Bataillon de Sèvres et Charente ou 1er bataillon Le Vengeur

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Bataillon de Sèvres et Charente, ou 1er bataillon dit Le Vengeur, ou 2ème bataillon de la « Vendée », ou bataillon des Vengeurs, ou 3e bataillon des Deux-Sèvres :

Date de formation : 19 mai 1793. Bataillon mixte départemental formé sans doute à Niort ou dans un autre camp républicain autour de la Vendée avec des volontaires des Deux-Sèvres et de la Charente. Il s’agissait d’hommes de la levée des 300 000 hommes dirigés sur la Vendée.

Formation :

Sa dénomination elle-même donne matière à s’interroger car plusieurs bataillons portèrent le surnom de Vengeur. Un internaute ayant travaillé sur ce cas nous indique que ce bataillon est probablement confondu par moment avec le 3ème bataillon de la Vienne et avec le 3ème bataillon des Deux-Sèvres :

« Une appellation semble moins sujette à polémique : celle de 1er bataillon Le Vengeur des Deux-Sèvres et la Charente, plus souvent résumé à 1er bataillon Le Vengeur. Le bataillon en question ne semble pas avoir été formé le 16 mai mais le 19. A Vincennes, on peut lire en effet qu’il fut formé : à Fontenay-le Peuple, le 19 mai 1793, par ordre du Conseil exécutif provisoire, sous la surveillance de l’adjudant-général Sandoz ».


Cependant, concernant l’historique de la 10ème demi-brigade où le Vengeur fut versé, on apprend que l’adoption du fameux surnom correspond aux lendemains de la bataille du 16 mai, alors que l’unité existait déjà :


« Ce bataillon avait pris part à la bataille de Fontenay, du 16 mai, où les brigands furent battus et perdirent 32 pièces de canon ; le courage qu’il déploya dans cette affaire lui valut le surnom de Vengeur. »


Le journal du volontaire charentais Pierre Commandon va plus dans le sens du premier document :


« Le 19, on nous organise en bataillon. Nous prenons la désignation de premier le vengeur des Deux-Sèvres et Charente. Le citoyen Lecomte, de Niort, est nommé commandant de notre bataillon ».

Il fut formé selon Belhomme1 le 1er mai 1793, à Tours, avec quatre compagnies de réquisitionnaires des Charentes et quatre compagnies de réquisitionnaires des Deux-Sèvres. Il participa peut-être à la bataille de Fontenay (16 mai 1793), et prit plus tard le nom de bataillon des Vengeurs, si l’on s’en tient à la thèse d’une formation plus précoce, celle donnée par Belhomme paraissant cohérente, ce qui avaliserait la participation du bataillon dit alors de Sèvres et Charente à cette bataille. Il prendrait ensuite le surnom de Vengeur après avoir été définitivement organisé à Fontenay, le 19 mai.

Émile Gabory, qui le confond peut-être avec un autre, précise qu’il fut recruté à partir de septembre 1792, dans le département des Deux-Sèvres, en Vendée et dans les deux Charentes.

Historique :

1793 :

Le général Sandoz suite à la première bataille de Fontenay (16 mai) écrivit :


« Le lendemain 16, l’ennemi eut l’imprudence d’oser avancer sur la plaine qui entoure la ville, enorgueilli du petit succès qu’il avait eu à la Châtaigneraie. Il a été cruellement humilié par la déroute complète qu’il a éprouvée ; le général Chalbos, qui commandait la cavalerie, et moi qui commandais l’infanterie, avons tellement été secondés par le courage de nos braves soldats, que nous avons battu les révoltés à plate couture. Gloire à tous nos soldats, particulièrement aux héros des compagnies franches de la Gironde, aux braves volontaires du 4ème bataillon de l’Hérault, du 3ème bataillon de la Vienne, qui à bon droit s’est donné le surnom de Vengeur, de celui de Sèvre-et-Charente, de celui de la Charente-Inférieure qui a pris et mérité le surnom de Républicain ; enfin tous, jusqu’à nos recrues, ont bravé la mort et vengé la liberté. Plus de dix pièces de canon de 4 et de 8 leur ont été enlevées avec quatorze ou quinze de petit calibre. Telle a été leur déroute, qu’ils ont laissé à notre disposition leurs vivres et leurs munitions de guerre en bonne quantité ; enfin la très sainte armée catholique est aux abois, et a mille fois plus de confiance dans ses jambes que dans le Dieu qu’elle outrage. »

