5e bataillon de l’Ain

bataillon-de-volontaires-nationaux

5ème bataillon de l’Ain[1]:

 

Date de formation : 15 août 1792.

Historique :

1792 :

Le noyau du bataillon partit de Nantua le 9 août 1792. Godet[2] nous raconte dans ses mémoires son engagement dans le bataillon :

« Enfin 1792 arrive et la deuxième levée de volontaires est appelée. J’aurais bien voulu partir avec la première en 1791, mais mon père, qui s’en doutait, me fit surveiller et je n’eus pas alors assez de résolution pour passer outre. Lors de celle de 1792 (août), d’accord avec Mercier, mon condisciple et mon ami, nous convînmes de nous abstenir de toute démonstration et d’agir comme si nous ne voulions pas céder à l’entraînement général […] Lorsque le bataillon fut formé, il partit pour Bourg et bien entendu il ne ménagea pas les épithètes à Mercier et à moi. Je crois même que les bonnes filles de Nantua nous auraient décoré chacun d’une quenouille. Notre but était atteint, nos parents nous croyaient tout à fait insensibles à l’entraînement qui appelait notre jeunesse aux frontières. Seul le frère de Mercier était dans notre confidence. Le bataillon était parti le 9 août, je crois ; c’était un samedi. Il suivit la route de Pont d’Ain pour se rendre à Bourg le second jour de bonne heure. Le samedi soir à dix heures, Mercier son frère et moi, nous partîmes aussi pour Bourg, mais en prenant la traverse par Serrières et Hautecourt, nous arrivâmes quelques heures après le bataillon. Le frère de Mercier nous avait fait ses adieux à minuit au pont de Royat. Notre apparition fit tomber en un instant les impressions fâcheuses que notre abstention avait soulevées. L’accueil qu’on nous fit nous révéla la joie que l’on ressentait de notre venue. Tout le bataillon nous fit fête et particulièrement la compagnie de Nantua qui nous ouvrit ses rangs. Mais notre résolution était prise ; nous nous étions dit en route, Mercier et moi, que si on trouvait à nous faire caporal ou sergent, nous resterions au bataillon. C’était le 5e de l’Ain. Mais, qu’en cas contraire, il valait mieux, soldat pour soldat, être dans un corps déjà instruit que dans un bataillon composé dé recrues et nous nous acheminerions sur le 2e de l’Ain qui était aux lignes de Wissembourg en présence de l’ennemi ».

Il se renforça d’une compagnie de grenadiers, formée le 15 août à Bourg, Godet fut élu sous-lieutenant comme il nous le raconte :

« Nous étions à peu près certains d’en venir là, car la formation ayant été complète à Nantua, il ne restait pas de case à remplir. Mais une bonne fortune nous vint en aide, le bataillon eut à fournir une compagnie de grenadiers. On nous engagea à y entrer, ce que nous fîmes. Les soldats nommaient leurs chefs et grâce à un habit de Ségovie, orné de larges boutons d’acier, je fus nommé, quoique bien indigne, sous‑lieutenant, et Mercier, sergent‑major. J’en avais bien un peu honte, moi officier avant de savoir ce que c’est que d’être soldat ! Mais je me fis un peu paon après avoir regardé autour de moi et après avoir vu que de nos deux sergents qui ne savaient ni lire ni écrire, l’un, que nous désignions sous le nom de sergent blanc, devait sa nomination à son habit de Royal Piémont où il avait effectivement servi, et l’autre, dit le sergent vert, était sergent par la grâce d’un habit de chasseurs à pied qu’il avait acheté dans une friperie à Saint‑Claude. Mon capitaine, à peu près illettré, avait servi dans la ligne comme grenadier et mon lieutenant, qui avait été aussi grenadier, était fils d’un huissier de Belley. Tous nos capitaines avaient été soldats et n’étaient que peu ou point lettrés, si ce n’est celui de la 8e compagnie, Chérel, l’homme plein d’esprit, de verve et de malice et ayant fait d’assez bonnes études, et Piquet, lequel était instruit mais en était comme moi à ses premières armes. Le bataillon nomme son état‑major : Verchère chef de bataillon en premier et Robin en second. Verchère, excellent homme mais absolument nul. Il avait servi mais n’avait pu dépasser le galon d’appointé. Il se retira de lui‑même par l’effet de la conviction où il était de son incapacité. Robin ayant peu d’instruction acquise, mais ardent, ambitieux, violent par caractère et d’un grand dévouement à ses devoirs, devint chef de brigade du régiment (colonel), général de brigade et général de division. Bordet fut nommé adjudant‑major et Bilon adjudant ».

