1er bataillon de réquisition de Ruffec

bataillon-de-volontaires-nationaux

1er bataillon de réquisition du district de Ruffec :

Date de formation : octobre 1793, bataillon de la levée en masse.

Formation :

A sa formation le bataillon était commandé par le chef de bataillon Pinoteau, quartier-maître trésorier Mazeau. Le district de Ruffec put fournir 2 000 hommes. Le bataillon de Ruffec maintenu en Vendée s’était vidé de ses forces vives par la désertion, au 1er avril 1794, il ne comptait plus que 91 hommes sous les drapeaux avec 21 malades. Un arrêté du Comité de Salut public du 7 décembre 1793 ayant stipulé de replier les bataillons de réquisition de la Charente pour être complété et armé fut finalement annulé par un contre ordre de la mi-janvier et du même Comité. Un conflit éclata entre le département et le général Turreau, le bataillon de Ruffec resta bloqué dans la Vendée de longues semaines. Finalement réorganisé à Ruffec, il fut passé en revue par le représentant du Peuple Prieur à Mansle non loin de Ruffec (fin avril). Il comptait 900 à 1 000 réquisitionnaires après sa réorganisation et devait se mettre en route.

Historique :

1794 :

Il partit de Cognac pour se rendre à Poitiers (3 floréal). Il traversa la Vienne, le Cher, la Nièvre, l’Yonne, la Côte d’Or, le Jura, le Doubs pour arriver dans le Haut-Rhin à Colmar. Ayant séjourné un jour à Poitiers, un autre à Chauvigny dans la Vienne, il passa par les villes de Saint-Savin dans la Vienne, du Blanc, d’Argenton de Châteauroux et d’Issoudun dans l’Indre, de Bourges et Beaujais dans le Cher, de la Charité, Varzy et d’Amaiz dans la Nièvre, de Tonnerre et Avallon dans l’Yonne, de Semur, Avirost, Sombernon, Pont-de-Panis, Dijon et Auxonne dans la Côte d’Or, de Pannier et Vitieu dans le Jura, Besançon dans le Doubs, Belfort et Arnay dans le Haut-Rhin, avant d’atteindre le quartier-général de Colmar. Les cinq bataillons de la Charente envoyés en renfort arrivèrent entre le 20 et le 25 mai.

Le citoyen Pinoteau, chef de bataillon écrivit une lettre de Blanc dans l’Indre à un de ses amis (1er mai) :

« Vive la République ! Mon ami, vive la Montagne et les soldats charentais. Tu apprendras sans doute avec autant de plaisir que je ressens de joie, que les jeunes citoyens que tu m’as confiés pour les conduire à Colmar se comportent en vrais soldats de la République. La manière avec laquelle ils se conduisent me fait féliciter de tous les bons citoyens, et je me félicite moi-même d’avoir le bonheur de commander à cette brave jeunesse, qui par sa conduite et son exactitude mérite à plus d’un titre l’attention et l’estime de tous les sans-culottes. La discipline la mieux observée, la subordination, la sévérité de la justice sont à l’ordre du jour. Tu apprendras aussi avec satisfaction que je n’ai point été obligé et n’ai pas eu la douleur de faire subir de punition exemplaire. De temps en temps, il y en a quelques-uns mis à la garde du camp, mais ce n’est que pour cause de petites inexactitudes de peu de durée à se rendre à l’appel. Ils sont tous très obéissants et montrent beaucoup de bonne volonté. La gaieté fait son effet chez cette jeunesse, ils ne pensent plus à rentrer chez eux. Dans la route que tu nous a tracée, les cris de Vive la République ! Vive la Montagne ! Passent de la droite à la gauche. Juge de ma joie et de l’intérêt que je prendrai toujours pour ce qui pourra concerner nos frères d’armes. Le service se fait avec exactitude, tous les jours j’envoie un capitaine chez les étapiers pour veiller à ce que nos amis ne soient pas trompés, j’y suis autant que mes occupations me le permettent. Tu vas peut-être croire, en te disant ce qu’est le bataillon que je suis un glorieux, mais comme je ne suis capable que de dire la vérité, et que tu me connais, je me décide sans réflexion à te dire mon ami, que le bataillon que tu as organisé à Ruffec, et que tu m’as confié, est, sans vouloir dire du mal de ceux que j’ai vus dans notre département et de celui de la Charente-Inférieure, le plus beau. J’ai placé les hommes par rang de taille, le premier rang peut sans exception passer aux grenadiers. Le plus grand ordre règne dans la marche, la soumission républicaine est observée dans tout son entier, les rassemblements se font avec la plus grande activité. Je donnai hier soir l’ordre du départ que je fixai à trois heures précises du matin, à trois heures moins le quart le bataillon était en bataille et à trois heures précises, il était sorti en ordre de la commune de Saint-Savin. Enfin mon cher camarade, je ne voudrais pas pour bonne chose être privé de la conduite de nos braves défenseurs. Partout où nous avons passé, j’ai eu la satisfaction d’entendre dire, il n’en avait pas encore passé comme celui-ci et si bien organisé ! J’ai placé les officiers et sous-officiers à leur place de bataille, nous marchons sur trois rangs, lorsque nous entrons dans les lieux où nous devons nous arrêter, chacun connaît sa place. Il y a quelques officiers sans intelligence et peu jaloux de montrer le bon exemple, aussi ceux-là ont un logement assuré lorsqu’ils ne sont pas les premiers à leur poste. Je t’assure que je ne serais pas fâché, si la loi le permettait de commander la réquisition de mon district et je prendrais sur moi de les mettre sous peu en état de bien se présenter en face des ennemis de la Montagne. Je t’invite mon camarade à faire connaître aux autorités constituées et aux administrateurs du district de Ruffec, la manière avec laquelle se comportent leurs enfants. Ce sera un satisfaction pour eux et une honte pour ceux qui ont voulu se soustraire et refuser de venir partager la gloire et les lauriers qui attendent les Charentais »1.