Commandé par le lieutenant-colonel Lecomte, il combattit ensuite aux trois batailles de Luçon (28 juin, 30 juillet et 14 août), et à la 2ème bataille de Pont-Charrault sous les ordres respectivement des généraux Sandoz et Tuncq. Le 28 juin, alors que les bandes de Royrand approchaient de Luçon, il était commandé par la capitaine de dragons Boussier, qui le maintînt au feu et le forma en carré. Il arrêta toutes les tentatives d’assaut des vendéens, leur causant 400 morts, une centaine de prisonniers, et leur prenant du canon et un drapeau. Il combattit encore avec valeur le 24 juillet, commandé par le général Tuncq, à l’attaque du Pont-Charrault, la clef de la Vendée centrale. Après une manœuvre de flanquement de l’adjudant-général Canier, qui contourna l’ennemi, les soldats du bataillon abordèrent la position de front et achevèrent la victoire, après avoir été un temps cloué sur place par une fusillade nourrie. Pour autant Émile Gabory écrit à son sujet :

« le fameux bataillon Le Vengeur passe pour avoir été l’un des premiers à incendier, et ce fut pourtant l’une des meilleures unités républicaines, deux fois il contribua à sauver Luçon ».

Le 4 septembre, la division de Luçon passa à l’offensive, sous les ordres de Tuncq qui commandait 8 000 hommes. Elle quitta la ligne de la rivière Lay et s’avança sur Chantonnay (4 septembre). Le lendemain, l’adjudant-général Lecomte qui formait l’avant-garde, se trouva dans la plaine des Roches-Baritaud en présence du gros des forces des généraux Royrand, d’Elbée, Lescure et Stofflet, soit environ 25 000 à 30 000 hommes. Lescure tourna les forces républicaines en utilisant parfaitement les couverts du bocage. Il ne fut pas repéré. A cinq heures du soir, le 8 septembre, un duel d’artillerie s’engagea entre les deux armées. Stofflet, d’Elbée et Bonchamps s’élancèrent, partout les blancs triomphaient, Stofflet à droite, d’Elbée au centre, Bonchamps à gauche. Stofflet après une heure de combat acharné enfonça les bataillons républicains, le reste de l’armée fut prise de panique, l’adjudant-général Marceau tenta de faire charger la cavalerie, elle s’y refusa, la déroute fut complète.

Le bataillon Le Vengeur se sacrifia mais ne put empêcher par son héroïsme la défaite. Les bleus laissèrent sur le terrain beaucoup de matériel, les blancs ramassant quantité de munitions et d’armes, ainsi que le fruit de tous les pillages des jours précédents, formidable butin. L’adjudant-général Lecomte fut grièvement blessé, Tuncq qui n’avait pas commandé en chef et qui n’était pas présent fut considéré comme le vaincu de la journée. Convoqué à Paris, il fut immédiatement incarcéré, il eut la chance de rester en prison jusqu’au 9 thermidor, il fut ensuite libéré. Cette défaite compromettait toute l’offensive lancée par l’Armée des Côtes de la Rochelle. Le trou opéré par les Vendéens dans le dispositif, contraignit le général et incompétent Rossignol, à ordonner la retraite des autres colonnes… mais il ne prit pas la peine de prévenir son collègue de l’Armée de Brest, Canclaux, enfoncé en pays vendéen avec l’Armée de Mayence… Le bataillon Le Vengeur avait été quasiment anéanti dans la bataille de Chantonnay.

