de l’armée des Alpes (juillet). Demanda sa réforme pour cause de mauvaise vue, l’obtint en mars 1796.

[58] Jean-François Dours (1739-1795), servit à Port-Mahon, en Hanovre, guerre de Sept ans. Corse (1768-1769). Réformé du service (octobre 1787). Nommé commandant de la Garde nationale de Bollène. Aide de camp du général Carteaux (juillet 1793). Participa à la répression des révoltes du Midi. Général de brigade (septembre) devant Toulon. Commandant les troupes de l’armée des Alpes devant Lyon (octobre), puis toute l’armée par intérim à la place de Doppet. Commandant la Maurienne (décembre), puis la 2ème division de l’armée des Alpes (avril 1794), et la 3ème division (avril 1795). Retiré du service, il fut assassiné à Bollène par des déserteurs, 23 décembre 1795.

[59] La brigade Voillot était constituée d’un escadron du 5ème de cavalerie, du bataillon du district de Châtillon, du 6ème bataillon de l’Ain, du 1er de la Drôme, du 1er de Mayenne-et-Loire, d’un détachement du 2ème d’artillerie et des chasseurs de la Montagne, Krebs et Moris, idem, tome 2, p. 243.

[60] En compagnie du bataillon de réquisition de Louhans, du 5ème de Rhône-et-Loire, idem, page 265.

[61] La brigade était composée du 8ème bataillon de l’Isère, des 4ème et 6ème de l’Ain, du 5ème de Rhône-et-Loire et du 6ème de la Côte d’Or, Krebs et Moris, Campagnes dans… op cit, p. 273.

[62] Forte de 26 600 hommes environ dont 20 666 hommes sous les drapeaux, 2 447 malades et 3 047 dans les dépôts, en congé ou détachés. Les troupes étaient composées de 19 bataillons d’infanterie dont le 6ème de l’Ain, de huit compagnies de hussards et de quelques compagnies d’artillerie, Anonyme, Les armées… op cit, p. 29.

[63] Formé des grenadiers du 79ème, 1er de Côte d’Or, 4ème de l’Ain, 5ème de Rhône-et-Loire, 6ème de l’Ain, 8ème de l’Isère, Krebs et Moris, idem, p. 220.

[64] Les 11 et 13 mai selon Anonyme, Les armées de la République en Savoie, le 13 mai selon Emile Gaillard, Nos soldats de l’An II en Savoie, p. 26.

[65] L’article de l’anonyme parle du 6ème bataillon de l’Ain dans la colonne Bernard mais l’article d’Emile Gaillard déjà cité indique et cite le 4ème bataillon de l’Ain dont le commandant Bernard commandait la 1ère compagnie. En l’état il ne nous a pas été possible de démêler cette confusion. A notre avis les 4ème et 6ème bataillons déjà présents ensembles dans une brigade d’infanterie en 1793, étaient toujours réunis en 1795 dans une même brigade. Les effectifs commandés par l’adjudant-général Alméras étaient d’environ 2 200 hommes ce qui correspondrait bien à la présence d’au moins deux bataillons.

[66] Né à Cormoranches, district de Châtillon-sur-Chalaronne vers 1763, Emile Gaillard, idem, p. 27.

[67] Emile Gaillard lance une polémique en parlant de cet épisode. D’après une tradition orale et l’interrogation d’anciens du pays au XXème siècle, il n’y aurait pas eu d’avalanche, la colonne du commandant Bernard aurait été dispersée par le mauvais le temps et avait rebroussé chemin sans atteindre le col. Les isolés auraient péri d’épuisement ou sous la neige, le commandant Bernard, lui-même mort de fatigue aurait été ramené sur sa position de départ au lieu-dit « les Miroirs ». Le commandant Bernard fut enseveli sur place et la tradition lui fait dire avant son départ pour l’attaque : « ou je prends le col, ou je meurs, ou je brûle le Miroir ». Emile Gaillard nous entraîne alors à travers plusieurs versions, celle du chanoine Emprin qui en 1933 indiqua qu’en 1867, furent retrouvés dans un lac les squelettes des soldats disparus au pied du glacier de la Sassière. Un autre historien, Perreau parla d’une avalanche qui aurait enseveli 22 français dont le commandant Bernard mais Emile Gaillard fait remarquer que si cela avait vraiment été, comment pourrait-on expliquer qu’en pleine tourmente les hommes du commandant Bernard auraient dégagé son corps pour le ramener le soir même au « Miroir ». Emile Gaillard citant son expérience propre, de militaire et de montagnard, pense qu’après examen de la région, les crevasses lui semble trop peu nombreuses et solidement glacées et gelées par temps de neige pour représenter un danger réel. Les quatre corps retrouvés en 1867 le furent dans le lac de Saint-Grat, ces hommes seraient tombés dans ce piège égarés par la tourmente, la colonne aurait rebroussé chemin, le commandant Bernard serait mort de froid et de fatigue. Voilà beaucoup de traditions orales, de suppositions. La chose à retenir, à ce que nous pensons c’est que le commandant Bernard mourut dans cette expédition et que ses hommes n’atteignirent jamais le col du Mont, sans compter le fait que plusieurs d’entre eux furent victimes du relief et de la dangerosité de la montagne dans de telles conditions climatiques.

[68] Krebs et Moris, Campagnes dans… op cit, tome 2, p. 321.

[69] Idem, p. 320.

[70] Bertaud et Roucaud, Registre matricule des… op cit, p. 184.

[71] Jérôme Croyet, Dictionnaire… op cit.

[72] Idem.

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