 

 C’est à cette date qu’il fut officiellement formé[3]. Trois compagnies furent annoncées en garnison « jusqu’à nouvel ordre » dans la ville de Bâgé. Le 17 août, les compagnies des capitaines Troccon, Toinard et Gallioz organisèrent un tour de garde avec la Garde nationale de Bâgé-le-Châtel pour maintenir l’ordre dans la ville surpeuplée à l’arrivée des volontaires. Godet raconte : « Le bataillon, sa formation complète, fut dirigé sur Pont‑de-Vaux d’où deux compagnies, celle de grenadiers et la 6e furent détachées à Saint‑Laurent‑les‑Mâcon »[4]. Le 18 août, le département nomma Claude-François Cornaton de Pont-de-Veyle comme chirurgien-major du bataillon qui fut définitivement organisé[5]. Le 25 août, le piquet qui était fixé à huit volontaires et quatre gardes nationaux parut insuffisant puisque la municipalité l’augmenta à 18 volontaires et 6 gardes nationaux. Six postes furent organisés dans la ville, devant « les armes, devant chez Goy, devant le drapeau, la porte de l’horloge, la porte de Marcal, la porte de Mâcon ». Sans doute quelques désordres avaient forcé les officiers municipaux à organiser ce quadrillage. Le 30 septembre, les trois compagnies étaient encore présentes à Bâgé-le-Châtel puisqu’il leur fut fait lecture d’un extrait de procès-verbal de la Convention Nationale[6].

Le reste du bataillon se rendit à Pont-de-Vaux et deux compagnies dont sa 6ème et la compagnie de grenadiers stationnèrent à Saint-Laurent-sur-Saône[7]. Godet qui fit partie de la compagnie de grenadiers nous narre ce séjour ennuyeux :

« C’était en septembre 1792. Nous pûmes voir passer à Mâcon ce fameux bataillon de Marseillais, ce type vivant de la république que nous allions subir. L’enthousiasme, qui dans les premiers temps de la Révolution ne reposait que sur des idées généreuses et loyales, passait au dévergondage. On abattait les fleurs de lys, les girouettes, nos soldats se mêlaient aux acteurs de la localité. Mais malgré cela on n’en était pas à l’indiscipline, à l’insubordination, à l’immoralité. Les marchands de grains étaient traités d’accapareurs qui voulaient affamer le peuple. Nous en eûmes un bien triste exemple. Il y avait à Saint‑Laurent une dame veuve qui exerçait cette profession, la veuve Dubier. Un beau jour, la population de Mâcon s’ébranle, passe le pont, envahit la maison Dubier, jette les meubles par les fenêtres, s’empare des magasins de blé et va le répandre à pleins sacs du haut du pont dans la Saône. Infaillible moyen de préserver le peuple de la famine et de la couvrir contre les menées sataniques dont on accusait les soi-disant accapareurs »[8].

Ces deux dernières compagnies se mirent en marche pour Bourg en passant par Saint-Julien, le 11 août et le 16 septembre. L’effectif d’une compagnie cantonna également à Saint-Trivier-de-Courtes et participa à la cérémonie d’abolition de la royauté organisée le 29 septembre avec la Garde nationale du canton. Mais le 9 octobre, cette compagnie reçut l’ordre de se rendre pour le 12 au chef-lieu du département[9]. Le 10 octobre, le département reçut aussi l’ordre d’envoyer le bataillon en garnison à Saint-Genis-Pouilly pour être intégré à l’armée des Alpes. Godet nous informe de cette marche et de l’avancement de l’instruction du bataillon :

« Vers le 10 octobre, le bataillon reçut ordre de se rendre à Saint‑Genix pour y être sous le commandement du général de Montesquieu commandant l’armée qui avait envahi la Savoie, et que nous ne vîmes pas, car quelques jours après il passa la frontière. Là, notre situation changea et nous commençâmes à nous inoculer d’allure militaire. Le bataillon avait pris à sa solde la musique du régiment Royal‑Liégeois qui venait d’être licencié dans les environs de Lyon. Plusieurs sous‑officiers de ce régi­ment entrèrent chez nous comme instructeurs et un sergent­ major nommé Saive[10] échut en cette qualité à la compagnie de grenadiers. Elle dut se féliciter de cette acquisition. Saive, outre ses qualités comme instructeur, avait aussi celles qui rendent l’homme personnellement recommandable. D’une conduite et d’une tenue fort régulière, calme, ferme, il sut acquérir au milieu de nous l’estime et la considération. Il est devenu capitaine au régiment et il a pris sa retraite ayant eu les yeux perdus par suite de nos campagnes d’Egypte. »[11].

La longue litanie des factures à payer pour équiper le bataillon commença… démontrant les grandes difficultés pour le département à s’acquitter de cette tâche. Dès le 9 octobre, une ordonnance de 20 000 livres fut émise par le département pour l’équipement du 5ème bataillon[12]. Le 12 novembre, le département régla des factures à différents négociants de Lyon, pour l’équipement du bataillon, pour un total de 28 892 livres. Le 22 décembre, le département de l’Ain reçut une demande de paiement par les citoyens Biosse, Perrier et Massot résidants à Lyon, rue Trois-Carreaux et demandant le paiement de 30 000 livres pour les fournitures faites au bataillon[13]. L’investissement fut colossal si l’on juge que le directoire du département devait pourvoir à l’équipement de quatre bataillons de volontaires à cette même date. De beaux profits et de belles fortunes durent se constituer à cette époque à travers toute la France dans ces temps de malheurs.