1794 :

Il subsistait toutefois un noyau, et un an jour pour jour après la déroute de Chantonnay, le bataillon recomplété avec des réquisitionnaires comprenait un effectif de 1 100 hommes. Il fut entre-temps envoyé au repos à Cognac et reconstitué notamment avec l’apport de 500 ou 700 réquisitionnaires de la Dordogne. Le 23 août, il occupait le poste de Saint-Ouen, position dans laquelle il se trouvait encore le 14 septembre. Il servait dans les rangs de la division de Luçon. L’adjudant-général Marrot et sa compagnie de canonniers (qui existait depuis le 26 mai 1793) était alors dans la place de Luçon. D’après Didier Davin, elle réclama le 28 fructidor An 2, des équipements, tels qu’une cinquantaine de culottes, paire de guêtres et chapeaux, 30 habits et et cols, 6 havresacs et d’autres menus choses. D’août 1794 à mars 1795, il cantonna à Luçon et dans ses environs.

1795 :

Un peu moins de quatre mois avant la prise de Charette, les Vengeurs participèrent à la dernière victoire du Roi de la Vendée. Début décembre, le bataillon du Vengeur (475 hommes) faisait partie de la colonne de l’adjudant général François Watrin ; colonne où l’on comptait aussi la 107ème demi-brigade, les chasseurs de Cassel, le 4ème bataillon de la Dordogne, le 14ème bataillon d’Orléans et une poignée de cavaliers. Le 5 décembre, trois jours après avoir reçu de nouvelles instructions lui ordonnant de poursuivre Charette, Watrin subissait un échec aux Quatre-Chemins. Le jour même, il écrivait à Hoche son rapport sur la malheureuse affaire :


« Je vous écris les larmes aux yeux, de voir que des soldats, dans la bravoure desquels j’avais tant de confiance, se sont laissés surprendre et dérouter pour un moment par les brigands. Ce soir, sur les trois heures, la 107e demi-brigade fut vigoureusement attaquée par les rebelles, qui l’ont cernée de toutes parts, en sortant des bois qui environnent le château de l’Oie. Il ne restait qu’environ 800 hommes qui, saisis d’une terreur panique, ont pris la fuite à toutes jambes et n’ont pas voulu se rallier à la voix de leurs chefs. Les brigands les ont chargés jusqu’à la moitié de la route des Quatre-Chemins à Saint-Fulgent, et en ont tué ou blessé environ une cinquantaine. Au bruit de la fusillade, j’ai de suite envoyé deux compagnies de grenadiers, et, un moment après, un chasseur d’ordonnance est venu me dire que la troupe se déroutait. J’ai marché sur-le-champ, avec les bataillons le Vengeur et de la Dordogne. A notre aspect, les brigands ont pris la déroute et nous nous sommes emparés de la position du château de l’Oie. Il est malheureux que la nuit soit venue sitôt ; nous les eussions poursuivis plus avant et aurions repris notre revanche. Toutes les baraques ont été brûlées, la majeure partie des sacs pris ainsi que deux drapeaux, restés dans l’église. Qu’il est dur mon général d’avoir à vous annoncer de pareilles nouvelles. Le commandant de la demi-brigade et le chef de bataillon ont fait leur devoir en bon militaire, mais le soldat, lâche, n’a pas obéi à leurs ordres. Il faudrait dans cet endroit au moins 30 hommes de cavalerie, car les brigands en avaient beaucoup, parmi lesquels on a très bien distingué des panaches, des ceintures et de beaux habits rouges. Je saurai, dans peu, quels étaient ces brillants cavaliers. Je suis ici sans chirurgien. J’ai 29 blessés que j’enverrai demain à Montaigu. Demain, à la pointe du jour, j’irai avec quatre compagnies, revoir la 107e, pour l’encourager, et je fouillerai les bois en m’en revenant. Je ne puis concevoir comment cette demi-brigade, qui s’est si bien distingué au Nord, se laisse battre et épouvanter par des brigands. C’est le sort des troupes venues des armées extérieures. Ils m’ont bien promis de venger leurs camarades. J’ai le cœur navré de douleur, mais je ne suis pas découragé. »

1796 :


