Compagnies franches de l’Ain

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Compagnies franches de l’Ain[1]:

 

Suite à leur création, par le décret du 31 mai 1792, 54 compagnies franches furent créées, composées de 200 hommes sur l’ensemble du territoire français.  Dans le département de l’Ain, trois compagnies se formèrent, notamment dans les districts de Bourg, de Trévoux et de Montmerle[2].

Dans le courant du mois d’août 1792, la menace de flanc que représentaient les Piémontais qui contrôlaient la Savoie et le comté de Nice, se précisa. C’est par réquisition du général en chef de l’armée du Midi, qu’un bataillon de grenadiers de l’Ain commença difficilement sa formation. C’est très certainement par une création du même commandement que les compagnies franches de l’Ain furent organisées comme en témoigne l’annulation de l’engagement de François Galland. Natif de Bourg, cet homme s’enrôla le 30 septembre 1792 dans la compagnie franche dite « de Bourg ».  L’engagement eut lieu par devant la municipalité de Bourg et précise qu’il « s’agit de servir dans les compagnies franches de l’Armée du Midy ». L’homme passa la visite médicale et son engagement fut annulé par le directoire du département le 9 octobre suivant : « le citoyen Battier, chirurgien, atteste que le dit Galliand à une grande blessure sur le genou droit à la vérité guérie mais la dite blessure luy a occasionné des varices très considérables dans la partie externe du même genou, qui peuvent s’ouvrir dans la marche et le mettent par conséquent hors d’état de servir ». L’homme fut autorisé à rentrer chez lui, mais dut rembourser la somme de 109 livres, 18 sols et 9 deniers. Soit 64 livres, dont 40 livres représentant la moitié de sa prime d’engagement à verser au district, 24 livres pour indemnité de faux frais de recrutement, plus 40 livres représentant le reste de sa prime d’engagement et 5 livres, 18 sols et 9 deniers représentant sa solde jusqu’au jour de sa réforme… Nous n’en saurons pas plus pour l’instant sur le cheminement de cette unité.

Nous savons cependant par quelques recherches effectuées par Monsieur Croyet, que la ville de Trévoux fut désignée comme étant le dépôt de trois compagnies franches. Un patriote savoisien nommé Caffe organisa dans cette ville une compagnie de volontaires. Le 7 septembre, le district de Trévoux fut chargé d’organiser le logement destiné aux futurs engagés. Le 8, d’après les ordres d’un aide de camp de l’armée du Midi, la municipalité de Trévoux nomma un commissaire pour veiller au recrutement des volontaires devant former ces trois compagnies franches. A la même époque la compagnie franche de Bourg se forma. Des volontaires du district de Montluel s’y engagèrent les 17 et 18 octobre 1792. Le 5 novembre, un déserteur polonais du nom de Kuuschenski, qui venait de Maubeuge et avait déserté un régiment de uhlans fut signalé par le directoire du département comme s’étant engagé dans une compagnie franche le 22 septembre dernier. Nous ne savons pas quelle était la raison de sa présence à Bourg, mais il demanda et reçut une partie de sa prime d’engagement soit une somme de 25 livres[3]. Le 15 novembre, le capitaine Lafond que nous retrouverons plus loin fit une demande de remboursement pour les frais qu’il avait engagé de sa poche afin de recruter 62 hommes dans sa compagnie franche. La demande de frais d’engagement était importante, Lafond réclama la somme de 620 livres moins 24 livres rendus par le nommé Gallion ayant donné plus tard sa dédite de son engagement. Contre toute attente, le directoire du département se retranchant derrière les lois, déclara ne pouvoir accéder à sa demande. Le capitaine Lafond fut très certainement effaré de cette réponse. Ce manque de moyen sera dans l’Ain, le quotidien des compagnies franches[4].

C’est à la date du 17 octobre, que le Journal de Lyon publia une annonce reproduisant l’affiche de recrutement des volontaires des compagnies franches. Nous avons donc à cette époque la compagnie de Bourg en formation au chef-lieu du département, la compagnie de Trévoux en formation dans cette ville, ainsi qu’une compagnie franche de Savoisiens également en formation dans cette localité. Enfin la compagnie de Montmerle fut organisée dans ce lieu. Les débuts furent laborieux, Monsieur Croyet cite une lettre de la municipalité de Trévoux au général Kellermann datant du 16 janvier 1793 : « L’état de nudité et de dénuement où se trouvent les deux compagnies franches cantonnées dans ce district […] ne permet pas aux recrues de s’y fixer »[5]. Nous sommes loin des 200 hommes fixés par la loi de création, la compagnie Lafond arrivé à Trévoux le 31 décembre 1792, ne comptait que 107 hommes. La démotivation et l’extrême dénuement matériel de ces hommes, provoqua des désertions. Malgré quatre enrôlements, dès le 2 janvier 1793, la compagnie ne présentait plus qu’un effectif de 86 hommes. La compagnie Cavallier de Montmerle était dans la même situation, sinon pire, puisqu’elle ne comptait plus au 14 janvier 1793, qu’un effectif de 58 hommes, malgré l’arrivée de 26 recrues. Le capitaine Lafond conscient de la précarité de ces engagements appela à l’aide le général Kellermann : « de fréquentes désertions d’où il résulte nécessairement une perte pour les finances et les forces de la République […] les soldats de la compagnie Lafond méditent une désertion totale s’ils ne sont point habillés avant la fin du mois »[6].