Le bataillon fut dirigé plus tardivement sur les lieux de combat, peut-être à cause de la longueur de son équipement et de son manque d’instruction. Le 18 novembre, une partie du 5ème bataillon fut signalée en garnison à Saint-Genix d’Aoste[14]. En décembre, le bataillon passa à l’armée du Rhin après une période d’instruction. Le 5 décembre, les équipages du 5ème bataillon de l’Ain, reçurent l’étape au chef-lieu de district de Saint-Rambert. De nombreuses troupes y étaient passées précédemment[15].

1793 :

Le 1er janvier, il était en garnison à Belfort et il cantonna ensuite à Attenschwiller près d’Huningue. Il semble bien que le bataillon fut encore éparpillé. Une partie au moins de ses compagnies étaient encore dans l’Ain puisqu’un convoi militaire fut signalé par le département, le 18 février. Il concernait deux compagnies se rendant de Saint-Laurent à Saint-Julien-sur-Reyssouze et Bourg. Deux autres compagnies furent elles aussi convoyées le 18 mars, mais de Bâgé-le-Châtel à Bourg[16]. La moitié du bataillon se trouvait donc en garnison dans l’Ain, pendant que leurs camarades étaient aux frontières[17]. Cette seconde moitié semble se trouver à Saint-Amour, à 25 kms du département de l’Ain et dépendante de l’armée des Alpes. Quoi qu’il en soit le gros du bataillon cantonna dans le printemps à Lauterbourg comme nous l’indique le sous-lieutenant Godet :

« Au printemps, on nous rapprocha du théâtre de la guerre et le bataillon fut dirigé sur Lauterbourg. Là, il y avait quelques petites affaires d’avant‑postes et des prisonniers et des blessés ennemis étaient parfois ramenés. Nous allions les voir à l’hôpital et nous commencions à comprendre que la chose devenait sérieuse. On autorisa les officiers à se munir de pistolets dans les arsenaux. Je pris à mon compte deux pistolets dits à la Mandrin que je me suspendis à la ceinture avec une giberne et des cartouches. Ce petit équipage avec un sac de toile cirée pour contenir l’eau‑de‑vie, le pain et le fromage, quand il s’en rencontrait, et un sac à peau contenant tous mes effets personnels et surmonté d’un grand manteau que je m’étais fait faire en passant à Besançon, composaient un lest bien suffisant pour me préserver d’un coup de vent malgré la longue ténuité de ma personne. On forma un camp en avant des lignes de Lauterbourg, à Jockrim »[18].

Le bataillon servait alors à l’armée du Rhin et Moselle qu’il ne quitta plus jusqu’en septembre 1795[19]. Le 20 mai 1793, Une partie de sa compagnie de grenadiers combattit à l’affaire du village de Rheinzabern que nous raconte le sous-lieutenant Godet :

« Le 20 mai 1793, le bataillon avec deux pièces de campagne et quelque cavalerie fut porté en avant pour une reconnaissance. Il arriva à Rheinzabern quelque temps avant la nuit. L’infanterie fut logée dans le village avec ordre de coucher habillée, la cavalerie et l’artillerie en arrière et dehors, et une compagnie du 75e de garde en dehors de la porte, du côté de l’ennemi. On devait prendre les armes à une heure du matin, au signal accoutumé de trois coups de baguette. Le tambour de service à une heure moins cinq minutes commençait sa batterie, lorsqu’une vive fusillade se fait entendre à la porte où était la compagnie du 75e. J’étais logé au numéro cinq, près de la porte. Aussitôt que je suis dans la rue, j’aperçois une confusion épouvantable. Les hommes, les chevaux, tout se mêle ; aucune troupe n’avait eu le temps de se former au rendez‑vous. Chacun croyait la compagnie ainsi que la porte forcées et tendait, au milieu du désordre, vers la sortie du village lorsqu’après avoir passé un pont, la fusillade durant toujours, une voix crie dans l’obscurité : « Laisserons‑nous ainsi égorger nos camarades? » Cette voix fut électrique. On s’arrêta pêle‑mêle en arrière du pont et des cris : « en avant ! » ayant décidé l’offensive, on se porta au pas de course, les tambours battant la charge, vers la porte attaquée où l’on trouva la compagnie du 75e en bon ordre et l’ennemi repoussé »[20].

Le 20 août, le bataillon fut repoussé de Rülzheim vers la Lauter. Le sous-lieutenant Godet évoque ce combat :

« Les lignes d’avant‑postes tenues assez éloignées l’une de l’autre, l’ennemi à Germersheim et nous à Rülzheim. Mais le 20 août, l’ennemi se porta en avant et commença, une attaque sérieuse pour nous repousser derrière les lignes de la Lauter. On se battit dans les bois de Worth où la fusillade fut vive mais sans beaucoup d’effet, car je crois que les branches des chênes ont eu plus à souffrir de ce feu que ceux qui se battaient dessous. Cependant, nous eûmes l’adjudant Bilon tué sur place et l’adjudant‑major Bordet eût un doigt emporté. Ce n’était pas pour lui un grand dommage, car il en avait six à la main. Néanmoins il mourut de cette blessure. Repoussée derrière la ligne de Lauterbourg, la division qui la défendait reprit l’offensive le 21 août, mais nous ne pûmes pas arriver jusqu’à Worth et il nous fallut nous résoudre à la défensive. On inonda le terrain en avant de Lauterbourg jusqu’au Rhin, on abattit la lisière du bois jusqu’à Wissembourg et nous attendîmes l’ennemi derrière la ligne ainsi fortifiée »[21].