Au petit matin du 23 mars, Charette et une petite poignée de fidèles étaient délogés de la ferme de la Pellerinière sur la commune du Grand-Luc par la colonne du chef de bataillon Gaultier, franchissaient la Boulogne et filaient finalement jusqu’au hameau de la Guyonnière. Là, vers 9 heures, Charette dut faire face à une nouvelle colonne, celle-ci commandée par l’adjudant-général Valentin. Une nouvelle fois, les rebelles prirent la fuite, mais poursuivis, furent rejoints au Sableau. Charette évacua encore une fois la position et disparut dans le bocage, retraitant vers le bois des Essarts où il comptait trouvait un sûr asile. Les hommes de Valentin, exténués par la course, abandonnèrent la poursuite. Ce fut à la Boulaye, vers 11 heures, que Charette et ses hommes tombèrent sur les hommes du Vengeur tiré du cantonnement de Saint-Fulgent : 80 grenadiers, menés par le chef de bataillon Dupuis, qui venaient de fouiller le bois de l’Essart. La fusillade fut courte. Le chef vendéen, dont les hommes n’étaient plus qu’une trentaine, fuit à nouveau et dirigea sa course vers la Morinière et le Fossé, puis s’engagea vers le bois de la Chabotterie (en vert clair sur les cartes). A la sortie du taillis, à la Grande Chevasse, il donna sur une nouvelle troupe : la colonne de l’adjudant-général Travot. Charette rebroussa alors chemin vers le bois de la Chabotterie, le traversa et fila vers la ferme du Fossé où les Vengeurs de Dupuis lui barrèrent le chemin. Pris entre deux feux, ayant donné l’ordre à ses derniers hommes de se disperser, Charette, blessé, n’allait pas tarder à tomber entre les hommes du 1
er bataillon des Chasseurs de montagne du capitaine Vergez.

Trois rapports où le Vengeur est cité :

« Charette exténué de fatigue ainsi que ceux qui était avec lui pensa se jeter dans une embuscade des grenadiers du bataillon Le Vengeur, se rejeta sur la colonne de l’adjudant-général Travot, à laquelle se réunirent ces mêmes grenadiers. » (Général Grigny, chef d’état-major de la division sud à Hédouville, 24 mars 1796).

« Charette s’est jeté sur le détachement du Vengeur, que j’avais donné ordre au commandant Dupuis d’envoyer du côté des Brouzils ou de Grâlas. De là, Charette, tout essoufflé, est enfin tombé sur la colonne de Travot, qui lui a tué presque tous ceux qui le suivaient encore et l’a pris, vivant, entre deux morts. » (Grigny à Hoche, 31 mars 1796).

« Ma troupe était composée des chasseurs à cheval de la Vendée, des chasseurs des montagnes et de 80 hommes du bataillon le Vengeur. » (Travot à Hoche, 7 avril 1796).

Embrigadement/amalgame :

1ère formation :

Néant.

2e formation :

D’après Belhomme, le bataillon de Falaise, le bataillon des Vengeurs (qu’il donne incorrectement pour être du département de la Vendée), le 4ème bataillon de la formation d’Orléans et le 2ème bataillon de l’Ain furent versés dans ses rangs le 25 novembre 1796 à Strasbourg dans la 10ème demi-brigade de ligne.

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Portraits :

Charles-Jacques Boutillier 8ème fils de René-Marin Boutillier de la Chèze grand-père maternel de Marin, natif de Mortagne :

« Il y vint un fils de mon ayeul qui s’était engagé dans les volontaires et qui avait été détaché dans la Vendée pour y combattre dans le bataillon des Vengeurs. Son opinion très exaltée en faveur de la Révolution, lui inspira en ma présence des propos si inconvenants sur mon père que j’en éprouvais une indignation marquée, mon ayeul le blâmait de son républicanisme outré et tâchait de le ramener à des sentiments plus modérés mais il ne put y parvenir ».

Il mourut peu après le 3 octobre 1794, lieutenant au 1er bataillon d’élite, 2ème compagnie, il fut emporté par une fièvre putride, à l’hospice militaire ambulant de l’Espérance, commune de la Rochelle »2.