Portrait :

Pierre-Armand Pinoteau, capitaine de la compagnie de grenadiers du 1er bataillon de la Charente. Né le 6 septembre 1769 à Ruffec, de Charles-Jean Pinoteau, notaire royal et procureur fiscal du marquisat de Ruffec qui appartenait au comte de Broglie et de Catherine Cante, ayant pour parrain Pierre Greaud, sieur Dubois, procureur au siège de Mouton, son cousin et comme Marraine, Jeanne Rippe. Son père était l’un des plus importants notables de la ville, chargé en 1789 de la rédaction des cahiers de doléances de sa ville. Il mourut sous l’Empire juge au tribunal de Ruffec. Armand était le plus jeune de ses enfants, il fit de bonnes études et se destinait à être receveur de l’enregistrement). La révolution en décida autrement. Il s’enrôla au 1er bataillon de la Charente (10 juillet 1791), élu capitaine au 1er bataillon de la Charente (17 octobre), aide de camp de Leschelle en Vendée (22 août 1793). Il se distingua à la bataille de Mortagne, en dégageant la division Beaupuy qui était cernée par les Vendéens. A cette occasion, il sauva la vie d’un lieutenant du 24e bataillon de la Charente, qui blessé et jeté dans un fossé plein d’eau, allait périr. Il le porta sur son cheval et le conduisit à une ambulance avant de retourner au combat. Il fut nommé chef de bataillon à titre provisoire (16 octobre), et envoyé à Ruffec pour achever l’organisation de la levée en masse et la formation du bataillon de réquisitionnaires de Ruffec. Il repartit ensuite aux frontières. Chef de bataillon (6 février 1795), adjudant-général chef de bataillon (13 juin), il s’illustra sous les murs de Mayence dans un combat, où il enleva le village de Weisenau :

« un certificat du général Desaix atteste de son zèle dont il fit preuve dans la retraite de son armée de Pfrimm sur Landau. Il était alors rattaché à la 9e division de l’Armée de Rhin-et-Moselle. A l’investissement de Mayence en janvier 1795, sous les ordres de Michaud, il taille en pièces dans le village de Wantzenau un détachement de manteaux rouges croates, soldats cruels et barbares, qui assaillis à la baïonnette, sont tous tués ou blessés. Lors de la trahison de Pichegru, les lignes de Mayence sont attaquées par Clerfayt, Pinoteau seul officier supérieur de la division Courtot présent à cette attaque, prend le commandement de la division, lutte pied à pied contre les Autrichiens et ramène ses soldats aux postes assignés. Après la perte des lignes de Mayence, il se signale encore à l’arrière-garde de la division Desaix, sauve son régiment, égaré sur la Pfrimm, par une marche rapide. Le général Desaix embrasse le jeune adjudant-général devant toute l’armée et lui adresse une lettre de félicitations. Pinoteau couronne cette campagne en enlevant sur la frontière d’Alsace plusieurs détachements de cavalerie ennemie »2.