A cette date le bataillon n’avait toujours pas procédé à la mise à jour et à la confection de ses registres. Ce ne fut que le 8 octobre que le chef de bataillon Verchere écrivit au commissaire des guerres pour régulariser cette tâche. La lettre fut écrite du camp près de Schebenard sur les lignes de défenses de la Lauter :

« Sans les fréquents mouvements que nous avons fait dans le courant de ces deux derniers mois, voilà tout au plus 15 jours que nous commençons à être un peu tranquille […] nous avons éprouvé encore un petit retard dans la mauvaise volonté que beaucoup de soldats apportoient à refuser les éclaircissements nécessaires tels que le nom de leur district, département et municipalité, père et mère, ils sembloient craindre quelques engagemens en faisant cette déclaration »[22].

L’inquiétude des hommes fut donc grande de se retrouver à contracter un engagement de trois ans, comme cela se pratique dans la ligne. Pour beaucoup, leur engagement volontaire n’était qu’un coup de main temporaire donné à la Patrie pour repousser une invasion étrangère. Le comportement décrit était donc symptomatique d’une motivation amoindrie par la dureté du premier hiver passé aux armées. Le repos évoqué par le lieutenant-colonel Verchere fut de courte durée. Les alliés passèrent en effet à l’offensive dans le secteur de l’armée du Rhin, bien décidés à enfoncer les troupes républicaines. Le bataillon combattit dans les bois de Worth et défendit la fameuse ligne de Wissembourg. Cette bataille se déroula le 13 octobre, mais le bataillon participa aux opérations qui dans les jours suivants stabilisèrent la situation. En effet les coalisés du général autrichien Wurmser avaient percé et pris les fameuses lignes de Wissembourg. Ce ne fut que le 20 octobre que l’ennemi fut repoussé et qu’un équilibre s’installa. Le 30 octobre, Il fit partie de la division du général Michaud[23]. Godet évoque la situation du bataillon à cette date :

« Le temps se passa ainsi jusqu’au 20 octobre que l’ennemi attaqua la ligne avant le jour et la força près de Wissembourg. Il fit en même temps une fausse attaque sur le Rhin, à Selz, menaçant ainsi les derrières de notre droite. La position n’était plus tenable, et il fallut abandonner la ligne. La division partit vers le milieu du jour, marchant à, travers champs, et gagna Soulz. Après quelques heures de repos, elle se remit en marche et se rapprocha de Fort‑Louis. On ne nous donnait point de vivres, on n’en avait pas et le temps manquait et plus encore peut‑être une bonne organisation de ce service. Notre mouvement de retraite se continua ; nous traversâmes le bois et nous nous rencontrâmes avec un bataillon des Pyrénées‑Orientales commandé par un chef de bataillon en second, expert en manœuvres, et peut‑être le seul de nos chefs qui s’y entendît. Dans le cours de l’été, ce bataillon avait occupé Worth, conjointement avec le bataillon de grenadiers. Lorsqu’il allait manoeuvrer dans la plaine le long du Rhin, je me plaçais derrière, la digue qui borde le fleuve, et je suivais, ma théorie près de moi, les mouvements que ce chef lui faisait faire. J’ai toujours cru que ce peu d’étude, attrapée en l’air pour ainsi dire, avait décidé en moi le goût que j’ai toujours conservé pour m’instruire à fond de l’ordonnance sur les manœuvres. Des partis de cavalerie se montraient autour de nous ; on s’attendait à être chargé ; il fallait se mettre en mesure de recevoir la charge. Mais combien notre inexpérience pouvait nous être fatale, si nous avions eu affaire à un ennemi tant soit peu entreprenant. La formation d’un carré est l’affaire de quelques instants, avec des troupes qui connaissent leur besogne. Mais ici il n’en est pas ainsi. Ce chef de bataillon des Pyrénées à qui, par l’insuffisance des autres, advenait le commandement n’osa sans doute pas se hasarder à suivre la règle dans la crainte de nous voir tomber dans un désordre inextricable : il nous fit d’abord former le carré par le flanc, d’abord une face, puis une autre, et enfin après la quatrième complétée, il continua de même pour nous former sur six rangs. Quelle belle affaire pour un escadron hardi, mais ils ne nous approchèrent pas ; nous rompîmes le carré comme nous l’avions formé et nous arrivâmes contre Strasbourg, près d’une grande redoute carrée qui nous abrita, L’ennemi avait atteint son but qui était de nous enlever les lignes de Wissembourg et bloquer Landau »[24].