René-Louis Lecomte, né à Fontenay-le-Comte en Vendée en 1764. Pilotin à bord du Saint-Michel (1779), timonier (1780), il servit sous Suffren aux Indes (1781-1783). Soldat au régiment d’Austrasie, il entra le premier dans les retranchements de Gondelour, défendus par les Anglais. Nommé sergent-major, il rentra en France et obtint un congé (1785). S’engagea volontaire au 3ème bataillon des volontaires des Deux-Sèvres. Commandant provisoire le bataillon (septembre 1792), chef de bataillon (novembre). Élu chef de bataillon, au bataillon Le Vengeur (27 février 1793). Il décida de la bataille de Luçon (28 juin), et passa adjudant-général (juillet). Il se distingua au combat du Pont-Charron (24 juillet), et passa général de brigade (30 juillet), employé à l’Armée des Côtes de la Rochelle. Il fut battu à Chantonnay et blessé (5 septembre), et se replia sur Luçon, il fut proposé général de division, mais fut blessé d’une balle, lors du combat de Châtillon, (11 ou 13 octobre), il succomba à sa blessure (15 octobre).

Louis Monet, il succéda à Lecomte à la tête du bataillon. Il fut fusillé après la bataille de Chatonnay qui eut lieu le 5 septembre 1793. La mort de Monet contée dans les Mémoires de Mme de Sapinaud :


