Les divisions militaires sous la Révolution et le Consulat (1790-1804)

3e division militaireAu commencement de la Révolution, la France était découpée en divisions militaires (23), elles-mêmes unités administratives militaires mais aussi rattachées pour certaines à des armées. Après la création des départements (1790), les divisions militaires permettaient de rationaliser l’organisation du pays. Chaque département était commandé par un officier supérieur chaque division militaire également. Elles rassemblaient sous leurs responsabilités les principales places fortes et garnisons, mais aussi les dépôts des régiments et des autres unités. Une division militaire comprenait aussi ses tribunaux militaires, ses réserves et ses manufactures d’armes, ses ateliers de réparation, ses remontes et ses hôpitaux.

Ce maillage de la France permettait une organisation locale plus efficace, la concentration rapide de13e division militaire, musée carnavalet moyens en cas de dangers internes ou externes. Elles jouèrent en effet un rôle dans les événements sinistres de la guerre civile, contre les villes de Lyon et de Toulon, ou encore dans l’Ouest largement insurgé. La plus importante d’entre elles, politiquement et stratégiquement était bien sûr la 17e division, celle de Paris. Les généraux à son commandement furent parfois de grands chefs militaires, le commandement de l’armée de l’Intérieur par ailleurs lié à Paris étroitement connecté à cette division. Lors de la journée révolutionnaire de Vendémiaire, insurrection royaliste écrasée par les forces de la Convention nationale de Barras et du général Bonaparte, il fut clairement visible que cette division jouait un rôle important dans la guerre. De ce commandement l’on pouvait passer à celui de l’armée de l’Intérieur, puis vers ceux plus prestigieux d »une des 12 armées de la République. Ce fut le cas par exemple de Hoche ou de Bonaparte.

La 18e division militaire qui correspondait à peu près à la Bourgogne, fut le siège de l’organisation de laarmée de réserve de Dijon fameuse armée de Réserve, organisée par Bonaparte à Dijon, dont il prit le commandement, qu’il passa en revue, aujourd’hui approximativement au lac Kir, qui à cette date n’existait pas (il fut imaginé par le fameux chanoine dans les années 60). Bonaparte y envoya quelqu’un de ses lieutenants pour préparer le terrain. Mais elle pouvait également être signe d’une disgrâce ou d’une fin de carrière. Généraux fatigués, sans protecteur, ayant échoué ou sans talents, ou tout simplement momentanément mis au « placard », les divisions militaires étaient cela aussi, notamment celles qui n’étaient pas connectées avec un front, une frontière ou une zone insurgée. A l’échelle inférieure se trouvait encore le service des places, où des officiers intermédiaires venaient également échouer, parfois par goût ou suite à des blessures très graves. Il existait quatre classes de grade pour cette fonction d’adjudant de place, les plus importantes réservées bien sûr à des officiers généraux.

Armées côtes de Brest et Cherbourg réuniesAu fur et à mesure que la guerre se développait partout aux frontières, notamment la déclaration de guerre à l’Empereur d’Autriche (20 avril 1792), qui contrôlant les Pays-Bas dit autrichiens, ainsi que le Saint-Empire déclenchait une guerre sur les frontières du Nord et de l’Est, de Dunkerque aux portes de la Suisse, puis l’invasion française de la Savoie (déclaration de guerre au roi de Piémont-Sardaigne (septembre 1792), enflammant la frontière des Alpes et du Sud-Est, la déclaration de guerre suite à l’exécution de Louis XVI, à l’Angleterre et entraînant l’intervention de l’Espagne et de la Hollande du Stathouder (février 1793), impliquant aussi les frontières de la chaîne des Pyrénées, ainsi que toutes les côtes françaises de Méditerranée ou de l’Océan, de la Manche ou de la mer du Nord, suivirent bientôt à l’intérieur, la grande insurrection de l’Ouest (mars 1793), l’insurrection fédéraliste en Normandie (juin), celles fédéraliste et royaliste de Lyon (juillet), puis bientôt celle royaliste du Midi et de la ville de Toulon (juillet-septembre 1793), au fur et à mesure de ce développement de la guerre, les divisions militaires furent engagées dans leur quasi totalité, devant servir à soutenir par ailleurs les armées républicaines.