 

1794 :

Après ces combats, durant l’hiver 1794, le bataillon cantonna à Markholsheim près de Brisach. Il fut passé en revue le 15 janvier, comptant à ce moment 29 officiers sur 31 du complet[25]. Le bataillon se composait de 556 hommes présents au corps et avait beaucoup souffert de la campagne de 1793. S’il y avait un adjudant sous-officier, un tambour-major, trois maîtres-ouvriers, neuf sergents majors, 24 sergents, neuf caporaux-fourriers, 41 caporaux, 39 grenadiers, 417 fusiliers et 17 tambours dans le corps, les vides étaient nombreux. En effet deux fusiliers étaient en prison à Strasbourg et il manquait pour un complet de 1 040 hommes 11 sergents, 21 caporaux, 17 grenadiers, 256 fusiliers soit 305 hommes manquants. Les hôpitaux en cette période difficile étaient aussi pleins puisque 10 caporaux, huit grenadiers, 157 fusiliers et un tambour étaient actuellement malades ou blessés. C’est donc un bataillon très diminué qui s’apprêta au printemps à reprendre les combats. Pour le renforcer, des nouvelles recrues lui furent adjointes. Le 16 janvier, il fut renforcé d’un contingent de 40 hommes du district d’Ornan dans le département du Doubs. Ces recrues provenaient du 4ème bataillon du Doubs. Le citoyen Deloy, agent secondaire précisa à propos de ce renfort, qu’il avait été effectué pour compléter le 5ème de l’Ain, en vue de son incorporation dans la division dite « du moyen-Rhin ».  Après cette réorganisation le bataillon se présenta comme suit [26]:

 

Noms Grades Unité
Verchere Joseph 1er chef de bataillon 5ème de l’Ain[27]
Robin Joseph 2ème chef de bataillon Etat-major
Gaudet Maurice Adjudant-major Etat-major[28]
Jourdan Joseph Quartier-maître Etat-major
Cornaton Claude-François Chirurgien-major Etat-major
Bulliod Capitaine Compagnie de grenadiers[29]
Bernard Capitaine 1ère compagnie
Gaillot Capitaine 2ème compagnie
Billon Capitaine 3ème compagnie
Bouvet Capitaine 4ème compagnie[30]
Trocon Capitaine 5ème compagnie
Toinard Capitaine 6ème compagnie
Piquet Capitaine 7ème compagnie[31]
Cherel Capitaine 8ème compagnie[32]
? ? Canonniers
Dépiney Capitaine adjoint ?
Mollet Capitaine adjoint ?

Suite à cette réorganisation, le commissaire des guerres précisa que le bataillon avait été remis sur pied avec 41 sergents présents, 74 caporaux, 41 appointés, 766 fusiliers et 18 tambours. Ce fut donc désormais un effectif de 940 présents qui était au corps. La compagnie de canonniers qui lui fut adjointe était composée de 37 hommes dont un sergent et un caporal. Le 21 janvier 1794, un adjudant-général agent supérieur de l’armée du Rhin nota à Strasbourg quelques observations générales sur le bataillon. Nous apprenons à propos de police et de discipline que « le bataillon a toujours eu une excellente discipline et a été à l’avant-garde toute la campagne ». La tenue et l’instruction du bataillon étaient satisfaisantes puisqu’il fut indiqué que « ce corps est bien tenu et bien instruit ». Au printemps 1794, il fut envoyé à Bitche et s’établit aux avant-postes de Pirmasens. Le 3 juillet, il combattit à l’affaire de Trippstadt sur la route de Kaiserslautern. Godet nous raconte cette affaire qui fut chaude pour le bataillon :

« La division dont le bataillon faisait partie fut chargée de reconnaître la route de Kaiserslautern et d’insulter Trippstadt. C’est un bourg bâti sur la croupe d’une montagne et environné de bois ; la route de Kaiserslautern le traverse ; l’abord en est fort difficile. Il est couvert par un vallon boisé, étroit, parcouru par un ruisseau qui fait mouvoir un martinet. Ce fut par le sentier qui mène à ce martinet que le bataillon fut dirigé pour, au‑delà, gravir la montagne et déboucher entre le bourg en avant duquel nous trouvâmes les Prussiens en belle tenue et défendant l’approche. Ils étaient en position avec du canon, la partie n’était pas égale. Après une tentative inutile pendant laquelle un obus éclata au pied de notre drapeau et causa bien du mal, le bataillon se rejeta dans le bois sous les coups de boulet et de mitraille qui rompaient, abattaient les branches, au-dessus de nous. A peine entrés dans le bois, on se souvint qu’une trentaine de tirailleurs détachés en avant dans un bouquet d’arbres étaient encore aux prises il fallait que quelqu’un retournât pour les rappeler. Je me dévouai et reparus sur le terrain découvert que nous venions de quitter. J’appelai, je fis des signes, enfin je fus aperçu je me jetai de nouveau dans le bois sous l’accompagnement de tous les projectiles dirigés sur moi mais qui heureusement ne m’atteignirent pas. Redescendu dans le ravin, je partageai ma petite provision avec le lieutenant Maissiat[33] et au moment où j’en tendais un modeste fragment au tambour Ramel[34], un boulet vint passer entre nous et faillit emporter la main dispensatrice. “Otons‑nous, dis‑je, il semble qu’ils nous en veulent toujours”. Il faisait très chaud. Il n’y avait qu’une seule auge où les chevaux et les gens se désaltéraient, un peu d’eau‑de‑vie mêlée à l’eau corrigeait un peu l’irrégularité de cette fraîche. On passa la nuit en cet endroit, garnissant de toutes nos pièces de quatre la cou­pure qui donnait accès vers le Martinet »[35].