« Après la bataille de Chantonnay, Sapinaud nous avait envoyé trois cents prisonniers, parmi lesquels se trouvait le commandant des Vengeurs, qui mettait partout le feu : ils arrivèrent à Mortagne sur les huit heures du soir; comme ils passaient devant ma porte, je descendis pour les voir. Il y avait quatre ou cinq prêtres qui faisaient peur ; la honte était peinte sur leur visage ; ils marchaient les yeux égarés, n’osant les fixer sur personne. Je parlai au commandant : il était richement habillé, et s’appelait Monet; il avait pour compagnon d’infortune un jeune homme de Mortagne que je fus bien étonnée de voir parmi les prisonniers : son père et sa mère ne tardèrent pas à venir me demander sa grâce. Je fus bien fâchée de ne pouvoir la leur accorder ; j’envoyai un exprès à Sapinaud ; en attendant, on les conduisit en prison, ainsi que le commandant Monet. Ce dernier m’écrivit le lendemain une lettre conçue en ces termes : « Madame, mon beau-frère, M. Garnier, a dû sa délivrance à vos bontés ; elles me font oser les réclamer, et vous prier d’avoir pitié de mon sort ; je suis fils unique ; mon père et ma mère, qui m’aiment plus qu’eux-mêmes , donneraient volontiers leur vie et leur fortune pour me racheter. Demandez-leur pour les pauvres une somme considérable, et ils s’empresseront de vous l’envoyer. Vous êtes mère, et si vos enfants éprouvent un jour les mêmes revers que moi, Dieu leur fera trouver des âmes sensibles qui seront pour eux ce que vous êtes pour moi. Votre serviteur, Monet. J’envoyai cette lettre à M. de Cumont qui commandait en l’absence de M. de la Verrie, et lui écrivis moi-même pour lui recommander cet infortuné jeune homme. Quoiqu’il fût très coupable, je désirais qu’on pût lui pardonner. La vue du malheur change la vengeance en pitié. M. de Cumont me répondit que la mort la plus affreuse serait encore trop douce pour un pareil homme. Hélas ! Dis-je en moi-même, il penserait autrement s’il avait le cœur d’une mère. Je ne savais comment annoncer cette triste nouvelle à ce jeune colonel ; je pris le parti de lui écrire cette lettre : Monsieur, Je suis au désespoir de ne pouvoir suivre le penchant de mon cœur, il serait de vous rendre à vos parents chéris. Oui, Monsieur, leur infortune et la vôtre me font sentir que je suis mère et que je souhaite vous en servir. Je souhaite vivement, si l’on s’oppose à ce que je sauve votre corps, pouvoir au moins sauver votre âme. Prenant donc tous les sentiments de celle qui vous donna le jour, j’oserai vous rappeler votre conduite passée, non pour ajouter à votre douleur, mais pour faire naître votre repentir. Représentez-vous les mères malheureuses que vous avez privées de leurs maris; songez au sort de ces veuves éplorées, ne sachant où trouver un abri, et plus inconsolables encore par la vue de leurs pauvres petits orphelins : il en est une quantité dans cette ville qui demandent votre tête pour apaiser les cendres de leurs époux et de leurs enfants. M. Niveleau, jeune homme de cette ville, est dans la même position. Son père, sa mère et ses sœurs, demandent avec instance leur fils et leur frère ; leurs prières et leurs larmes n’obtiendront rien : sa mort est résolue. Jetez-vous, Monsieur, entre les bras de Dieu, Dieu qui seul nous reçoit et nous accueille en père, quand tout nous abandonne sur la terre. Remerciez-le de ne vous avoir pas privé de la vie dans les combats. Il a versé son sang pour vous, versez le vôtre peur lui. Eh ! Pourquoi ne lui feriez-vous pas ce sacrifice ? Il lui sera cher et précieux, et vous ne tarderez pas à en recevoir la récompense. Encore quelques moments, et vous serez en sa présence ; je le prie instamment de vous pardonner; et vous, Monsieur, ne m’oubliez pas dans son séjour. Je vous quitte les larmes aux yeux et le cœur percé de douleur. » La geôlière me dit qu’il avait versé un torrent de larmes en lisant ma lettre. « Il faut mourir, lui dit-il, faites-moi venir un prêtre. » Dès le soir même il se confessa, et le lendemain au matin il s’examina de nouveau et se confessa encore. Le prêtre lui apprit, ainsi qu’à ses camarades, qu’ils ne verraient pas la fin de la journée. M. Monet, loin de s’abandonner à l’effroi, sembla reprendre courage. Son espoir en Dieu remplaça la crainte : il marcha quelque temps après au supplice avec le plus grand calme. Le royaliste chargé de commander cette expédition, en revint navré de tristesse. « Comme vous voilà changé ! lui dis-je. — Cela vient de la peine que j’ai éprouvée, me dit-il; j’ai toujours peinte devant les yeux la mort du colonel Monet. Son supplice m’a fait une impression que je ne puis effacer. Voici les dernières paroles qu’il a adressées à ses compagnons d’infortune : « Mes amis, il n’est pas de crimes que nous n’ayons commis ; la mort que nous allons souffrir est trop douce pour les expier, et elle nous serait inutile, si elle n’était accompagnée d’un sincère repentir. Demandons-le avec instance au Seigneur, par l’intercession de sa mère, et élevons nos cœurs vers lui : disons ensemble un Pater et un Ave. — Il fit ses prières avec une émotion touchante; et, les ayant achevées, il se mit à genoux, baisa la terre, et nous dit après s’être relevé : « Mes amis, faites votre devoir. » Il est tombé mort. Voilà la première fois que je vois fusiller, ajouta l’officier, ce sera la dernière ; j’en mourrai de douleur. »

Louis-Claude Monnet, il succéda à Louis Monet à la tête du bataillon.