Il fut toutefois à la réorganisation des troupes de 1795 réformé et mis de côté sans traitement (21 avril 1796), admis à la réforme avec traitement (7 novembre 1797). Il reçut une lettre de recommandation du général de division Beaupuy en 1796 :

« Assurément mon cher Pinoteau, j’attesterai de vos bons services dans l’Armée de l’Ouest, cette justice vous est due et je certifie que particulièrement au combat du 15 septembre 1793, près de Mortagne, vous avez fait preuve de dévouement et d’un grand zèle, en vous portant au lieu du danger et en vous éloignant d’un service où vous ne trouviez pas l’occasion de seconder l’ardeur et le courage de vos frères d’armes et de servir aussi utilement la Patrie. Cet amour de vos devoirs, cette preuve de volonté et d’intrépidité dans votre service d’aide de camp, vous le prouvâtes une seconde fois lorsque je vous employai au passage de la Loire et avec le même succès, tels sont les sentiments et l’estime que vous m’avez inspiré, mon cher Pinoteau, et que je déclare à tous à qui il appartiendra, signé Beaupuy, le colonel Pinoteau avait aussi entre les mains un certificat de la part du général Kléber, ce certificat faisait connaître sa conduite militaire à la bataille devant Cholet et jour suivant, mais le certificat lui a été repris devant Mayence par les Autrichiens lorsqu’ils prirent les lignes ». Le général Desaix lui remet également un certificat à la même date : « Le général en chef de l’avant-garde, certifie qu’il a servi pendant la dernière campagne avec l’adjudant-général Pinoteau et qu’il a eu à se louer de son zèle et de son activité surtout dans la pénible retraite depuis la Pfrim jusqu’à Landau, que, dans les continuels et fatigants combats et les marches difficiles de nuit, il s’est donné les peines les plus grandes pour faire réussir les armes de la République et éviter les malheurs qui arrivent d’ordinaire. Le général se plaît à rendre justice à l’adjudant-général et à assurer qu’il mérite des éloges par sa modestie, son intelligence et sa bonne volonté, il en a donné preuves dans la même retraite où il a fait tout ce qu’il a été possible, quoiqu’il eut perdu tous ses effets, ses bagages et ses équipages, devant Mayence et qu’il fut privé par-là de toutes ressources, signé le général de division Desaix ».

La cause de cette disgrâce (traitement de réforme) est obscure, soit par son jeune âge à son grade, soit plutôt à cause d’un duel qu’il eut avec un commissaire de la Convention, inimité dangereuse pour les carrières, le politique de l’époque l’emportant et de loin devant le militaire. Il fut toutefois rappelé à l’activité (7 novembre 1799), avec le grade de chef de bataillon et placé à la 82e demi-brigade de ligne alors en garnison à Rennes. Il déploya une ferme activité contre les Chouans dans la région de Fougères, méritant les éloges du ministre de la Guerre Schérer et du général Lespinasse commandant l’artillerie de l’Armée d’Angleterre. « Son ami, Bernadotte, alors conseiller d’État lui fait remettre en signe d’amitié un sabre d’honneur »3. Il reçut une lettre du Ministre de la Guerre (27 pluviôse an 7), alors qu’il était chef de bataillon à la 82e demi-brigade de ligne :