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

Le 13 juillet 1794, le 5ème bataillon de l’Ain fut amalgamé, avec le 4ème bataillon des ci-devant chasseurs corses  et le 1er bataillon de la Creuse pour former la 4ème demi-brigade légère.

2ème formation :

En deuxième formation, la 4ème légère devint la  21ème demi-brigade légère au cours de l’année 1796. Elle fusionna avec la 14ème  bis pour former cette unité.

Portrait :

Louis-Nicolas Roux, né à Macon le 3 août 1769, fils de Pierre et Jeanne Chatenay. Son père avait un frère Jean-Baptiste, le chamoiseur de Pont-de-Vaux ; leurs parents étaient René et Marie Michaudon. Louis Roux partit avec les volontaires de l’Ain qui le nommèrent lieutenant le 16 septembre 1792, dans leur 5e bataillon qui combattit à Valmy le 22 septembre 1792. Il passa avec son bataillon le 19 thermidor de l’an II dans la formation de la 4e demi-brigade légère de première formation qui faisait partie de l’armée du Rhin. En 1796, le 26 février, la 4e demi-brigade légère de première formation en seconde formation dans la 21e demi-brigade légère à l’armée de Rhin et Moselle. Fin 1796, la 21e légère passa à l’armée d’Italie où elle combattit sous les ordres de Bonaparte en 1797 et 1798. Fin 1798, la 21e légère passa à l’armée d’Egypte et le lieutenant Roux y fut nommé capitaine le 1er brumaire an VII (1799). Il participa à la campagne d’Egypte puis rentra en France fin 1801. En 1803, la 21e légère avec la réforme régimentaire devint 21e régiment d’infanterie légère et fut stationné au Puy-en-Velay. Louis Roux se maria le 2 ventôse an XI (21 février 1803) avec Sylvie Grand, fille d’un négociant du Puy-en-Velay. Ces témoins étaient un capitaine et un lieutenant.
Ce qui est intéressant dans cette union, c’est d’abord que la mère de Sylvie Grand appartenait à une très riche famille de fabricants et de marchands en coutellerie puis en rubans (évolution fréquente) de Saint-Etienne, les Peyret-Dubois. Il venait d’un milieu de marchands et il y  retourna, une partie de sa descendance s’ancra dans la région. La vie aventureuse ne les tenta pas jusqu’au milieu du XXe siècle où certains s’éloignèrent. Un d’entre eux devînt militaire ce qui lui permit de vadrouiller un peu partout en France, un peu en Allemagne et pas mal au Sahara. Quant à Louis Roux, il eut trois enfants : un fils (1807) et deux filles (1809 et 1815). A la naissance de la première, il était déclaré absent pour cause de voyage. Mais le mystère demeure sur l’objet de ce déplacement. La monotonie de la vie de sédentaire ou un problème à résoudre dans le Mâconnais ? Une des deux filles mourut à l’adolescence et l’autre épousa un professeur. La lecture de l’acte de mariage de sa fille démontre qu’il fréquentait le milieu enseignant : professeur, maître de musique, censeur, proviseur. Le fils hérita d’une partie des terres et des bâtiments (maison forte) achetés par son grand-père maternel lors de la vente des biens appartenant à la Congrégation des Chevaliers de Malte en 1793. Ces biens avaient été adjugés 83000 livres ce qui était une somme très importante. Ce fils, Félix semble avoir eu une longue vie de célibataire avec quelques conséquences car l’année précédent son mariage tardif (40 ans), il fit un testament où il donna ses biens à un autre cultivateur à la condition qu’il versa 3 000 francs à une certaine Marie Chacornac. Il épousa une fille de cultivateurs d’un village voisin propriétaires sans doute assez aisés au vu des terres possédées. Ils eurent onze enfants mais les deux premiers moururent avant l’âge d’un an. Les neuf autres arrivèrent à l’âge adulte et se partagèrent les terres. Leurs héritiers se les rachetèrent les uns les autres et à ce jour, une partie des descendants les cultivent toujours. Louis Roux fut affecté à la 50e  demi-brigade de ligne au Puy. Cette demi-brigade forma plus tard le 86e régiment d’infanterie avec lequel mon grand-père, arrière-petit-fils du capitaine Roux servit durant la Grande Guerre de 14-18. Il démissionna de l’armée en 1804 (12 germinal an XII) et mourut le 2 juillet 1841 au Puy-en-Velay[36].

