9e bataillon de l’Ain

bataillon-de-volontaires-nationaux

9ème bataillon de l’Ain ou 1er bataillon de Châtillon (du district de) :

 

Date de formation : novembre 1793.

Formation :

Le 9ème bataillon de l’Ain vit sa naissance après l’ordre de licenciement du bataillon formé pour aller combattre au siège de Lyon. Le 1er bataillon de Châtillon fit partie des bataillons de district formés et envoyés également à Lyon. Mais il y arriva plus tardivement et ne participa pas à l’écrasement des insurgés lyonnais. Le 6 novembre 1793, l’ordre de dispersion fut donné, après celui d’autres unités provisoires dont des unités de district comme le bataillon de Bourg ou celui de Pont-de-Vaux. Mais dès le 8 novembre, les requis de première réquisition revenus dans leur foyer furent rappelés sous les drapeaux. Ce rappel correspondait à l’ordre de marche des bataillons des districts du département de l’Ain pour la levée en masse. C’est ainsi que le 1er bataillon de Châtillon[1] arriva à Bourg-en-Bresse pour y être organisé. C’est lui qui selon Deprez devint le 9ème du département de l’Ain. Le 18 novembre 1793 est la date donnée par Deprez[2], pour la formation du 9ème bataillon de l’Ain, sous le commandement du lieutenant-colonel Defranc. Belhomme indique quant à lui le 13 janvier 1793. Il s’agit là d’une erreur que nous ne pouvons cependant expliquer.

La date donnée par Deprez s’attache à la création officielle de l’unité, après la revue passée au département et par le service de santé. Le bataillon existait en fait depuis son départ de Châtillon-sur-Chalaronne, puisqu’il reçut des vivres le 17 novembre 1793, en même temps que le 1er bataillon du district de Pont-de-Vaux. Le 18, le citoyen Chambre fut nommé officier de santé du bataillon. Le 26 novembre 1793, le département paya les frais de transports des sacs des volontaires du bataillon. Le 27 novembre, les désertions étaient déjà nombreuses dans ses rangs puisque le département prit des mesures pour faire rejoindre les hommes qui n’avaient pas manqué de rentrer chez eux à la première occasion. Le bataillon resta en garnison pour être équipé, à Bourg, jusqu’en mars 1794 environ.

Historique :

1794 :

Le lieutenant-colonel Defranc, commandant de l’unité, obtint le 29 mars, auprès du département un congé de 15 jours alors « que le bataillon se dirige actuellement pour Carouge[3] ». Il obtint aussi le droit de requérir toutes les armes « bonnes ou mauvaises » en possession des gardes nationales du département ou des particuliers[4]. Cet ordre indique bien que le bataillon était parti sans avoir son équipement au complet et manquant certainement d’armes. Les précédentes levées avaient sévèrement épuisé les capacités du département de l’Ain à réquisitionner des armes.

Le droit octroyé au lieutenant-Colonel Defranc devait lui permettre de mettre la main sur les armes des gardes nationales dont son bataillon traverserait le territoire, jusqu’en Savoie. En effet l’unité arriva à l’armée des Alpes où elle entra dans la brigade du général Voillot de la 2ème division des généraux Dours et Pouget. Le quartier-général de cette brigade était effectivement à Carrouges où le bataillon stationna le 20 avril, avec un effectif de 906 hommes pour un complet de 1 038[5]. Le 19 avril, le fait fut confirmé par une lettre du volontaire Louis Dresin qui écrivit à ses parents résidants à Tossiat pour qu’il puisse recevoir les secours aux familles[6] :

« Fait à Saint-Julien, le 30 germinal, l’an II […] Mon cher père, j’ai reçu votre lettre par laquelle vous me demandez une lettre, depuis faite par mon capitaine et signée de mon commandant et de mon quartier-maître et du capitaine. Je suis fâché de ne pas vous l’avoir envoyé plus tôt mais je vous dirais que je n’ai pas put la faire faire plus tôt. Mon cher père, vous direz à mon beau-frère que sitôt la présente reçu, de me venir me voir tout de suite s’il est possible. S’il ne peut pas venir, vous me donnerez tout de suite de vos nouvelles et vous me donnerez des nouvelles si vous avez reçu le présent certificat. Je fais bien des compliments à mon père et à ma mère et à mes frères et à ma sœur et à mon beau-frère et à tous mes parents et à tout ceux qui parle de moi. Je n’ai plus rien à envoyer pour le présent. Je finis en vous embrassant de tout mon cœur et je suis pour la vie votre très humble et obéissant serviteur et je suis en attente de l’arrivée de mon frère ou en attente de vos nouvelles, salut et fraternité, mon adresse est Louis Dresin, volontaire à la 8ème compagnie du bataillon du district de Châtillon-sur-Chalaronne en Dombes, en garnison à Saint-Jullien de une lieue de Carrouge, proche de Genève et district et canton de Carrouge, département du Mont-Blanc ».