« Le général de la 13e division militaire vient de m’annoncer citoyen, l’arrestation de Francoeur, l’un des plus dangereux chefs chouans du canton de Fougères. Il m’assure que cette prise importante est particulièrement due à votre activité et à votre intelligence, recevez en citoyen le témoignage de ma satisfaction particulière et que cet encouragement donné à votre zèle devienne pour vous un nouveau motif de concourir de tous vos moyens à l’anéantissement de la bande de scélérats qui n’existent que pour la désolation et la ruine du pays qu’ils infestent, salut et fraternité, Schérer . Le colonel Pinoteau à plusieurs autres pièces qui attestent les services qu’il a rendu depuis l’Ille-et-Vilaine, notamment de Messieurs les généraux, le sénateur Lespinasse, Michaud et Schill, il invoque aussi avec confiance le témoignage de Monsieur le sénateur et général Dambarrère qui a commandé la Bretagne et celui du général Delaborde qui connaît sa conduite et son service dans ce pays, du reste il a reçu une arme avec une inscription honorable de la part du général en chef, Bernadotte en récompense de ses services à l’Armée de l’Ouest ».

Il fit les campagnes de l’an 7, 8, 9 et 10 à l’Armée d’Angleterre devenue celle de l’Ouest. En 1801, Pinoteau fut chargé de la formation à Tours de trois bataillons de grenadiers, puis passa chef de brigade à la 82e demi-brigade de ligne à l’âge de 32 ans. Alors qu’il commandait cette unité en garnison à Rennes sous le commandement de Bernadotte, le fameux complot des libelles mit à mal sa carrière :

« on répandit un moment le bruit d’une conspiration militaire qui devait avoir pour objet le renversement du Premier consul Bonaparte, et où Pinoteau aurait commandé l’avant-garde de l’Armée de Bernadotte, ce qui avait donné lieu à ces suppositions s’était suivant l’expression du préfet Mounier : « les propos dangereux de beaucoup d’officiers placés sous les ordres du chef de brigade de la 82e de ligne. Ce qui aggrave encore la situation de Pinoteau, c’est qu’avec Bernadotte et beaucoup d’officiers de son armée, il refusa d’adhérer au plébiscite qui sanctionnait le Consulat à Vie, ce républicanisme convaincu déplût à Bonaparte, un certain nombre d’officiers du régiment, soit ambition, soit par rancune, soit par dévouement au Premier consul signèrent une protestation qui dénonçait Pinoteau comme ennemi du gouvernement en 1802. On arrêté à Paris Marbeau, aide de camp de Bernadotte, porteur disait-on de proclamations insurrectionnelles. Le préfet d’Ille-et-Vilaine, le célèbre Mounier, ancien constituant fit saisir à Rennes, avec le concours de la 79e de ligne, Simon chef d’État-major de Bernadotte, le chef de brigade Pinoteau qui fut envoyé à Paris et enfermé dans la Tour du Temple, Bernadotte n’échappa que grâce à la parenté avec Joseph Bonaparte (par leurs femmes, Julie et Désirée). Pinoteau se défendit toujours d’avoir trempé dans une conspiration contre Bonaparte, il n’en fut pas moins destitué et mis en surveillance pendant cinq ans »4.

Il écrivit à l’Empereur en l’an 13 :

«  Sa majesté l’Empereur et Roi, ayant prononcé ma mise en activité, je supplie votre excellence de me faire jouir des mêmes honneurs que Messieurs les colonels qui tous, sont décorés de l’Aigle impérial. Au moment de partir pour la Martinique, où je vais reprendre le commandement du 82e régiment et jaloux d’être admis dans la Légion d’Honneur avant mon départ, qui sera très prochain, je prie votre excellence de m’indiquer le jour où je pourrai recevoir ma décoration ».

Il envoya une lettre du même ton et pour la même demande en l’an 14. Le 31 octobre 1808, alors que Napoléon passait à Ruffec pour se rendre en Espagne, Pinoteau commandait la Garde nationale rangée pour accueillir l’Empereur. Il fut désigné à Napoléon par la femme du général de cuirassiers, Espagne, futur héros de la bataille d’Essling qui habitait Ruffec. Il fut convoqué par l’Empereur au Quartier-général impérial et arriva à Madrid (décembre). Il fut alors nommé chef d’État-major à la division Heudelet, dans le 2e corps de Soult, et prit part avec cette division à la campagne du Portugal. Il assista à la bataille d’Oporto (mars 1809), à la retraite du corps de Soult, aux batailles de Badajoz et de Ciudad-Rodrigo. Il écrivit de nouveau à l’Empereur en 1810 :