Article de Laurent B.

sehri

[1] Parcours établi par Jérôme Croyet dans La feuille de route N° 26  de novembre 2003, éditée par l’association maréchal Suchet, armée des Alpes ».

[2] Godet était né le 14 avril 1773, à Saint-Germain-en-Joux, il écrivit ses mémoires à son retour des campagnes de la Révolution et de l’Empire.

[3] Eugène Deprez, Les volontaires… op cit, p. 396.

[4] Jérôme Croyet, Mémoires de Godet, mémoires à paraître.

[5] Octave Morel, Inventaire… op cit, p. 118.

[6] AD de l’Ain, AC de Bâgé-le-Châtel, registre des délibérations, REV 3.

[7] Ces compagnies se rendirent ensuite à Saint-Julien puis Bourg. Les citoyens Pierre Garnier, Philibert Primet, Jean de Morion, François Garnier, Philibert Mornand, Louis de Montfort demandèrent une indemnisation le 18 février 1793, pour avoir transporté les équipages de la compagnie, des chevaux de selle aux officiers des deux compagnies du 5ème bataillon en déplacement, AD de l’Ain, 2 L 31.

[8] Jérôme Croyet, Mémoires de Godet, op cit.

[9] AD de l’Ain, registre des délibérations de Saint-Trivier, Fond Catherin.

[10] François Saive, né à Liège en 1766. Il servit au régiment Royal-Liégeois de 1788 à 1792 et termina sergent-major. Incorporé (9 octobre 1792), sous-lieutenant (21 août 1793). A la 4ème puis à la 21ème demi-brigade légère, il fut nommé lieutenant (22 octobre 1798). Aide de camp du général Robin (10 décembre). Il fut nommé capitaine sur le champ de bataille d’Aboukir, où il reçut un coup de feu à la tête (26 juillet 1799). De nouveau à la 21ème demi-brigade légère (18 avril 1800), il était présumé mort en Egypte le 7 juillet 1801.

[11] Jérôme Croyet, idem.

[12] Octave Morel, Inventaire… op cit, p. 410.

[13] Le directoire du département déclare ne pouvoir ordonner ce mandat n’ayant pas de pouvoirs en la matière. Le département déclare devoir écrire au ministère de la guerre pour obtenir les fonds nécessaires. L’ordre de paiement arrive du ministère le 6 février 1793, AD de l’Ain, 2 L 31.

[14] Krebs et Moris, Les campagnes dans… op cit, tome 1, p. XXXIV.

[15] 1er bataillon des Hautes-Alpes, équipages du bataillon de l’Isère, convoi de malades du 11ème de chasseurs entre le 14 et 19 décembre, Octave Morel, idem, p. 159.

[16] Le nommé Joseph Vanaret-Cuvillière du 5ème de l’Ain fut libéré des prisons de Bourg. Il dut rejoindre son domicile mais après 10 jours dut fournir un remplaçant ou rejoindre son corps. L’ordre d’élargissement fut donné le 19 mars 1793. Il s’agissait d’un déserteur, citoyen de la commune de Villebois. AD de l’Ain, 2 L 32.

[17] Le 19 mars, le volontaire Vanaret-Cuvillière de Villebois, fut élargi à la condition qu’il rejoigne son corps ou fournisse un remplaçant.

[18] Jérôme Croyet, Mémoires de… op cit.

[19] Eugène Deprez, Les volontaires… op cit, p. 396.

[20] Jérôme Croyet, idem.

[21] Jérôme Croyet, Mémoires de… op cit.

[22] Lettre du 8 octobre 1793 du citoyen Joseph Verchere, AD de l’Ain, 108 J 88.

[23] Division composée des 11ème, 37ème, 40ème et 79ème régiment, des 3ème et 7ème de Haute-Saône, 5ème de l’Ain, 3ème de Charente-Inférieure, 1er des Pyrénées-Orientales, 3ème de Rhône-et-Loire et d’une compagnie franche, Arthur Chuquet, Wissembourg… op cit, p. 192.

[24] Jérôme Croyet, Mémoires de… op cit.

[25] Un officier à l’hôpital, un autre, un capitaine en prison à Strasbourg, AD de l’Ain 108 J 88.

[26] AD de l’Ain, 108 J 88.

[27] Joseph Verchere, né à Nantua en 1756. Il servit comme fusilier durant 12 années dans l’armée d’Ancien Régime. Il fut nommé lieutenant-colonel commandant du 5ème de l’Ain, à sa formation. Il chercha à éviter cette nomination mais il fut maintenu à son grade. Il fut tué le 20 septembre 1794, sur les hauteurs de Kaiserslautern. Jérôme Croyet, Mémoires de… op cit.

[28] A la formation du bataillon, le poste était occupé par Michel Bordet, tué à ce grade le 20 août 1793, sylvestre Bilon occupait le poste d’adjudant dans l’Etat-Major et fut tué le même jour d’un boulet de canon, Bordet fut lui-même remplacé par Godet. Idem.