Louis-Claude Monnet de Lorbeau, commandant la Garde nationale de Saint-Néomaye (1789). Réquisitionné et nommé capitaine au 3e bataillon des Deux-Sèvres ou bataillon de Sèvre-et-Charente surnommé le Vengeur comme celui de Cognac (28 mars 1793). Il se distingua à la bataille de Fontenay (1er mai 1794), aux combats de Luçon, Mortagne, Saint-Florent et Angers. En 1795, il battit à Saint-Denis le célèbre Charette et ses 6 000 hommes, alors qu’il n’avait que 600 hommes. Il fut nommé chef de bataillon par le général Hoche (25 novembre). Nommé chef de brigade (23 juillet 1796), il servit à la 31e demi-brigade de ligne et continua son service dans la Vendée soumettant les districts de Montaigu et de la Roche-sur-, dont les habitants rendirent leurs armes. Il participa également à la prise de Charette. Commandant du département des Deux-Sèvres, il passa avec sa demi-brigade à l’Armée du Rhin (1797), puis à celle d’Helvétie (1798). Il fit la campagne avec cette armée combattant à l’affaire de Sion. Il fit la campagne d’Italie (1799), participant aux premiers succès, à l’affaire de Bassolingo et à la bataille de Vérone. Il fut fait général de brigade sur le champ de bataille, son action ayant été décisive et 2 000 prisonniers restant entre ses mains. Il défendit la ville de Mantoue contre les Austro-russes et fut prisonnier de guerre (juillet 1799). Il fut libéré à la paix (été 1800), et obtînt du nouveau gouvernement la confirmation de son grade de général de brigade. Il passa au corps d’observation de la Gironde puis fit la campagne du Portugal (1801). Mis en disponibilité (1802), il fut nommé commandant de la 13e division militaire de Rennes (1802). A l’Armée de Batavie (1803) il reçut le commandement de la place de Flessingue et de l’île de Walcheren (printemps 1803). Le Premier Consul étant venu visiter la position, sa satisfaction lui valut le grade de général de division et le titre de chevalier et de commandeur de la Légion d’honneur (1804). Il servit à l’Armée d’Hollande jusqu’en 1809, rappelé au poste de commandant de Flessingue (1806). Il ne put empêcher le débarquement d’une force de 20 000 Anglais (29 juillet 1809), débarquant de quatre frégates et 130 navires. Son incurie et ses décisions entraînèrent la reddition de Flessingue qui provoqua sa disgrâce. Il fut déféré devant un Conseil de guerre qui le déclara coupable de lâcheté et de trahison, prisonnier, il fut condamné à mort par contumace. Son ralliement à Louis XVIII fut dès lors une formalité, Dupont autre disgracié qui avait été nommé Ministre de la Guerre par le Roi, proposa de réhabiliter la plupart des officiers tombés en disgrâce. Monnet fut réintégré dans son grade (24 juillet 1814), fut fait baron et décoré du titre de chevalier de Saint-Louis. Napoléon le radia à nouveau aux Cent Jours (13 avril 1815), puis il fut replacé à son grade par la Seconde Restauration. Mis en disponibilité (30 décembre 1818), il mourut à Paris le 8 juin 1819.

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Petite Chronologie du bataillon:

19 mai 1793 : organisation du 1er bataillon le Vengeur des Deux-Sèvres et Charente. Lecomte fut nommé commandant.


28 juin : 1
ère bataille de Luçon.


25 juillet : combat de Pont-Charron.


30 juillet : 2
ème bataille de Luçon.


14 août : 3
ème bataille de Luçon.


20 août : expédition contre le château de l’Oie.


5 septembre : bataille de Chantonnay.


9 octobre : bataille du Bois des Chèvres.


11 octobre : bataille de Châtillon.


17 octobre : bataille de Cholet.


26 octobre : bataille d’Entrammes.


6 novembre : combat de Baugé.


7 novembre : combat de la Flèche.


12 décembre : entrée au Mans.


13 décembre : fin de la campagne d’Outre-Loire pour le bataillon, départ pour Cholet.


8 février 1794 : bataille de Cholet.


4 mars : combat de Vezin.


11 mars : évacuation de Cholet.


25 avril : départ pour Cognac.


1er mai : arrivée à Cognac.


30 juin : renfort de 500 réquisitionnaires du district de Belves, département de la Dordogne.


9 juillet : départ de Cognac pour la Vendée.


22 août 1794 – 24 mars 1795 : cantonnements divers dans la plaine de Luçon et les environs.


24 mars 1795 : départ pour Nantes.


28-31 mars : Nantes.


3 avril : Cholet.


10-25 avril : Maulévrier.


25 avril-29 septembre : Cholet.


1er octobre : combat de Saint-Denis-la-Chevasse, puis cantonnement à Saint-Maixent.

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Article de Cyril Drouet et Laurent Brayard

1 Belhomme, Histoire de l’Infanterie en France, tomes 3 et 4.

2 Boutillier de Saint-André, Mémoires, p. 299.

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