«  Je suis un ancien colonel des armées de sa majesté l’Empereur, mais des événements m’ont arrêté dans ma carrière militaire au moment même, ou comme tous mes collègues j’allais jouir des bienfaits de sa Majesté. En vendémiaire an 14, peu de temps après ma réintégration et ma mise à disposition de son excellence le ministre de la Marine, j’eus l’honneur de supplier votre excellence, de me faire accorder la faveur de porter la décoration, je pris alors la liberté de lui faire connaître mes droits et les motifs qui m’avaient privé de la recevoir, je joignis à ma supplique quelques pièces desquelles votre excellence daigna m’annoncer la réception en me donnant de l’espoir, flatté d’être promptement admis à faire partie de la Légion d’Honneur. Quoiqu’alors sur le point de partir pour la Martinique où j’avais l’ordre d’aller reprendre le commandement de mon régiment, le 82e je n’étais pas réellement en activité de service puisque je n’avais encore pu partir faute d’occasion de rejoindre ma destination. Cette raison dût être un obstacle pour mon admission à la Légion d’Honneur, et comme, j’ai été pendant quatre ans à la disposition de la Marine sans pouvoir embarquer pour la Martinique, et qu’ensuite, je n’ai pu partir pour cause de maladie, pour le Sénégal où l’Empereur m’a ordonné de me rendre en qualité de commandant administrateur général de la Colonie, je suis resté jusqu’à présent privé de l’honneur d’être décoré. Maintenant, Monseigneur, que je suis en activité à l’armée d’Espagne où j’ai été appelé par l’Empereur même en 1808, je relance la bonté de votre Excellence en invoquant avec confiance le témoignage des généraux sous lesquels j’ai l’honneur de servir. S’il m’était permis d’espérer de compter sur quelques bons services antérieurs à ma destitution, mais que des malheurs ont pu faire effacer, j’oserais supplier, votre Excellence de me faire traiter comme tous mes collègues, qui, un ou deux mois après que je fus retiré du rang, furent tous et par disposition générale nommés officier de la Légion d’Honneur, si pour obtenir cette double faveur, votre Excellence avait besoin de prendre du renseignement sur ma conduite militaire et sur les événements dont j’ai été victime, je lui demanderai la grâce de les passer au Ministère de la Guerre et partout où elle croirait pouvoir s’éclairer sur mes services et ma conduite. Il me serait même agréable que votre Excellence voulut se procurer sur mon compte tous les renseignements possibles etc ».