Le 4 mai, il était toujours en position à Carouges où il tenait tranquillement garnison. Le capitaine Chambard, commandant de la compagnie de grenadiers du bataillon écrivit une lettre à la municipalité de Beaupont pour les remercier de l’envoi d’une somme d’argent à partager entre les différents hommes originaires de cette localité[7] :

« Armée des Alpes, […] je ne peux que louanger les officiers municipaux de Beaupont des ressouvenances de leur civisme et de leur vrai républicanisme au sujet du cadeau que vous avez eu la bonté de faire aux braves volontaires qui sortent de la municipalité de Beaupont. Je vous en remercie pour eux. Ce sont tous des bons enfants et qui veulent servir la République en vrais républicains. François Daujat les a soldé ladite somme excepté Jean-Marie Pernodet qui va la confier à moi-même et je peux bien lui solder quand il arrivera à Carouges. Il doit arriver au premier jour, je l’avait laissé à Grenoble en partant à l’hôpital pour la gale, lui et Pierre Colet et j’ai reçu de leurs nouvelles qui doivent arriver à Carouges au 1er jour et je me fais un vrai plaisir de lui remettre la dite somme savoir chacun ce qui a délivré en ma présence à Carouges à savoir :

François Colin, François Volot, Jean-Marie Pernaudet (que j’ai entre les mains), François-Germain Taillier, Claude Borge, Jean-Claude Monin, Claude Gira domestique de Benoit Gate, Claude Laurent domestique, François Novette, Louis Morand, Denis-Michel Grand Nez, Joseph Poncet, tous pour 10 livres chacun, 12 hommes soldés qui je le vérifie moi-même et que je vous en remercie tous en général et je vous souhaite à tous parfaite santé. Vive la République et les républicains du pays, de leur bon souvenir de leur enfant, Chambard capitaine des grenadiers du bataillon de Châtillon ».

 

En juin, il était en réserve de l’armée, avec le bataillon de la Montagne, le 1er bataillon des tirailleurs de la frontière et un bataillon de réquisitionnaires de Bourg[8]. Mais le 20 juin, il fut signalé comme étant en route pour rejoindre l’armée du Rhin avec le 8ème bataillon de l’Ain[9]. En effet l’armée du Rhin venait de subir un grave échec, le 26 mai, à la bataille de Kaiserlautern. Dès le 4 juin, le comité de Salut Public demanda au général Dumas commandant l’armée des Alpes de diriger 15 bataillons vers cette armée. Le bataillon se mit en marche le 16 juin de son cantonnement de Ferney-Voltaire[10]. Il devait rejoindre Colmar mais nous le retrouvons grâce à une lettre d’Antoine Chambard, caporal à la 1ère compagnie du 9ème bataillon de l’Ain. Il écrivit à son père Claude résidant à Pont-de-Veyle :

« A la citadelle de Strasbourg […] Mon très cher père, je prend la liberté de mettre ma plume à la main pour m’informer de l’état de votre santé, mais pour ce qui regarde la mienne, elle n’est pas bonne depuis longtemps. Je suis à l’hôpital très misérable. J’ai tout dépensé l’argent que j’avais. Je n’ai pas le sou. Je vous prie, mon cher père, de m’envoyer, j’en ai besoin. Je vous dirai qu’un écu de 6 livres vaut plus que vingt-cinq livres en assignats avec ces coquins d’allemands. Je vous dirai, mon cher père, que j’ai bien reçu le paquet que vous m’avez envoyé avec la lettre qu’il y avait dedans et les 5 livres et la chemise avec du fil qui m’ont bien fait plaisir, il m’a coûté 7 livres de poste. […] Mon cher père, aussitôt que je serai dans l’hôpital, je vous enverrai un bon certificat signé du conseil d’administration de mon bataillon […] mon adresse est au citoyen Antoine Chambard, caporal dans la 1ère compagnie du 9ème bataillon de l’Ain en garnison dans la citadelle de Strasbourg, département du Bas-Rhin, ce 18 ventôse troisième année républicaine »[11].