Le 18 janvier 1793, le quartier-général de l’armée des Alpes à Chambéry donna un ordre signé de l’adjoint à l’Etat-major Duperrier, de faire partir les compagnies franches en garnison à Trévoux et à Montmerle. Elles devaient toutes deux partir les 22 et 23 janvier, pour se rendre en garnison à Romans, localité qu’elles devaient atteindre les 29 et 30 janvier 1793. Le département revu l’ordre de route, l’Etat-major étant mal informé et pensant la compagnie de Trévoux, en garnison à Châtillon. L’ordre de route de la compagnie de Trévoux spécifiait, qu’elle partirait le 24 janvier pour atteindre Lyon. Elle devait ensuite marcher entre le 25 et le 26 janvier sur Vienne. Le 27, elle devait être à la Côte-Saint-André, le 28 à Roibon et le 29 à Romans[7]. Nous perdons dès lors leurs traces.

Dans l’Ain, nous trouvons traces d’une autre unité irrégulière, la Légion franche des Alpes. Il semble bien qu’au début de 1793, cette unité cantonna toute ou partie au chef-lieu du département. Le 5 février 1793, le département indiqua la présence de deux déserteurs autrichiens : Henry Schaft et Erahd Ouctainer. Ils avaient reçu un ordre de route délivré à Metz le 14 janvier dernier et arrivaient de Luxembourg. Le 31 janvier, les deux hommes arrivèrent à Mâcon où ils contractèrent un engagement dans la Légion franche des Alpes devant la municipalité. Le 3 février, ils étaient à Bourg et prêtèrent le serment de servir la République devant les officiers municipaux de Bourg. Les deux hommes réclamèrent alors la prime pour frais d’engagement accordée par la loi du 3 août 1792, d’un montant de 50 livres. Le département ne fit pas de difficulté pour leur accorder en sus une pension viagère de 100 livres payable tous les trois mois, tout le temps qu’ils résideraient en France et sur preuve qu’ils servaient bien dans les armées françaises[8].

Cependant, une nouvelle compagnie franche fut levée dans le district de Belley, au moment de la formation d’un bataillon de réquisition devant partir pour mater la rébellion des habitants de Lyon. Cette compagnie devait comprendre 146 hommes et une section de 15 grenadiers. Les enrôlés provenaient également du district de Saint-Rambert. Dès le 3 août 1793, 42 hommes étaient inscrits sur le registre d’enrôlement. Le district fournit 24 fusils, à charge pour les municipalités des enrôlés de fournir le restant de l’équipement et de l’habillement. Le 5 août, la confection de l’habillement démarra et la compagnie fut entièrement formée dès le 11 août 1793. Le commandement fut confié à Joseph Boget. Aussitôt dirigée sur la ville de Lyon, son équipement était loin d’être au complet. En septembre et en octobre le district de Belley en était encore à négocier et conclure des marchés avec des fournisseurs pour achever l’habillement et l’équipement. Passée en revue, le 5 décembre 1793, elle comprenait un effectif de 76 hommes, sans compter deux malades et 14 absents[9]. L’effectif se décomposait d’un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent-major, deux sergents, un caporal-fourrier, quatre caporaux, deux tambours et 79 fusiliers, rejoints pendant l’hiver 93-94 par quelques Bressans. C’est à cette époque que la compagnie reçut enfin des effets d’habillements militaires, son apparence devant jusqu’à ce moment, laisser beaucoup à désirer. Les dernières livraisons de fournitures intervinrent en juin 1794. Entre temps, la compagnie franche de Belley fut dissoute pour devenir la 8ème compagnie du bataillon des grenadiers de l’Ain durant l’automne 93. Belhomme indique le licenciement d’une compagnie des sans-culottes de Belley, qui fut licencié le 31 janvier 1794, à Bourg. Mais cette information est à prendre avec beaucoup de précaution, et nous ne pouvons dire si elle concerne bien la compagnie franche de Belley[10].

Article de Laurent B. dessin de Didier Davin (diverses compagnies franches à l’époque de la Révolution française au niveau national).

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[1] Mis à part le premier paragraphe, l’ensemble de ces recherches ont été effectuées par Jérôme Croyet et relatées dans le numéro spécial « Corps irréguliers », de la Feuille de Route n° 38 de l’association maréchal Suchet.

[2] Eugène Deprez, Les volontaires… op cit, p. 396.

[3] AD de l’Ain, 2 L 30.

[4] Le directoire s’appuya sur le fait que les lois s’appliquaient exclusivement aux troupes de ligne et qu’il n’était pas autorisé à rembourser des frais occasionnés par des troupes irrégulières, AD de l’Ain, 2 L 30.

[5] De se fixer dans les compagnies franches en question, Jérôme Croyet « Les compagnies franches de 1792 », Feuille de Route n° 38.

[6] Cité par Monsieur Croyet, déjà cité et d’après les registres de correspondance du directoire de Trévoux, AD de l’Ain, 12 L.

[7] Ordre de marche, AD de l’Ain, 2 L 31.

[8] AD de l’Ain, 2 L 31.

[9] D’après Jérôme Croyet, Corps irréguliers… op cit.

[10] Belhomme, Histoire de… op cit, p. 59.

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