langfr-800px-France_Departement_1801.svgCes armées s’organisèrent parallèlement, au départ au nombre de cinq armées, l’armée du Nord, l’armée des Ardennes, l’armée de Moselle, l’armée du Rhin et l’armée de l’Intérieur, bientôt renforcées par deux autres, l’armée des Alpes et l’armée d’Italie, puis par les trois armées formées dans l’Ouest, l’armée des Côtes de Brest, l’armée des Côtes de la Rochelle et l’armée des Côtes de Cherbourg, puis enfin de l’armée des Pyrénées bientôt scindées en deux, l’armée des Pyrénées-Orientales et celle des Pyrénées-Occidentales. Elles se lancèrent bientôt selon la stratégie du comité militaire, notamment sous l’impulsion du grand Carnot, à la conquête du pré carré, les frontières naturelles non atteintes par la France. Ces conquêtes virent bientôt la création de nouvelles divisions militaires suite à l’intégration des Pays-Bas autrichiens dans le giron français. Ce territoire apporta neuf nouveaux départements à la France, et forma les 24e et 25e divisions militaires. La Belgique après une première invasion (automne 1793), puis sa perte (printemps 1793), fut reprise et tenue pour de longues années (hiver 1794-1795). Enfin sur le Rhin, la rive gauche fut finalement occupée de haute lutte contre les armées de l’Autriche et du Saint-Empire et amena la création de la 26e division militaire, avec l’apport de quatre autres départements en Palatinat et Rhénanie, puis enfin la 27e division militaire de Turin avec l’occupation puis l’annexion du Piémont à la France, ajoutant six nouveaux départements (1801-1802).

Cet article n’a aucune autre prétention que d’éclairer un peu les amoureux de fiches biographiques des soldats de la période révolutionnaire et impériale, qui des centaines et des milliers de fois rencontreront sans comprendre les termes de divisions militaires et des numéros qui ne leur diront absolument rien. Dans le tableau incomplet suivant, nous avons rassemblé l’état de nos humbles connaissances acquises ces dernières années pour vous proposer ce petit outil de travail, encore à compléter.

divisions militaires de la France

Source : État des officiers généraux employés au 18 avril 17921, Journal Militaire de 1792 et des années suivantes, voir aussi L’état militaire de la France, année 1793, citoyen Roussel, 35e édition.

1ère division militaire

Départements du Nord et de l’Aisne

2e division militaire

Départements des Ardennes et de la Marne

3e division militaire

Départements de la Meuse et Moselle

4e division militaire

Départements de la Meurthe et des Vosges

5e division militaire

Départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin

6e division militaire

Départements du Doubs, de la Haute-Saône, du Jura et de l’Ain

7e division militaire

Départements de l’Isère, de la Drôme, Comtat Venaissin, départements des Basses-Alpes, des Hautes-Alpes

8e division militaire

Départements du Var et des Bouches-du-Rhône

9e division militaire

Département du Gard, de l’Ardèche, de l’Averyon , de la Lozère et du Tarn

10e division militaire

Départements des Pyrénées-Orientales, de l’Ariège, de l’Aude, de la Haute-Garonne, du Gers, des Hautes-Pyrénées, des Basses-Pyrénées

11e division militaire

Départements des Landes et de la Gironde

12e division militaire

Départements de la Charente,-Inférieure, Deux-Sèvres, Vendée, Loire-Inférieure

13e division militaire

Départements du Morbihan, du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord

14e division militaire

Départements du Calvados, de l’Eure et de l’Orne

15e division militaire

Département de la Seine-Inférieure et de la Somme

16e division militaire

Département du Pas-de-Calais

17e division militaire

Département de la Seine et Paris

18e division militaire

Départements de l’Yonne, de la Nièvre, de la Saône-et-Loire et de la Côte-d’Or

19e division militaire

Départements de  la province d’Auvergne

20e division militaire

Département du Tarn-et-Garonne et ceux alentours

21e division militaire

Département de l’Allier et ceux Alentours

22e division militaire

Département du Loir-et-Cher, et ceux alentours

23e division militaire

Départements de la Corse

24e division militaire

Bruxelles, Belgique

25e division militaire

Liège, Belgique

26e division militaire

Worms, Palatinat et Rhénanie

27e division militaire

Turin, Piémont

sehri

Article de Laurent Brayard pour la Sehri

1 Journal Militaire de 1792, p. 343.