La lettre ne nous apprend pas grand-chose, sauf qu’il cantonna durant l’hiver à Strasbourg dans une position confortable. Le 9 octobre, le conseil d’administration fit parvenir une délibération au département de l’Ain à propos du quartier-maître trésorier D’Angeville. Nous apprenons que D’Angeville avait été nommé à cette place le 18 novembre 1793 et :

« Qu’il n’entendit que la voix de ses concitoyens, que son patriotisme et son courage et un sentiment profond de reconnoissance lui faisant oublier la faiblesse de son phisique, il suivit avec ardeur ses braves frères d’armes, et qu’il a fait jusqu’à ce jour tout ce qu’il a pu pour mériter la confiance de la République et la leur. Mais que le délabrement total de sa santé constaté par divers rapports de gens de l’art, ne lui permettant plus de remplir ses fonctions, il invite le conseil d’administration à approuver sa retraitte et a lui octroyer un congé absolu. A ajouté le citoyen Dangeville que ses regrets égaloient son amour pour la patrie et son dévouement à ses camarades, qu’on pouvoit d’autant moins en doutter qu’en quittant ses frères d’armes, il laissoit parmi eux un fils d’autant plus digne de sa tendresse, qu’il avoit toujours bien rempli ses devoirs et n’avoit point consulté l’âge pour marcher à la défense de la patrie, qu’enfin il ne pouvoit se consoler que par l’idée du plaisir qu’il auroit encore dans sa retraitte et ses infirmités, à admirer et à soutenir autant que possible les ouvrages immortels de la Convention Nationale, à inspier au dernier de ses enfants toutes les vertus républicaines et à raconter à tous ceux qui n’ont pas quitté leurs foyers les jouissances de l’état militaire lorqu’on combat pour la liberté, que les chefs sont dignes de leurs places et que le soldat est aussi brave que docile »[12].

Le conseil d’administration du bataillon lui octroya sa retraite et le cartouche de fin de service. A cette date, le bataillon était encore en garnison à Strasbourg dans le camp de l’Ile du Rhin.

1795 :

Le nommé Vaulpré fut désigné à la place de Dangeville pour le poste de quartier-maître trésorier. Le 9 mars, nous apprenons par une lettre du caporal Antoine Chambard, que le bataillon était encore en garnison à Strasbourg[13] :

« Armée du Rhin, liberté, égalité, à la citadelle de Strasbourg, ce 18 ventôse, troisième année républicaine. Mont très cher père, je prend la liberté de mettre ma plume à la main pour m’informer de l’état de votre santé, mais pour ce qui regarde la mienne, elle n’est pas bonne depuis longtemps. Je suis à l’hôpital, très misérable. J’ai tout dépensé l’argent que j’avais, je n’ai plus le sou. Je vous prie mon cher père de m’envoyer, j’en ai besoin. Je vous dirai qu’un écu de 6 livres vaut plus que 25 livres en assignat avec ces coquins d’allemands. Je vous dirai mon cher père que j’ai bien reçu le paquet que vous m’avez envoyé avec la lettre qu’il y avait dedans et les 5 livres et la chemise avec du fil qui m’ont fait bien du plaisir. Il m’a coûté 7 livres de poste, je vous marquais, mon cher père de m’envoyer 20 livres en assignat et du numéraire, ce qui vous pourrez me ferai bien du plaisir. Mon cher père, aussitôt que je serais dans l’hôpital, je vous enverrai un bon certificat signé du conseil d’administration de mon bataillon. Rien autre chose à vous marquer pour le présent sinon que je vous fais très bien mes compliments et à mon frère Claude. Vous ferez réponse tout de suite, sitôt la présente reçue. Mon adresse est au citoyen Antoine Chambard, caporal dans la 1ère compagnie du 9ème bataillon de l’Ain en garnison dans la citadelle de Strasbourg, département du Bas-Rhin ».

 

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

Le bataillon fut finalement amalgamé en première formation dans la 17ème bis demi-brigade légère. Cet amalgame eut lieu à Sassenheim le 19 juin 1795, avec le 9ème de l’Ain, le 17ème bis Chasseurs et le 2ème de l’Allier[14].

2ème formation :

Nous retrouvons ces restes en deuxième formation dans la 26ème demi-brigade légère de seconde formation. Cet amalgame eut lieu à Strasbourg, le 18 juin 1796. La 17ème bis demi-brigade légère de première formation fut amalgamée à la 16ème bis demi-brigade légère également de première formation pour former la 26ème demi-brigade légère de seconde formation[15].