Il avait été affecté à l’Armée du Portugal (janvier 1809), et servit dans ses rangs jusqu’au 6 juillet 1813. En septembre 1810, il était avec le maréchal Masséna à l’invasion du Portugal et participa à la sanglante et meurtrière bataille de Busaco, où il est blessé au sein gauche par une balle anglaise. Il commanda les avant-postes de sa division, à Villlafranca sur le Tage, et lors de la retraite calamiteuse de Masséna vers l’Espagne. Il eut un cheval tué sous lui au combat de Sabugal (30 avril 1811). Il servit à la bataille de Fuentes-de-Onoro, où il commandait une brigade de la division Heudelet. Il attendit et secourut la garnison de Barba de Puerco sous les ordres de Brenier, qui venait d’évacuer et rejoindre les lignes françaises avec une audace remarquable (évacuation d’Almeida). Pinoteau fut fait chevalier de la Légion d’honneur (7 mai), et promut au grade de général de brigade (6 août). Il servit sous les ordres de Marmont, à la délivrance de la garnison de Badajoz (juin 1811), dirigea le siège de Ciudad-Rodrigo (avril 1812), participa à la bataille et défaite de Salamanque, où il est blessé à la tête de sa brigade (22 juillet). Il fut jeté à bas de son cheval, sur le point d’être pris ou tué lorsque la cavalerie anglaise fut repoussée et étrillée par le 65e de ligne. Pinoteau reforma les débris de sa brigade et dut supporter le feu terrible des Anglais jusqu’à la nuit, les 65e et 17e de ligne résistèrent jusqu’à la nuit tombée. Le général Clauzel ayant remplacé le maréchal Marmont blessé, il donna l’ordre de retraite, la 6e division dont le général, Ferrey, avait été tué, fut confiée au commandement de Pinoteau. Il couvrit jusqu’à l’Ebre la retraite de l’Armée. En octobre 1812, sa division se fit remarquer en livrant d’incessants combats d’arrière-garde contre les Anglais de Wellington, leur enlevant de nombreux bagages et provisions au combat du pont de Cabezon non loin de Valladolid. Sa division occupa en décembre la province de Médina del campo, menant la guerre contre les guérillas où il resta jusqu’en avril 1813. Sa modération lui valut un cadeau des municipalités espagnoles qu’il refusa, un exemple rare alors que les généraux français en Espagne étaient connus surtout par leur soif du pillage et de leur enrichissement personnel. A l’hiver 1813, il prit le commandement de la 1er brigade de la division Maucune, défendant durant la retraite vers l’Ebre, le village de Villa-Guttiérez (12 juin 1813), en tenant tête à cinq régiments de cavalerie anglaise. Le 18 juin, l’armée ennemie ayant tournée les Français aux gorges de Frias près de l’Ebre, Pinoteau à la tête de la 17e légère chargea l’ennemi et s’ouvrit un passage recevant plusieurs balles dans son habit, son aide de campfut tué. Il réussit à rejoindre le gros de l’armée avec un convoi qu’il escortait, puis se porta au secours de Saint-Sébastien assiégé. Il participa au combat du Mont Saint-Martial près de la Bidassoa (31 août), sa brigade fut chargée d’attaquer les sentiers impraticables de la position centrale des Anglais, elle fut repoussée avec de grosses pertes. Il combattit encore aux batailles de la Nive et de la Nivelle et fut envoyé en renfort à la Grande Armée (janvier 1814). Il atteignit Paris le 20 janvier, servant à la seconde bataille de Montmirail, où Pinoteau avec le 130e de ligne et le 10e léger poursuivit les Prussiens jusqu’à Etoges. Il participa encore au combat de Bar-sur-Aube sous les ordres d’Oudinot, la brigade Pinoteau formée en carré fut chargée et resta stoïque sous le feu de l’artillerie et des charges. Pinoteau fut blessé d’un coup de feu à la jambe, son aide de camp, le capitaine Mimaud également de Ruffec fut tué, son frère maréchal des logis de dragons également tué. Nommé officier de la Légion d’honneur (12 mars), il n’était pas remis de sa blessure à l’abdication de l’Empereur. Il commanda le département de la Dordogne (24 mai 1814-1er octobre 1815). Pendant son service, il réussit à maintenir l’ordre à Périgueux, apaisa une révolte du 44e de ligne et il fut fait chevalier de Saint-Louis (24 septembre 1814). Maintenu en activité aux Cent-jours, il fut élevé par l’Empereur au rang de baron de l’Empire (28 avril 1815). Il tomba en disgrâce à la Seconde Restauration, un moment interné à la Rochelle (1816), et mit en non activité. Mis en disponibilité (1818-1830). Rappelé, il fut commandant du département de la Charente-inférieure (6 août 1830-31 juillet 1831). Il sauva le général Despinois qui allait périr victime d’une émeute à Rochefort, et il fut encore commandant du département de la Loire-inférieure de cette date au 11 juin 1832. Il fut alors admis à la retraite. Il avait été nommé en 1832, commandeur de la Légion d’honneur. Il mourut le 24 mars 1834, dans sa ville natale. Il laissait une veuve, Madame Hélène Brunault-Mongazon, domiciliée à Ruffec et deux enfants Arnaud Pinoteau sous-préfet de l’arrondissement de Pithiviers et Lyse Pinoteau veuve de Jean-Louis-Auguste Brothier domiciliée à Ruffec.

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Article de Laurent Brayard

1 P. Boissonnade, Histoire des volontaires de la Charente pendant la Révolution, 1791-1794, Angoulême 1890, p. 279 à 282.

2 P. Boissonnade, Histoire des volontaires de la Charente pendant la Révolution, 1791-1794, Angoulême 1890, p. 35 et 36.

3 P. Boissonnade, Histoire des volontaires de la Charente pendant la Révolution, 1791-1794, Angoulême 1890, p. 37.

4 P. Boissonnade, Histoire des volontaires de la Charente pendant la Révolution, 1791-1794, Angoulême 1890, p. 37 et 38.

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