[29] Eustache Bulliot, né à Nantua en 1766. Il servit durant six mois dans le régiment de Soubise. Capitaine des grenadiers lors de la formation du bataillon. A la 4ème puis à la 21ème demi-brigade légère, il est blessé en Egypte le 9 mars 1799. Il mourut le lendemain. Ibidem.

[30] Jean-Baptiste Bouvert, né à Vieu d’Yzenave, dans l’Ain. Il servit durant deux ans et six mois dans le corps royal d’artillerie. Elu capitaine de la 4ème compagnie lors de la formation du bataillon, il fut tué à l’ennemi le 20 septembre 1794. Ibidem.

[31] François Piquet, né à Groissiat dans l’Ain. Elu capitaine à la formation du bataillon. Nommé chef de bataillon après l’affaire de Kaiserslautern dans la deuxième partie de l’année 1794, Godet décrivit un drôle de personnage : « Piquet avait sans doute les moyens et l’instruction suffisantes, mais il était mou, apathique, insouciant et trop ami du repos ; il ajouta par la suite à toutes ces imperfections l’immense défaut pour un chef de se livrer à la boisson, de sorte qu’on ne le voyait, même en Egypte, sans une bouteille d’eau de vie qui se balançait dans sa longue poche et dont l’usage immodéré l’a tué ». Nous le retrouvons chef de bataillon de la 21ème demi-brigade légère en 1799. Il mourut de maladie au Caire, le 6 juin 1800. Ibidem.

[32] Claude Cherel, né à Hautecourt dans l’Ain. Il servit comme soldat dans le régiment de Béarn entre 1782 et 1784 puis dans le régiment de Hainaut de 1785 à 1788. Elu capitaine lors de la formation du bataillon, il fut chef de bataillon dans la 21ème demi-brigade légère en 1801. A la retraite en 1807, membre de la Légion d’honneur. Ibidem.

[33] Michel Maissiat, né le 19 septembre 1770 à Nantua. Elu lieutenant au 5ème bataillon de l’Ain, nous le retrouvons adjoint à l’Etat-major général (25 octobre 1794). Ingénieur-géographe (19 mai 1795), capitaine dans le même corps (23 septembre 1800), chef d’escadron toujours dans ce corps (26 février 1814). Professeur de topographie à l’Ecole de l’Etat-major (1818), chevalier de la Légion d’honneur et chevalier de l’Ordre de Saint-Louis. Il mourut à Paris, le 4 août 1822.

[34] Agé de 16 ans à son incorporation lors de la formation du bataillon.

[35] Jérôme Croyet, Mémoires de… op cit.

[36] Toutes ses informations ont été communiquées par une descendante de Louis-Nicolas Roux, Madame Françoise Chosson et la majorité des informations elles-mêmes récoltées par son grand-père vétéran de 14-18. La seule mention qui n’a pas été conservée dans cette biographie est celle qu’il aurait servi à la bataille de Valmy en septembre 1792. Ce fait est très improbable, le bataillon ne se trouva pas dans une des armées qui combattit lors de cette bataille, ni de l’Armée du Nord, ni de l’Armée du Centre ou de la Moselle, mais à l’Armée du Rhin, très loin du théâtre d’opération de l’Argonne. Cette tradition orale est soit erronée, soit bien réelle, dans ce cas, Louis Roux aurait pu servir dans une autre unité que le 5e de l’Ain avant de le rejoindre pour une raison quelconque (notamment en ayant été un volontaire de 1791 et en étant rentré dans ses foyers comme l’autorisait la loi dans l’hiver 1792-1793, et en ayant par la suite intégré le bataillon avec les recrues de renfort pour compléter les bataillons), mais notre sentiment est qu’il ne participa à cette bataille. L’interrogation de Madame Chosson sur sa démission en 1804 peut se résumer par un besoin d’en finir avec la vie militaire, il se trouvait dès lors marié et établit à partir de 1803, sans doute lassé par 12 ans de services dans l’armée républicaine, quasiment toutes en temps de guerre. Terminant au grade de capitaine, cet officier ne fut pas proposé pour la Légion d’honneur, il fit pourtant les campagnes d’Italie et d’Egypte avec bravoure comme tout un chacun dans ces années de la saga révolutionnaire, surtout en atteignant le grade de capitaine et en servant si longtemps. N’ayant pas reçu d’armes d’honneur, il n’était pas automatiquement par droit admis dans l’ordre. Il est étonnant toutefois qu’il ne se trouva d’aucunes promotions de l’ordre de sa création en 1802, jusqu’à sa démission en 1804. Son dossier à Vincennes répondrait assurément à bien des questions, l’hypothèse possible est qu’il était opposé au général Bonaparte, et de fait au coup d’Etat du 18 brumaire et plus encore à l’Empire. Vieux volontaire, notamment originaire de la fameuse armée du Rhin, très républicaine et dont beaucoup de ses chefs furent récalcitrants à la prise de pouvoir de Napoléon (Bernadotte, Moreau parmi les plus célèbres), il pourrait bien avoir également donné sa démission pour une raison politique en plus du fort attrait d’une vie maritale rangée.

Publicités