État-major et conseil d’administration du bataillon en octobre 1794 :

 

Noms Grades Unité
Defranc Lieutenant-colonel 9ème de l’Ain
Dangeville Quartier-maître trésorier Etat-major
Vaulpré[16] Quartier-maître trésorier Etat-major
Desmaret Adjudant-major Etat-major
Villier Capitaine ?
Chambard[17] Capitaine Compagnie des grenadiers
Fillon Sous-lieutenant ?
Rivière Sergent-major ?
Renaud Sergent ?
Bernard Sergent ?
Jerciot Caporal-fourier ?
Chambard Antoine[18] Caporal 1ère compagnie
Tournier Fusilier ?
Page Fusilier ?
Vecat Fusilier ?

Portrait :

Un grognard ancien du 9ème de l’Ain[19] : Roch Barrit, né le dimanche 25 mars 1770 à Châtillon-sur-Chalaronne. Il entra au 9e bataillon de l’Ain (29 août 1793). Il entra à la 17e bis demi-brigade légère de première formation (25 brumaire an II), capitaine à la 26e demi-brigade légère de seconde formation (1er vendémiaire an VII), il servit à la 1ère compagnie de voltigeurs. Chevalier de la Légion d’honneur (14 mars 1806). Il combattit et fut blessé à la jambe gauche au combat de Hoff, veille de la bataille d’Eylau (6 février 1807). Il fut gravement blessé d’un coup de feu à l’épaule gauche à Ebersberg (13 mai 1809), chef de bataillon (11 avril 1809), officier de la Légion d’honneur (23 juin 1810). Major en second, il fut tué à Oboïarszino, le 24 août 1812.

 Article de Laurent B.

sehri

[1] Octave Morel, Inventaire des archives de la Révolution du département de l’Ain, p. 195.

[2] Dans son ouvrage sur les volontaires nationaux.

[3] La localité de Carouge est actuellement dans le canton de Genève en Suisse, mais en 1786 Victor-Amédée II maître de la Savoie en fit un chef-lieu de province qui comptait une partie de la région aujourd’hui française de Saint-Julien (Haute-Savoie).

[4] Octave Morel, déjà cité, p. 207.

[5] Le bataillon est dans la même unité que le 6ème de l’Ain, Krebs et Moris, Campagnes dans les Alpes, tome 2, p. 243.

[6] Jérôme Croyet, Pour la Nation… op cit.

[7] Idem, Monsieur Croyet indique par une faute probable de frappe qu’il s’agit du 3ème de l’Ain, mais il s’agit bien du 9ème.

[8] Krebs et Moris, Campagnes dans… op cit, p. 265.

[9] Il n’est pas possible en l’état de dire s’il s’agit du 8ème de l’Ain, ou du 8ème bis de l’Ain. Le premier formé en 1792 et le second en 1793. Les troupes envoyées en renfort furent le 8ème de l’Ain, les 1er et 2ème du Rhône, le 4ème d’infanterie légère, le 5ème ces Côtes-maritimes, les 1ères et 2ème légions des Alpes, le 2ème bataillon des tirailleurs de la frontière, le bataillon de Châtillon et le bataillon de Villefranche, idem, p. 272.

[10] Dix furent détachés pour l’armée du Rhin, la 2ème légion des Alpes, la 1ère légion de Montlyon, le 8ème de l’Ain, 1er du Rhône, 5ème des Côtes-Maritimes, la 4ème légère, le 2ème du Rhône, bataillon de Villefranche, bataillon de Châtillon (9ème de l’Ain) et le 2ème des tirailleurs de frontière, ibidem, p. 127 et 128.

[11] Lettre du 8 mars 1795, Jérôme Croyet, Pour la Nation… op cit.

[12] AD de l’Ain, 2 L 37.

[13] Jérôme Croyet, Pour la Nation… op cit.

[14] Belhomme, Histoire de l’infanterie de France, page 104.

[15] Idem.

[16] Lieutenant dans le bataillon avant sa nomination en remplacement de D’angeville.

[17] Il ne faisait pas partie du conseil d’administration du bataillon.

[18] Le seul homme de cette liste avec le capitaine Chambard qui ne fasse pas partie du conseil d’administration du bataillon.

[19] Jérôme Croyet, Dictionnaire… op cit.

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